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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2500264

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2500264

mercredi 19 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2500264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Toulouse, statuant en référé, a rejeté la demande de provision de 10 000 euros présentée par M. A, un ressortissant ivoirien, qui contestait le refus initial de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour sa demande d'asile. Le tribunal a considéré que l'obligation de l'OFII n'était pas sérieusement contestable pour les sommes déjà versées (440,20 euros), mais a estimé que les préjudices moral et matériel invoqués n'étaient pas suffisamment établis pour justifier une provision. La décision s'appuie sur l'article R. 541-1 du code de justice administrative et les textes relatifs au droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 janvier et 7 février 2025, M. B A, représenté par Me Sarasqueta, demande, dans le dernier état de ses écritures au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de condamner l'OFII à lui verser la somme provisionnelle de 10 000 euros en réparation des préjudices subis, assortie des intérêts au taux légal et leur capitalisation à compter du 1er décembre 2024 ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est né le 20 juin 1994 à Abobo (Côte d'Ivoire), est entré sur le territoire français en janvier 2021 muni d'un passeport assorti d'un visa de court séjour ;

- il fuyait les persécutions subies dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle ;

- sa demande d'asile a été enregistrée par le préfet de la Haute-Garonne le 4 octobre 2021 ;

- le même jour, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que le dépôt de sa demande d'asile était intervenu plus de 90 jours après son entrée sur le territoire français ;

- par un recours administratif préalable obligatoire réceptionné le 7 octobre 2021, il a contesté cette décision auprès du directeur général de l'OFII, qui a finalement décidé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en procédant au versement de l'allocation pour demandeur d'asile depuis le 3 novembre 2021 ;

- toutefois, il a refusé de procéder au versement de l'allocation pour demandeur d'asile pour le mois d'octobre 2021 et ainsi maintenu sa décision portant refus des conditions matérielles d'accueil pour cette période ;

- par jugement n°2107207 du 18 juillet 2024, le tribunal de céans a annulé cette décision ;

- il a alors demandé à l'OFII l'indemnisation de ses préjudices résultant de l'illégalité de la décision lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, par courrier réceptionné le 1er septembre 2024 ;

- il détenait à l'encontre de l'OFII une créance non sérieusement contestable d'un montant de 440,20 euros pour la période du 4 octobre au 3 novembre 2021, soit 31 jours, mais la somme lui a été versée en cours d'instance ;

- il a subi une période de détresse morale, qui justifie une indemnisation à hauteur de 5 000 euros ;

- il a subi des troubles dans les conditions d'existence, car il a perçu les premiers versements de l'OFII, seulement le 5 janvier 2022, son préjudice qui a duré du 4 octobre 2021 au 5 janvier 2022 justifient également une indemnisation à hauteur de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les sommes dues à M. A lui ont été versées le 24 août 2024 ;

- le surplus de sa créance n'est pas non sérieusement contestable ;

- le préjudice moral n'est pas justifié ;

- M. A a attendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil seulement pendant le mois suivant l'enregistrement de sa demande d'asile ;

- il pouvait faire appel au 115 ou au SPADA.

Par ordonnance du 30 janvier 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal par intérim a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien, né le 10 juin 1994, est entré sur le territoire français le 8 janvier 2021, mais n'a demandé l'asile que le 4 octobre 2021. Après un entretien de vulnérabilité, l'OFII a, dans un premier temps, refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, en raison de la tardiveté de sa demande, puis après réexamen, les lui a accordées par décision du 14 décembre 2021, prenant effet à compter de novembre 2021. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides lui a reconnu le statut de réfugié le 29 décembre 2021, par une décision qui lui a été notifiée le 20 janvier 2022.

2. Par jugement du 18 juillet 2024, le tribunal de céans a annulé la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur le recours administratif préalable obligatoire formé par M. A contre la décision initiale du directeur territorial de l'OFII du 4 octobre 2021 portant refus des conditions matérielles d'accueil pour la période du 4 octobre 2021 au 3 novembre 2021. La somme, d'un montant de 440,20 euros lui a été payée le 28 août 2024.

3. Quand, M. A a introduit la présente requête en référé, il demandait, notamment le versement de la somme de 440,20 euros. Sa requête était sur ce point irrecevable et par son second mémoire, M. A demande seulement au juge des référés de l'indemniser à titre provisionnel des préjudices qu'il a subis pendant la période du 4 octobre 2021 au 5 janvier 2022.

Sur la provision :

4. Aux termes de l'article R. 541-1 du code justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.

5. Alors que M. A a demandé l'asile 9 mois après son arrivée en France, il ne résulte pas des pièces du dossier que le délai au terme duquel il a reçu les premiers versements de l'OFII, correspondant aux conditions matérielles d'accueil, soit fautif.

6. Dans ces conditions, M. A ne justifie pas d'une créance non sérieusement contestable à l'encontre de l'OFII. Sa requête doit être rejetée ainsi que sa demande à bénéficier de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et celle fondée sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Toulouse le 19 février 2025.

La juge des référés,

A. Wolf

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2500264

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