lundi 23 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2407268 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et une pièce enregistrées le 28 novembre 2024 et le 17 décembre 2024, M. C A, représenté par Me Bachelet, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) à titre principal, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 29 octobre 2024 du préfet de la Haute-Garonne portant assignation à résidence ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 29 octobre 2024 du préfet de la Haute-Garonne portant assignation à résidence en tant qu'il porte obligation de présentation une fois par jour, tous les jours, y compris dimanches et jours fériés au commissariat central de Toulouse afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet
4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et le versement de la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, et dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1 précité.
Il soutient que :
s'agissant de la condition tenant à l'urgence :
- la décision contestée préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation personnelle et familiale ; elle porte une atteinte considérable et disproportionnée à sa liberté d'aller et venir, dès lors qu'elle lui impose de rester à son domicile sur une plage horaire de dix heures consécutives et qu'elle n'a pas de limite temporelle ;
s'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;
-elle est entachée d'un défaut de motivation ;
-elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de respect d'une procédure contradictoire préalable ;
- cette décision est privée de base légale dès lors que l'arrêté du 4 octobre 2024 prononçant son expulsion est illégal ; la décision portant expulsion du territoire est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ; elle est entachée d'un vice de procédure, car il n'a pas été préalablement avisé ni convoqué devant la commission d'expulsion prévue à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a ainsi été privé d'une garantie ; elle est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'erreur de droit, car sa situation de personne protégée contre une mesure d'expulsion du territoire était constituée à la date de l'entrée en vigueur des nouvelles dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ; il est en effet titulaire d'une carte de résident régulièrement renouvelée depuis plus de vingt ans (juillet 1996) ; seule la commission d'une infraction ayant donné lieu à une condamnation définitive pour des crimes ou délits punis de cinq ans ou plus d'emprisonnement ou de trois ans en réitération de crimes ou délits punis de la même peine, postérieure à l'entrée en vigueur de la loi, aurait pu permettre de se fonder sur la dérogation prévue au 9ème alinéa de l'article L.631-3 pour prendre une décision portant expulsion du territoire français à son encontre sur le fondement de l'article L.631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur de droit, car, s'il a fait l'objet de nombreuses condamnations, elles sont relatives à des atteintes aux biens, de sorte que sa présence ne représente pas une menace grave pour l'ordre public ; elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, car il réside en France de manière habituelle depuis 1984 et est en situation régulière depuis le 22 mai 1996, soit plus de 28 ans à la date de la décision contestée ; il a travaillé dans les travaux publics de 1996 à 2007 puis de 2016 à 2022 ; il réside en France avec son épouse, titulaire d'une carte de résident et leurs trois enfants, B, née le 16 janvier 2017, Emna née le 23 juillet 2020 et Nadia, née le 26 octobre 2023, ses filles sont toutes nées à Toulouse et y résident depuis leur naissance ; il présente des problèmes de santé invalidants qui l'empêchent de travailler et est en train de faire valoir ses droits auprès de la MDPH ; il ne possède plus d'attache familiale dans son pays d'origine puisque ses parents sont décédés et ses frères vivent sur le territoire français ; elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet ne justifiant pas qu'il n'existerait pas, à la date de la décision attaquée, une perspective raisonnable d'exécution de sa décision d'expulsion ; cette mesure d'assignation n'est ni nécessaire, ni adaptée à sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation ;
- la fixation des modalités de l'assignation à résidence est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car le préfet n'a pas tenu compte de la contrainte qu'il lui impose, du temps passé sous ce régime et de ses liens familiaux et professionnels.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
-la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite dès lors qu'il ne ressort pas des éléments du dossier qu'un pointage quotidien à 11 heures, même les dimanches et jours fériés, au commissariat central de Toulouse, constituerait une mesure disproportionnée au regard de sa situation ; en outre, le référé-suspension introduit à l'encontre de l'arrêté portant expulsion du territoire français a été rejeté par une ordonnance du 18 novembre 2024 en l'absence de doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté ; l'intéressé ne démontre aucune obligation personnelle ou professionnelle faisant obstacle au respect des modalité d'assignation à résidence ;
-et qu'aucun des autres moyens de la requête n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.
Vu :
-les autres pièces du dossier ;
-la requête n° 2406907 enregistrée le 13 novembre 2024 tendant à l'annulation de la décision contestée ;
- l'ordonnance n° 2406545 du 21 novembre 2024 de la juge des référés du tribunal administratif de Toulouse.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 décembre 2024 à 14h30, en présence de Mme Guérin, greffière d'audience :
-le rapport de M. Le Fiblec,
-et les observations de Me Bachelet, représentant M. A, présent, qui a repris ses écritures, en développant le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision d'expulsion, après avoir précisé que, dans le cadre du pourvoi formé contre l'ordonnance du 21 novembre 2024 par laquelle la juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande aux fins de suspension de cette décision d'expulsion, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par le bureau d'aide juridictionnelle près le Conseil d'Etat, et en insistant en particulier sur le moyen tiré du vice de procédure en raison de ce qu' il n'a pas été préalablement avisé ni convoqué devant la commission d'expulsion prévue à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur l'erreur d'appréciation de sa situation en raison de ce que la gravité des condamnations dont il a fait l'objet est à relativiser au regard de sa durée de présence en France depuis 1984, dont vingt-huit ans en séjour régulier, et de l'ensemble de ses liens familiaux sur le territoire français,
- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 5 septembre 1967 à Cebala (Tunisie) est entré en France selon ses déclarations en 1984 à l'âge de 17 ans. Il a bénéficié à compter du 1er juillet 1996 de cartes de résident renouvelées en dernier lieu du 29 mai 2016 au 28 mai 2026. La commission d'expulsion a donné le 24 septembre 2024 un avis favorable à son expulsion. Par arrêté du 4 octobre 2024, le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son expulsion et retiré sa carte de résident de dix ans. Par ordonnance du 21 novembre 2024, le juge des référés du tribunal de céans a rejeté la requête par laquelle il sollicitait la suspension de l'exécution de ces décisions. Par un arrêté du 29 octobre 2024, le préfet de la Haute-Garonne a assigné l'intéressé à résidence sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par M. A, tels qu'ils ont été visés et analysés ci-dessus, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 29 octobre 2024 portant assignation à résidence. Par suite, les conclusions de M. A tendant à la suspension de l'exécution de cet arrêté doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'une situation d'urgence. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et R 761-1 doivent également être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Bachelet et au ministre de l'intérieur.
Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne
Fait à Toulouse, le 23 décembre 2024.
Le juge des référés,
B. LE FIBLEC
La greffière,
S. GUÉRIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,
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