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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2407166

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2407166

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2407166
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a été saisi en référé-suspension par Mme A, qui contestait son ajournement au diplôme d'État d'infirmier de bloc opératoire (DEIBO) pour les sessions 2023, ainsi que le rejet de son recours gracieux. La requérante invoquait l'urgence liée à la suppression prochaine du référentiel de formation et un préjudice financier, et soulevait des doutes sérieux sur la légalité des décisions, notamment des vices de forme et de procédure. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la condition d'urgence n'était pas remplie, la requérante n'ayant pas justifié d'une situation nécessitant une intervention rapide du juge, et que les moyens soulevés n'étaient pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions contestées. La décision s'appuie sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 novembre 2024, Mme C A, représentée par Me Hirtzlin-Pinçon demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à l'administration de verser son dossier universitaire sous astreinte de 500 euros par jour jusqu'à sa transmission ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 25 juin 2024 du directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Occitanie rejetant le recours gracieux formé contre la décision d'ajournement au diplôme d'état d'infirmière de bloc opératoire ;

3°) de suspendre l'exécution de la décision du 11 juillet 2023 du centre hospitalier universitaire de Montpellier l'informant de son ajournement par le jury final de la seconde session du diplôme d'Etat d'infirmier de bloc opératoire (DEIBO) 2023 ;

4°) d'enjoindre à l'administration de lui fournir de manière provisoire son diplôme d'IBODE ou tout document équivalent jusqu'au jugement au fond, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge du défendeur une somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

sa requête est recevable ;

en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

- le référentiel actuel de formation des infirmiers de bloc opératoire diplômé d'Etat sera supprimé au mois de décembre 2024, de sorte qu'elle ne pourra plus prétendre à accéder au diplôme selon les modalités actuelles, sauf à suivre une nouvelle formation ;

- les décisions la privent de la possibilité d'achever sa spécialisation dans les délais réglementaires, rendant vain l'investissement qu'elle a fourni dans le cadre de son parcours professionnel ;

- les décisions lui créent un préjudice financier et professionnel ; elle a engagé des démarches en vue de la reconnaissance de ses diplômes pour un projet d'installation en Suisse, conditionné par la validation de son diplôme IBODE, une reconnaissance limitée à son diplôme d'infirmière généraliste aura pour effet une perte financière de 11 000 euros par an ;

- cette situation réduit ses opportunités d'emploi ;

en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- les signataires des décisions ne justifient pas de délégation de signature ;

- les bulletins de note ne contiennent pas la signature de l'IBODE, ni son nom, ni celui du chirurgien et ne comporte ni date, ni cachet du service ;

- elle n'a pas eu accès à la composition du jury et à son émargement, ni à la délibération et son bulletin de note manuscrit ;

- le relevé de note est entaché d'inexactitudes matérielles ;

- la décision d'ajournement est illégale du fait des erreurs entachant le relevé de notes ;

- la décision du directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités contient plusieurs vices, la notation faite de la mise en situation est erronée ;

- l'école n'avait pas à proposer une nouvelle mise en situation professionnelle, mais procéder aux corrections qui s'imposaient, elle n'avait pas non plus à proposer des solutions dérogatoires.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2024, le centre hospitalier universitaire de Montpellier conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

- la requête en référé a été enregistrée plus de quatre mois après le rejet du recours gracieux le 25 juin 2024 et plus d'un an après le courrier du 11 juillet 2023 ;

- la requérante ne présente aucune conclusion claire ;

- le courrier du 11 juillet 2023 ne fait qu'informer Mme A de la décision d'ajournement émise par le jury, il est insusceptible de recours ;

- en l'absence de décision, le moyen tiré de l'absence de délégation de pouvoir du directeur de l'école est inopérant ;

en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- le bulletin de notes produit par la requérante est une reproduction de document et n'avait pas à comporter la signature de l'élève IBODE, celle du chirurgien ou sa date, non plus un cachet ;

