jeudi 30 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2500116 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CAZANAVE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 janvier 2025, M. A B, représenté par Me Cazanave, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 30 juillet 2024 par laquelle le préfet du Tarn a refusé de renouveler sa carte de résident et lui a délivré une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de renouveler sa carte de résident dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à venir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai d'un mois à compter de cette notification ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme au seul visa de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
- il peut se prévaloir d'une présomption d'urgence, la décision contestée refusant de renouveler sa carte de résident ; s'il a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour de six mois, cette autorisation expire le 17 janvier 2025 et le préfet du Tarn refuse de la lui renouveler ; il risque d'être radié de la liste des demandeurs d'emploi et de ne plus recevoir ses allocations ;
en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- la décision n'a pas été prise à la suite d'une étude sérieuse et particulière de sa situation, car elle fait état de troubles récents et répétés à l'ordre public alors que le préfet du Tarn ne justifie que d'une unique condamnation à une amende de 500 euros remontant à plus de huit ans pour des faits de conduite d'un véhicule à moteur malgré injonction de restituer le permis de conduire ;
- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions du 1° de l'article L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car sa présence ne constitue pas une menace grave pour l'ordre public ; il n'a été condamné qu'à une seule reprise, en 2016, à une amende de 500 euros pour conduite d'un véhicule à moteur malgré injonction de restituer le permis de conduire ; les mises en cause que lui reprochent le préfet ont pour origine une séparation difficile avec son ex-femme ; elle a déposé plusieurs plaintes sans fondement contre lui qui n'ont donné lieu à aucune poursuite, ni à aucune condamnation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 janvier 2025, le préfet du Tarn, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
en ce qui concerne l'urgence :
- la présomption d'urgence doit être renversée, le requérant n'ayant introduit un référé suspension que le 9 janvier 2025 alors que l'arrêté lui a été notifié le 9 août 2024, ce qui démontre que cet arrêté ne lui porte pas un préjudice grave et immédiat ;
- si le requérant a fait l'objet d'un refus de renouvellement de sa carte résident, il n'a pas fait l'objet d'un refus de séjour ou d'une décision d'éloignement ;
- en commettant de multiples infractions, il s'est placé seul dans une position l'exposant à un refus de renouvellement de sa carte de résident ;
en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- le requérant est connu pour de multiples infractions et condamnations pénales et au regard de la gravité des faits, de sa situation familiale, économique et de son intégration, il constitue une menace réelle, actuelle et grave à l'ordre public, la décision n'est pas entachée d'un défaut d'examen sérieux, ni d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2406010 enregistrée le 2 octobre 2024 tendant à l'annulation de la décision contestée ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal par intérim a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 23 janvier 2025 à 10 heures en présence de Mme Tur, greffière d'audience, M. Le Fiblec a lu son rapport et a entendu :
- les observations de Me Cazanave représentant M. B qui a repris les moyens développés dans ses écritures. Me Cazanave insiste, d'une part, sur le fait que le requérant a attendu la date de l'introduction de la présente requête pour se prévaloir d'une situation d'urgence en raison de ce qu'il bénéficiait d'une autorisation provisoire de séjour valide jusqu'au 17 janvier 2025, et d'autre part, sur la circonstance que le requérant n'a été condamné qu'une seule fois, en 2016, à une amende de 500 euros et que, s'il a été mis en cause, en 2015, par son ex-femme pour des faits de violences, dans un contexte de divorce difficile, il n'a fait l'objet d'aucune poursuite pénale, ni d'aucune condamnation ;
- et les observations de M. B, qui précise qu'il entretient aujourd'hui et depuis longtemps de bonnes relations avec son ex-femme, avec laquelle il a deux enfants âgés de vingt ans et de onze ans ;
- le préfet du Tarn n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant égyptien né le 4 septembre 1972 au Caire (Egypte) est entré en France le 2 octobre 1998 et a bénéficié d'un titre de séjour du 17 décembre 2002 au 16 décembre 2003 puis, à compter du 17 décembre 2003, de cartes de résident régulièrement renouvelées jusqu'en décembre 2023. Il a sollicité le 17 décembre 2023 le renouvellement de sa carte de résident de dix ans. Par une décision du 30 juillet 2024, le préfet du Tarn a refusé de renouveler sa carte de résident et lui a délivré une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois. M. B doit être regardé comme demandant au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision refusant le renouvellement de sa carte de résident.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe présumée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5. En l'espèce, alors que l'autorisation provisoire de séjour de six mois qui lui a été accordée par la décision du 30 juillet 2024 a expiré le 17 janvier 2025, cette décision portant également non-renouvellement de la carte de séjour caractérise une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 précité, peu important à cet égard que le requérant a attendu le 9 janvier 2025 pour solliciter la suspension de la décision contestée et qu'il n'a pas fait l'objet d'un refus de séjour ou d'une décision d'éloignement, la décision en litige ayant, en outre, fait basculer l'intéressé vers une situation de séjour irrégulier et vers le risque d'être radié de la liste des demandeurs d'emploi et de ne plus recevoir d'allocations. Par ailleurs, si le préfet du Tarn soutient que l'intéressé a commis de multiples infractions l'exposant à un refus de renouvellement de sa carte de résident, ces circonstances, même à les supposer établies, ne sont pas par elles-mêmes de nature à faire échec à cette présomption d'urgence. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
6. Aux termes des dispositions de l'article L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Le renouvellement de la carte de résident peut être refusé à tout étranger lorsque : 1° Sa présence constitue une menace grave pour l'ordre public ; () ".
7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions du 1° de l'article L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tel qu'il a été visé et analysé ci-dessus, apparaît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
8. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant réunies, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du préfet du Tarn du 30 juillet 2024 portant refus de renouvellement de la carte de résident de M. B.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. Il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre au préfet du Tarn de délivrer à M. B, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler renouvelable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond et de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
10. M. B ayant été admis provisoirement à l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Cazanave, avocat du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cazanave de la somme de 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à M. B.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du 30 juillet 2024 du préfet du Tarn portant refus de renouvellement de la carte de résident de M. B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Tarn de délivrer à M. B, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, renouvelable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond, et de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Cazanave renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Cazanave, avocat de M. B, une somme de 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 500 euros sera versée à M. B.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Cazanave et au ministre de l'intérieur.
Une copie en sera adressée au préfet du Tarn.
Fait à Toulouse le 30 janvier 2025.
Le juge des référés,
Briac LE FIBLEC
La greffière,
Pauline TUR
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
ou par délégation la greffière
N°2500116
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026