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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2408030

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2408030

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2408030
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantFAURE-TRONCHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 décembre 2024 et une pièce enregistrée le 15 janvier 2025, M. A C demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 31 octobre 2024 par lequel le maire de la commune de Cornebarrieu l'a exclu temporairement de ses fonctions pour une durée de deux ans à titre disciplinaire ;

2°) d'enjoindre à la commune de Cornebarrieu de procéder à sa réintégration administrative sans délai ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cornebarrieu le paiement des entiers dépens du procès et une somme de 2 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

- elle est caractérisée dès lors qu'il se voit privé de son traitement pour une durée de vingt-quatre mois ; la poursuite de cette privation de traitement entraînerait des conséquences irréversibles sur sa situation financière, compte tenu de ses charges familiales, ainsi que sur son état de santé ;

- ses chances de pouvoir exercer une autre activité professionnelle pendant cette période sont réduites étant donné le niveau d'offre d'emploi actuel pour des qualifications relevant de ses compétences, son âge et l'altération de son état de santé ;

- cette décision d'exclusion temporaire de ses fonctions pour une durée de deux ans porte ainsi un préjudice financier suffisamment grave et immédiat à sa situation compte tenu des conséquences dommageables qu'elle aurait pour sa famille et pour lui-même ;

en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- la décision contestée et l'avis du conseil de discipline rendu le 21 octobre 2024 sont entachés d'un défaut de motivation au regard des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision contestée est entachée de vices de procédure, car il n'a pas été informé par le courrier du 19 juin 2024 le convoquant à un entretien pré-disciplinaire de l'ouverture d'une procédure disciplinaire à son encontre et il n'a pas pu consulter l'intégralité de son dossier individuel mais seulement les pièces constituant son dossier disciplinaire ;

- les manquements qui lui sont reprochés ne sont pas établis ; il n'a fait que participer au capital social d'une société par actions simplifiées, sans prendre part à aucune décision concernant sa gestion ou sa direction ; le comportement de la commune à son égard est déloyal, car il a seulement montré son intérêt pour l'activité de brasserie artisanale ;

- la sanction prononcée est disproportionnée ;

- la décision contestée est entachée d'un détournement de procédure ou de pouvoir, son intérêt pour la brasserie ayant été instrumentalisé pour en faire un motif d'éviction, la préoccupation principale de la direction des services de la commune étant de trouver une solution de reclassement pour le réintégrer après son congé de maladie longue durée.

Par un mémoire en défense et une pièce enregistrés le 14 janvier 2025, la commune de Cornebarrieu, représentée par Me Faure-Tronche, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. C en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

en ce qui concerne la condition relative à l'urgence :

- M. C n'apporte aucun élément de nature à justifier les conséquences éventuellement préjudiciables de la sanction ;

- il n'a été déclaré inapte qu'à ses fonctions, mais pas à toutes fonctions ;

- la sanction d'exclusion ne l'empêche pas de pratiquer une autre activité rémunérée ni d'obtenir l'allocation d'aides ; le requérant aurait, au demeurant, déjà retrouvé une activité rémunérée comme en atteste le courriel récemment adressé par ses soins à sa collectivité et faisant état d'un retour à l'emploi dès novembre 2024 ;

en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- l'arrêté contesté comporte une motivation précise en droit et en fait ;

- la décision contestée n'a pas été prise à la suite d'une procédure irrégulière, le requérant ayant, d'une part, été avisé des griefs qui lui étaient reprochés dans le courrier de convocation qu'il a reçu, et ayant pu, d'autre part, consulter son dossier le 26 juin 2024 et prendre connaissance des éléments qui lui étaient reprochés, sans formuler aucune autre demande, et après qu'il a été informé de la possibilité d'avoir communication de son dossier individuel et de ses annexes ;

- les faits qui lui sont reprochés sont établis, M. C ayant, le 19 juillet 2022, sans demande préalable, ni autorisation de sa collectivité, créé une entreprise immatriculée au registre du commerce et des sociétés, soit une société par actions simplifiée " Les brasseurs de Cruchen ", dont il détient 50% des actions, et à l'activité de laquelle il participe ;

- la sanction qui a été infligée à M. C revêt un caractère proportionné ; les faits de cumul de fonctions non autorisés revêtent un degré de gravité certain ; la sanction infligée a fait l'objet d'un avis favorable du conseil de discipline à la majorité de ses membres ; le cumul d'activité s'est produit au cours d'une période pendant laquelle M. C était en position de congé maladie longue durée ; la collectivité a été accompagnante avec M. C qui avait manifesté sa volonté de reconversion professionnelle ; l'agent occupe une fonction de direction dans la collectivité et connaît les dispositifs qui permettaient de pouvoir cumuler un emploi en toute légalité ;

- la décision contestée n'est pas entachée de détournement de pouvoir.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2407934 enregistrée le 19 décembre 2024 tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal par intérim a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 15 janvier 2025 à 10 heures en présence de Mme Guérin greffière d'audience, M. Le Fiblec a lu son rapport et a entendu :

- les observations de M. C, qui reprend ses écritures et qui précise, comme il l'a indiqué à l'appui de son mémoire en production de pièces enregistré le 15 janvier 2025, qu'il n'a pas repris d'activité professionnelle depuis novembre 2024,

- les observations de Mme D, représentant le syndicat sud collectivités territoriales, qui accompagne M. C,

- les observations de Me Faure-Tronche, représentant la commune de Cornabarrieu, qui reprend ses écritures,

- et les observations de M. B, maire de Cornebarrieu.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, agent territorial titulaire au grade de technicien supérieur de 1ère classe exerce, depuis 2014, les fonctions de directeur des services techniques au sein de la commune de Cornebarrieu. Par une décision du 31 octobre 2024, le maire de la commune de Cornebarrieu l'a exclu temporairement de ses fonctions pour une durée de deux ans à titre de sanction disciplinaire. M. C demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

3. Aucun des moyens invoqués par M. C, tels qu'ils ont été visés ci-dessus et analysés, n'est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée. Il y a dès lors lieu, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'urgence, de rejeter les conclusions de M. C tendant à la suspension de l'exécution de cette décision et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

4. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du défendeur, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. C la somme que la commune de Cornebarrieu demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Enfin, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

OR D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : les conclusions présentées par la commune de Cornebarrieu au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et à la commune de Cornebarrieu.

Fait à Toulouse le 28 janvier 2025.

Le juge des référés,

Briac LE FIBLEC

La greffière,

Sylvie GUÉRIN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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