- l'intéressée a pris connaissance des éléments de son dossier et de son bulletin de notes qui montrent l'absence de toutes irrégularités ;

- ses résultats reflètent le niveau d'acquisition des compétences en situation professionnelle le jour même de l'épreuve du diplôme d'Etat et l'intéressée ne s'est pas présentée à l'épreuve de mise en situation professionnelle de la deuxième session reprogrammée le 9 juin 2023 en raison d'un arrêt de travail.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2024, le préfet de la région Occitanie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

en ce qui concerne l'urgence :

- la décision d'ajournement ne modifie pas la situation actuelle de l'intéressée et ne l'empêche pas de mener à bien son projet professionnel en Suisse ; l'école lui a rappelé à plusieurs reprises différentes solutions lui permettant d'obtenir son diplôme avant la fin de l'année 2024 ;

- elle ne fournit aucune justification sur le fait que ses seuls revenus en tant qu'infirmière seraient insuffisants pour faire face au coût de la vie en Suisse ;

en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- la décision du 25 juin 2024 a été signée par une autorité compétente ;

- le jury a été régulièrement désigné et composé conformément à l'arrêté du 22 octobre 2001, sa composition a été fixée par arrêté du 2 février 2023 ;

- Mme A a été ajournée par le jury plénier qui a statué au vu des éléments fournis par l'institut de formation du CHU de Montpellier ; il a été proposé à l'intéressée de repasser sa mise en situation professionnelle, ce que l'intéressée aurait pu faire afin d'être présentée au jury du 20 décembre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2405313 enregistrée le 30 août 2024 tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le décret n° 71-388 ;

- l'arrêté du 22 octobre 2001 modifié relatif à la formation conduisant au diplôme d'Etat d'infirmier de bloc opératoire ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Arquié, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 10 décembre 2024 à 10 heures en présence de Mme Guérin, greffière d'audience, Mme Arquié a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Hirtzlin-Pinçon qui a repris ses conclusions et moyens ;

- et les observations de M. B, représentant le préfet de région, qui a repris ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, infirmière diplômée d'Etat, a accompli du 22 novembre 2021 au 9 juin 2023 les stages prévus pour l'obtention du diplôme d'Etat de bloc opératoire. Elle a été présentée le 11 juillet 2023 au jury du diplôme par l'institut de formation des infirmiers de bloc opératoire du centre hospitalier universitaire de Montpellier et a été informée le 11 juillet 2023 de son ajournement. L'agence régionale de santé et la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Occitanie ont informé Mme A le 28 mai 2024, à la suite d'échanges qui ont suivi la notification de son ajournement, notamment que le référentiel de formation actuel s'éteindrait à la fin du mois de décembre 2024 et lui ont proposé de présenter une nouvelle mise en situation professionnelle au cours d'un nouveau stage afin de présentation de son dossier au jury plénier de la fin de l'année 2024. Le recours gracieux de Mme A contre la décision d'ajournement et contre la décision lui proposant une nouvelle épreuve de mise en situation a été rejeté le 25 juin 2024. Mme A demande la suspension de l'exécution de la décision du 11 juillet 2023, ensemble celle rejetant son recours gracieux.

Sur la communication du dossier universitaire :

2. En l'espèce, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire d'ordonner, avant de statuer sur la requête, la communication par l'administration des pièces demandées par Mme A. Les conclusions présentées en ce sens doivent ainsi être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par Mme A, tels qu'ils ont été visés et analysés ci-dessus, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de des décisions contestées.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, ni de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'une situation d'urgence, que les conclusions à fin de suspension et par voie de conséquence à fin d'injonction de la requête présentée par Mme A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du défendeur, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A la somme que le centre hospitalier universitaire de Montpellier demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Montpellier au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, au préfet de la région Occitanie et au centre hospitalier universitaire de Montpellier.

Une copie en sera adressée à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités.

Fait à Toulouse le 12 décembre 2024.

La juge des référés,

Céline ARQUIÉ

La greffière,

Sylvie GUÉRIN

La République mande et ordonne au ministre de la santé, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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