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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2500407

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2500407

mercredi 12 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2500407
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 20 et 23 janvier 2025,

M. B A, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2025 par lequel le préfet du Tarn l'a assigné à résidence dans le département du Tarn pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de suspendre les effets de l'arrêté du 15 octobre 2024 par lequel le préfet du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français ;

4°) d'enjoindre au préfet du Tarn de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il méconnaît le principe du contradictoire ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 731-1 et 732-8 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2025, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal par intérim a désigné Mme Gigault, première conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4,

L. 922-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gigault,

- les observations de Me Hilaire, substituant Me Laspalles, représentant M. A, absent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- le préfet du Tarn n'étant, ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain, né le 13 décembre 1996 à Ahfir (Maroc), déclare être entré en France le 8 mars 2021. Il a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le

28 novembre 2023. Par une décision du 15 mars 2024, l'Office français de protection des

réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Par une décision du 4 juillet 2024, la Cour nationale

du droit d'asile a confirmé ce rejet. Par un arrêté du 15 octobre 2024, le préfet du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté du 13 janvier 2025, dont il est demandé l'annulation, le préfet du Tarn l'a assigné à résidence pour une durée de

quarante-cinq jours.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 21 octobre 2024, régulièrement publié au recueil n°81-2024-10-21-00020 des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Tarn a donné à M. Sébastien Simoes, secrétaire général de la préfecture du Tarn, délégation à l'effet de signer tous les arrêtés et documents administratifs ainsi que toutes les décisions courantes établies en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de fait sur lesquels il se fonde. Il rappelle que M. A fait l'objet d'un arrêté du préfet du Tarn portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans en date du 15 octobre 2024, qu'il n'a pas exécutée, dont l'exécution demeure une perspective raisonnable. Par suite, l'arrêté est suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, il ressort de l'ensemble des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative assigne à résidence un ressortissant étranger. Dès lors, les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne peuvent être utilement invoquées par M. A à l'encontre de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, le moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune pièce du dossier, que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen complet de la situation de l'intéressé comme il y est tenu. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au litige : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-8 du même code applicable au litige : " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-1 peut être contestée selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. / Elle peut être contestée dans le même recours que la décision d'éloignement qu'elle accompagne. Lorsqu'elle a été notifiée après la décision d'éloignement, elle peut être contestée alors même que la légalité de la décision d'éloignement a déjà été confirmée par le juge administratif ou ne peut plus être contestée ".

8. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative peut ordonner l'assignation à résidence d'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant et pour laquelle le délai pour quitter le territoire est expiré. Une telle mesure a pour objet de mettre à exécution la décision prononçant l'obligation de quitter le territoire français et ne peut être regardée comme constituant ou révélant une nouvelle décision comportant obligation de quitter le territoire, qui serait susceptible de faire l'objet d'une demande d'annulation. Il appartient toutefois à l'administration de ne pas mettre à exécution l'obligation de quitter le territoire si un changement dans les circonstances de droit ou de fait a pour conséquence de faire obstacle à la mesure d'éloignement. Dans pareille hypothèse, l'étranger peut demander, sur le fondement des dispositions des articles L. 732-8 et L. 921-1 du même code, au président du tribunal administratif l'annulation de cette décision d'assignation à résidence dans les sept jours suivant sa notification. S'il n'appartient pas à ce juge de connaître de conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, après que le tribunal administratif, saisi sur le fondement de l'article L. 614-1 du même code, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, il lui est loisible, le cas échéant, d'une part, de relever, dans sa décision, que l'intervention de nouvelles circonstances de fait ou de droit fait obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et impose à l'autorité administrative de réexaminer la situation administrative de l'étranger et, d'autre part, d'en tirer les conséquences en suspendant les effets de la décision devenue, en l'état, inexécutable.

9. M. A fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise par le préfet du Tarn le

15 octobre 2024. Cette mesure, assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours, n'a pas été exécutée. Pour justifier de circonstances nouvelles postérieures à cette mesure d'éloignement, il se prévaut d'un projet de mariage, depuis le 5 novembre 2024, avec sa compagne de nationalité française, enceinte, avec laquelle il serait en couple depuis plusieurs mois. Toutefois, le projet de mariage de l'intéressé a été suspecté d'être de complaisance par le Procureur de la république près le tribunal judiciaire d'Albi, comme en témoigne un courrier du 16 décembre 2024 de ce dernier révélant qu'il a été sursis à la célébration du mariage pendant un délai d'un mois. Il n'est pas justifié d'une prochaine célébration de ce mariage alors que le délai d'un mois imposé par le Procureur de la république était déjà expiré à la date d'enregistrement de la requête. En tout état de cause, ce projet de mariage, dès lors qu'il n'est pas justifié de l'ancienneté et de la stabilité de la relation entre le requérant et sa compagne, n'est pas suffisant pour caractériser une circonstance nouvelle de nature à justifier la suspension des effets de la décision portant obligation de quitter le territoire français. De même, dès lors que ni le principe de l'intérêt supérieur de l'enfant, ni les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs aux étrangers parents d'enfant français ne sont applicables à l'enfant à naître que M. A a reconnu le

24 septembre 2024, la circonstance que sa compagne soit enceinte ne caractérise pas non plus un changement de circonstances susceptible de faire obstacle à la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 731-1 et L. 732-8 précitées doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 janvier 2025. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Laspalles et au préfet du Tarn.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 février 2025.

La magistrate désignée,

S. GIGAULT La greffière,

I. DREANO

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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