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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2500552

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2500552

lundi 24 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2500552
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOUBOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2025 et un mémoire enregistré le 13 février 2025, le préfet de la Haute-Garonne demande dans le dernier état de ses écritures au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. A B et de Mme C B du logement mis à leur disposition au centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) 2 place des papyrus à Toulouse, géré par la société d'économie mixte Adoma ;

2°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'HUDA de Toulouse afin d'évacuer les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. et Mme B à défaut pour eux de les avoir emportés ;

3°) de rejeter la demande de condamnation de l'Etat sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable, les dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile disposent qu'il appartient au préfet de prendre les mesures pour faire libérer sous la contrainte les lieux occupés par des personnes qui s'y maintiennent malgré l'intervention d'une décision définitive sur la demande d'asile d'un étranger hébergé dans un lieu d'hébergement dédié ;

- la signataire de la requête bénéficie d'une délégation de signature pour introduire la présente action devant la juridiction administrative ;

- la mesure sollicitée revêt un caractère urgent et remplit la condition d'utilité requise compte tenu du nombre des demandeurs d'asile en attente d'un hébergement et alors que le dispositif national d'accueil des demandeurs d'asile en Haute-Garonne est saturé ;

- M. et Mme B accompagné de leur fils né le 13 décembre 2016 se maintiennent illégalement dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors qu'ils ont été déboutés du droit d'asile par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 5 septembre 2024 et que les intéressés ont été mis en demeure, restée infructueuse, le 20 novembre 2024 de quitter de logement qu'ils occupaient ;

- les arguments fondés sur la situation de vulnérabilité médicale de M. B et familiale des intéressés, parents d'un enfant né en 2016, sont inopérants ;

- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse,

Par un mémoire en défense enregistré le 12 février 2025, M. A B et Mme C B, représentés par Me Touboul, concluent au rejet de la requête, ainsi qu'à leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et demandent qu'une somme de 1500 euros soit mise à la charge de l'Etat au profit de leur conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où ils ne seraient pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre la même somme à leur propre profit en application du seul article L. 761-1 du code de justice administrative. Ils demandent à titre subsidiaire de leur accorder jusqu'au 5 juillet 2025 pour quitter les lieux sauf à ce qu'une proposition d'hébergement soit formulée avant cette date, auquel cas la famille devra libérer les lieux sous huitaine à compter de la proposition d'hébergement. Enfin, ils concluent à titre reconventionnel d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de pourvoir à leur hébergement d'urgence.

Ils font valoir que :

- la requête est irrecevable faute pour son signataire de bénéficier d'une délégation de signature pour introduire le présent recours ;

- il existe une contestation sérieuse dès lors qu'aucun élément concret, ni aucune pièce n'est de nature à justifier que le maintien des demandeurs d'asile après le rejet de leur demande d'asile constitue un phénomène d'ampleur perturbant le fonctionnement normal du dispositif des demandeurs d'asile ;

- la vulnérabilité de M. B est documentée et connue du préfet, sa maladie le place dans une situation de grand danger en cas de remise à la rue, il est accompagné de son épouse et d'un enfant âgé de 8 ans scolarisé en CE1 ;

- les services du préfet ont manqué à leur obligation d'hébergement, les dispositions des articles L. 345-2-2, L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles disposant qu'il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personnes sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale ; la défaillance du demandeur dans le respect de l'une de ses obligations a concouru à la situation dont il vient saisir le tribunal ; l'irrégularité de leur situation ne fait pas obstacle au prononcé d'une telle injonction , sans qu'il soit utile de recourir à la notion de circonstances exceptionnelles, qui a pour unique objet de caractériser une atteinte à une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ;

- leur fils est scolarisé en classe de CE1 et son intérêt supérieur au sens de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être pris en compte pour accorder un délai à la famille, sauf à ce qu'une proposition d'hébergement soit formulée avant le 5 juillet 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal par intérim a désigné Mme Arquié, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 13 février 2025 à 10 heures tenue en présence de M. Subra de Bieusses, greffier d'audience, Mme Arquié a lu son rapport et a entendu :

- les observations de Me Touboul, représentant M. et Mme B, qui a repris en les précisant les moyens développés dans ses écritures en insistant sur le fait que les services de l'Etat ont manqué à leur obligation d'hébergement de la famille B qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale alors que les personnes étrangères déboutés de l'asile ou faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire entrent dans le champs d'application de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles ; la famille aurait dû être hébergée dans le cadre de l'hébergement d'urgence, cette défaillance est à l'origine de la demande d'expulsion du préfet.

