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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2407349

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2407349

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2407349
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Toulouse rejette la demande de suspension de la décision du 18 octobre 2024 de la commission académique de Toulouse, confirmant le refus d’autorisation d’instruction en famille pour l’enfant A, âgée de 5 ans, présentée sur le fondement du 1° de l’article L. 131-5 du code de l’éducation. Les requérants invoquaient l’urgence et une erreur manifeste d’appréciation liée à la phobie scolaire de l’enfant, soutenue par des certificats médicaux. Le juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a estimé que la demande était manifestement mal fondée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner la condition d’urgence. La solution retenue est le rejet de la requête, sans audience ni instruction complémentaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2024, Mme B D et M. E C, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 18 octobre 2024 par laquelle la commission de l'académie de Toulouse a rejeté leur recours préalable obligatoire formé à l'encontre de la décision du 10 septembre 2024 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale du Tarn a rejeté leur demande d'autorisation d'instruction en famille présentée pour leur fille A ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Toulouse, à titre principal, de leur délivrer l'autorisation sollicitée pour leur fille A sur le fondement du 1° de l'article L.131-5 du code de l'éducation et, à titre subsidiaire, de reconsidérer la situation de leur enfant en tirant les conséquences de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

- elle est satisfaite dès lors qu'ils doivent être fixés sur la légalité de la décision compte tenu des adaptations impératives qu'impliquerait une scolarisation de leur enfant qui bouleverserait l'organisation de la famille ;

- la décision préjudicie à la situation de leur enfant dès lors qu'elle porte atteinte à son droit à la santé et à son droit à l'éducation ;

- l'année scolaire étant largement entamée, une scolarisation contrainte dans une classe évoluant ensemble depuis 3 mois déjà, pour une jeune fille récemment déscolarisée en raison d'une phobie scolaire, n'est pas de nature à permettre une bonne intégration et est de nature à créer un refus scolaire ;

- leur enfant, instruite en famille jusque-là, n'a pas suivi le rythme d'acquisition des compétences trimestre par trimestre, celles-ci devant être acquises en fin de cycle ;

-aucun intérêt public ne s'oppose à l'urgence qu'il soit statué à bref délai ;

en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de leur enfant au regard des dispositions du 1° de l'article L. 131-5 du code de l'éduction et de l'article R. 131-11-2 du même code ; le syndrome phobique développé par leur fille a pu être constaté non seulement par le médecin généraliste, mais également par un pédopsychiatre, ce dernier ayant fortement contre-indiqué une scolarisation tant que le suivi de l'enfant était en cours, sans pour autant en donner une échéance.

Vu :

-les autres pièces du dossier ;

-la requête n° 2407342 enregistrée le 2 décembre 2024 tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Arquié, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D et M. C ont adressé aux services de l'éducation nationale du Tarn, une demande d'autorisation d'instruction en famille pour leur fille A, âgée de 5 ans, sur le fondement du 1° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation. Par une décision du 10 septembre 2024, la directrice académique a opposé un refus à cette demande. Par une décision du 18 octobre 2024, la commission de l'académie de Toulouse a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé le 24 septembre 2024 contre la décision du 10 septembre 2024. Mme D et M. C demandent la suspension de l'exécution de la décision du 18 octobre 2024 rejetant leur recours.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (). ". L'article L. 522-3 de ce même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". En vertu de ces dernières dispositions, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête, sans instruction ni audience, notamment lorsqu'elle est dénuée d'urgence, ou qu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est mal fondée.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 131-1 du code de l'éducation : " L'instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l'âge de trois ans et jusqu'à l'âge de seize ans ". Aux termes de l'article L. 131-2 du même code, dans sa version issue de l'article 49 de la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 : " L'instruction obligatoire est donnée dans les établissements ou écoles publics ou privés. Elle peut également, par dérogation, être dispensée dans la famille par les parents, par l'un d'entre eux ou par toute personne de leur choix, sur autorisation délivrée dans les conditions fixées à l'article L. 131-5. ". Aux termes de cet article L. 131-5, dans sa version issue de l'article 49 de la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille () / La présente obligation s'applique à compter de la rentrée scolaire de l'année civile où l'enfant atteint l'âge de trois ans. / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : / 1° L'état de santé de l'enfant ou son handicap ; ()".Pour la mise en œuvre de ces dispositions, dont il résulte que les enfants soumis à l'obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement d'enseignement public ou privé, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à ce que l'instruction d'un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d'une part dans un établissement d'enseignement, d'autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l'issue de cet examen, de retenir la forme d'instruction la plus conforme à son intérêt.

4. Aux termes de l'article R. 131-11-2 du code de l'éducation, dans sa rédaction issue du décret du 15 février 2022 relatif aux modalités de délivrance de l'autorisation d'instruction dans la famille : " Lorsque la demande d'autorisation est motivée par l'état de santé de l'enfant, elle comprend un certificat médical de moins d'un an sous pli fermé attestant de la pathologie de l'enfant. / Lorsque la demande d'autorisation est motivée par la situation de handicap de l'enfant, elle comprend le certificat médical prévu par l'article R. 146-26 du code de l'action sociale et des familles sous pli fermé ou les décisions relatives à l'instruction de l'enfant de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées. / Dans les cas prévus aux deux alinéas précédents, le directeur académique des services de l'éducation nationale transmet le certificat médical sous pli fermé au médecin de l'éducation nationale. Celui-ci rend un avis sur cette demande. / Une autorisation justifiée par l'état de santé de l'enfant ou son handicap peut être accordée pour une durée maximale de trois années scolaires ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, régulièrement saisie d'une demande en ce sens, d'autoriser l'instruction d'un enfant dans sa famille lorsqu'il est établi que son état de santé rend impossible sa scolarisation dans un établissement d'enseignement public ou privé ou lorsque l'instruction dans sa famille est, en raison de cet état de santé, la plus conforme à son intérêt.

5. En l'état de l'instruction, les seuls documents et certificats médicaux produits par les requérants, consistant en une attestation, établie le 17 octobre 2024, de prise en charge de leur fille sur la plateforme " troubles du neuro développement 0-12 ans " de la fondation Bon sauveur d'Albi dans un délai prévisionnel indicatif de 12 à 15 mois et de deux certificats établis par un psychothérapeute indiquant que l'enfant souffre d'une structure phobique pour les lieux clos et que son état de santé, qui nécessite de solliciter une équipe éducative, ne lui permet pas d'assurer une présence scolaire, ne sont pas de nature à contester sérieusement l'appréciation portée par la commission académique du rectorat de l'académie de Toulouse sur l'état de santé de l'enfant et la possibilité pour elle, dans son intérêt, d'être scolarisée progressivement en milieu ordinaire en bénéficiant d'une assistance pédagogique à domicile tout en poursuivant les soins pédopsychiatriques ainsi que la prise en charge. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation de leur enfant n'apparaît pas propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Il y a lieu, par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'urgence, de rejeter la présente requête en toutes ses conclusions selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 précité du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D et M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D et M. E C.

Une copie en sera adressée au recteur de l'académie de Toulouse.

Fait à Toulouse, le 11 décembre 2024.

La juge des référés,

Céline ARQUIÉ

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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