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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2407255

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2407255

mardi 24 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2407255
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOUBOUL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a été saisi par M. B A, ressortissant algérien, pour contester un arrêté du 26 novembre 2024 de la préfète du Lot lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour d’un an, ainsi qu’un arrêté du même jour du préfet du Lot-et-Garonne l’assignant à résidence. Le requérant invoquait notamment son état de santé et l’absence de saisine du collège des médecins de l’OFII, ce qui aurait dû lui permettre d’obtenir un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le tribunal a rejeté l’ensemble des requêtes, estimant que les moyens soulevés n’étaient pas fondés et que les décisions attaquées étaient légales.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. - Par une requête enregistrée le 28 novembre 2024, et un mémoire enregistré le 16 décembre 2024, sous le n°2407255, M. B A, représenté par Me Touboul, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2024 par lequel la préfète du Lot lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il ne pouvait être éloigné dès lors qu'il pouvait bénéficier d'un titre de séjour de plein droit au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce que la préfète du Lot aurait dû saisir pour avis le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard de son état de santé ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur les décisions portant obligations de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, elles-mêmes illégales.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 décembre 2024, la préfète du Lot conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. - Par une requête enregistrée le 7 décembre 2024, et un mémoire enregistré le 16 décembre 2024, sous le n°2407499, M. B A, représenté par Me Touboul, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2024 par lequel le préfet du Lot-et-Garonne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'arrêté attaqué du 26 novembre 2024 est privé de base légale dans la mesure où les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire du même jour sur laquelle il est fondé sont elles-mêmes illégales ;

- la décision portant assignation à résidence est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 décembre 2024, le préfet du Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Gigault, première conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont régulièrement été averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gigault,

- les observations de Me Touboul, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de M. A, qui répond aux questions de la magistrate désignée,

- les préfets du Lot et du Lot-et Garonne n'étant ni présents ni représentés.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 5 avril 1964 à Alger (Algérie), déclare être entré sur le territoire français le 20 juin 2022 sous couvert d'un visa court séjour, accompagné de son épouse et de leur fille. Par un arrêté du 26 novembre 2024, la préfète du Lot lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du 26 novembre 2024, le préfet du Lot-et-Garonne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

2. Les requêtes susvisées N°s 2407255 et 2407499 concernent le même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a eu lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête N° 2407499 de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

4. Pour obliger M. A à quitter le territoire français, la préfète du Lot a considéré que l'intéressé était en situation irrégulière sur le territoire et qu'il n'établissait pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Toutefois, il ressort des termes de la décision litigieuse que la préfète n'a pas examiné la situation de l'intéressé au regard de son état de santé, alors que le procès-verbal d'audition en retenue de M. A le 26 novembre 2024, révèle que ce dernier a indiqué avoir des problèmes cardiaques et un cancer de la vessie qui a conduit à la découverte de polypes au niveau de ses poumons, nécessitant la poursuite de son traitement par chimiothérapie. Aucun de ces éléments déterminants de la situation de l'intéressé, qui au demeurant ont été confirmés par les pièces médicales produites, ne figure dans la décision attaquée. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la préfète du Lot a entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de la préfète du Lot du 26 novembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français, et par voie de conséquence, des décisions du même jour portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi, et l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

6. L'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".

7. Dès lors que la mesure portant assignation à résidence est fondée sur les décisions portant obligation de quitter le territoire et refus de délai de départ volontaire et que ces dernières sont illégales, il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2024 du préfet du Lot-et-Garonne.

Sur les frais relatifs aux litiges :

8. Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Touboul renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Touboul une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera directement versée.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire au titre de la requête n° 2407499.

Article 2 : L'arrêté de la préfète du Lot du 26 novembre 2024 est annulé.

Article 3 : L'arrêté du préfet du Lot-et-Garonne du 26 novembre 2024 est annulé.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Touboul renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Touboul une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera directement versée.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Touboul, à la préfète du Lot et au préfet du Lot-et-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 décembre 2024.

La magistrate désignée,

S. GIGAULT

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne aux préfets du Lot et du Lot-et-Garonne, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N° s 2407255, 24074990

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