mercredi 29 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2500107 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | PIAZZON |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 8 janvier 2025, sous le n°2500107,
M. A B, représenté par Me Piazzon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2024 par lequel le préfet de Tarn-et-Garonne
l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois, a fixé le pays de renvoi
et l'a interdit de circuler sur le territoire pour une durée d'un an ou, à défaut, d'ordonner
sa suspension ;
3°) de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
4°) d'enjoindre au préfet de Tarn-et-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil par l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des pièces complémentaires et un mémoire en défense, enregistrés les 13 et
15 janvier 2025, le préfet de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 9 janvier 2025, sous le n°2500147,
M. A B, représenté par Me Piazzon, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2025 par lequel le préfet de Tarn-et-Garonne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil par l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;
- il est entaché d'une erreur de droit ;
- il porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- il porte atteinte à sa liberté d'aller et venir.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 janvier 2025, le préfet de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Le président par intérim du tribunal a désigné Mme Cuny, conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et
L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
Le rapport de Mme Cuny, qui a soulevé d'office, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions principales de M. B tendant à la suspension de l'arrêté du 9 décembre 2024 et à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant polonais, né le 31 décembre 1994 à Poznan (Pologne), déclare être entré sur le territoire français en août 2024. Par un arrêté du
9 décembre 2024, le préfet de Tarn-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du 9 janvier 2025, le préfet de Tarn-et-Garonne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes, n°2500107 et 2500147 présentées pour M. B concernent la situation d'une même personne. Il y a eu lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
3. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur l'irrecevabilité des conclusions subsidiaire à fin de suspension de l'arrêté du
9 décembre 2024 :
4. Il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir de prononcer la suspension d'une décision portant obligation de quitter le territoire et des décisions l'assortissant lorsqu'il est déjà saisi de conclusions tendant à l'annulation de ces décisions. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 9 décembre 2024 sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur l'irrecevabilité des conclusions tendant à la délivrance d'un titre de séjour :
5. Il n'appartient pas au juge administratif de se substituer à l'autorité administrative compétente pour délivrer un titre de séjour au ressortissant étranger. Par suite, les conclusions de M. B tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 9 décembre 2024 :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire, vise les dispositions et les stipulations dont elle fait application, notamment le 3° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle retrace les conditions d'entrée et de séjour en France de M. B, son interpellation et mentionne les principaux éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale. Par suite, la décision attaquée portant l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée.
7. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision portant obligation
de quitter le territoire français contestée, ni des pièces du dossier, que le préfet de
Tarn-et-Garonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle et familiale de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle doit être écarté.
8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. B déclare être entré sur le territoire français au mois d'août 2024, soit depuis moins de six mois à la date de la décision litigieuse. S'il produit un contrat de travail à durée déterminée conclut le 14 août 2024, il ressort de ses termes qu'il n'a été conclu que pour les besoins de la saison agricole. Par ailleurs, il a déclaré, lors de son audition du 9 décembre 2024, être célibataire, sans enfant et n'avoir aucune attache familiale en France. Enfin, il n'allègue ni n'établit être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident son père et ses sœurs. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Tarn a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2024 par lequel le préfet de Tarn-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de circuler sur le territoire pour une durée d'un an.
En ce qui concerne l'arrêté du 9 janvier 2025 :
11. En premier lieu, la décision portant assignation à résidence vise les dispositions et stipulations dont elle fait application, notamment le 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise également que
M. B n'a pas satisfait à l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire qui lui a été imparti, qu'il est titulaire d'une carte nationale d'identité polonaise et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, la décision portant assignation à résidence est suffisamment motivée.
12. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision portant assignation à résidence, ni des pièces du dossier, que le préfet de Tarn-et-Garonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle et familiale de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle doit être écarté.
13. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1o L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (..) ".
14. Si M. B soutient que la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il n'existe aucun risque qu'il n'exécute pas la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, il ressort des pièces du dossier que M. B n'a pas satisfait à l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de départ volontaire qui lui a été imparti. En tout état de cause, il ne résulte pas des dispositions précitées que la légalité d'une mesure d'assignation à résidence soit subordonnée à la démonstration, par l'autorité administrative, du risque de soustraction de l'étranger à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.
15. En quatrième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus, et notamment des considérations de fait mentionnées au point 9, que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir, au demeurant non assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du préfet de Tarn-et-Garonne des 9 décembre 2024 et 9 janvier 2025. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, Me Piazzon et au préfet de Tarn-et-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2025.
La magistrate désignée,
L. CUNY
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Nos2500107, 2500147
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026