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Haute-Garonne demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de M. A B et de Mme C B du logement mis à leur disposition au centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) 2 place des papyrus à Toulouse, géré par la société d'économie mixte Adoma.

Sur les conclusions aux fins d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce et en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. et Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

5. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 de ce même code dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Enfin, aux termes de l'article R. 552-15 de ce code : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : / 1° La personne ne dispose pas d'un titre de séjour et n'a pas sollicité d'aide au retour volontaire ou a refusé l'offre d'aide au retour volontaire qui lui a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; / 2° La personne bénéficie d'un titre de séjour en France et a refusé une ou plusieurs offres de logement ou d'hébergement qui lui ont été faites en vue de libérer le lieu d'hébergement occupé. / Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux ".

6. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

7. Mme B, de nationalité albanaise née le 26 janvier 1976 à Zimur (Albanie) et M. B de nationalité albanaise né le 27 juin 1989 à Katundiri (Albanie) ont chacun formé une demande d'asile définitivement rejetée par décisions de la Cour nationale du droit d'asile, lues en audience publique le 5 septembre 2024. Consécutivement à ce rejet, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) leur a notifié le 23 septembre 2024 l'obligation de quitter le lieu d'hébergement mis à leur disposition par l'HUDA de Toulouse au plus tard le 31 octobre suivant. Un rappel de fin de séjour à l'HUDA de Toulouse leur a été remis en main propre par la directrice de l'HUDA le 7 novembre 2024. Puis par lettre du 20 novembre 2024 réceptionnée le 3 décembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne les a mis en demeure de quitter le logement qu'ils occupent dans les quinze jours suivant cette notification.

8. M. et Mme B, accompagnés de leur fils de 8 ans se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors que leur demande d'asile a été définitivement rejetée. Si les intéressés se prévalent de la vulnérabilité de M. B en raison du diabète de type 1 dont il souffre et de la présence de leur fils âgé de 8 ans et scolarisé en classe de CE1, et qu'ils n'ont pu, en dépit d'appels répétés au 115, se voir allouer un hébergement d'urgence, ces circonstances, qui peuvent justifier qu'il leur soit alloué un délai pour procéder à l'évacuation du logement en cause, ne sont en revanche pas de nature à caractériser une exceptionnelle vulnérabilité de nature à justifier leur maintien dans le logement qu'ils occupent. Dans ces conditions, la mesure d'expulsion demandée par le préfet ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

9. Par ailleurs, il ressort de l'attestation du 13 février 2025 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que le taux d'occupation du dispositif national d'accueil est de 99,50% en Haute-Garonne, avec un taux de présence indue de personnes étrangères déboutées de l'asile de 10,50% et de réfugiés de 18,30%, accentuant la saturation du parc de logements et que 137 demandeurs d'asile isolés, dont 80 femmes, sont actuellement en attente d'une orientation vers une place d'hébergement. Ainsi, la libération des lieux par M. et Mme B présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile du département de la Haute-Garonne, un caractère d'urgence et d'utilité.

10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit aux conclusions du préfet de la Haute-Garonne tendant à ce qu'il soit enjoint à M. et Mme B de libérer le logement qu'ils occupent sans droit ni titre, mis à leur disposition par l'HUDA de Toulouse. Faute pour les intéressés d'avoir libéré les lieux, l'autorité préfectorale est autorisée à faire procéder à leur expulsion, au besoin avec le concours de la force publique dans un délai qu'il y a lieu en l'espèce, afin de permettre aux défendeurs de libérer les lieux, de fixer à 4 semaines à compter de la notification de la présente ordonnance. Cette autorité est également autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. et Mme B, à défaut pour eux d'avoir emporté leurs effets personnels.

Sur les conclusions reconventionnelles :

11. M. et Mme B, demandent par voie reconventionnelle, au juge des référés d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de leur proposer un hébergement d'urgence. Toutefois, ces conclusions font naitre un litige distinct de la procédure d'évacuation d'un hébergement dédié aux demandeurs d'asile, indépendante de la procédure d'hébergement d'urgence prévue par les dispositions des articles L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles. Elles ne peuvent dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. L'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance, les conclusions de M. et Mme B présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. et Mme B sont admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à M. et Mme B de libérer le logement qu'ils occupent au sein de l'HUDA de Toulouse.

Article 3 : À défaut pour M. et Mme B de déférer à l'injonction prononcée à l'article 2, le préfet de la Haute-Garonne pourra faire procéder d'office à leur expulsion et, en cas de besoin, requérir le concours de la force publique en vue d'assurer l'exécution de la présente ordonnance, passé un délai de 4 semaines à compter de sa notification. Il pourra également donner toutes instructions utiles au gestionnaire, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. et Mme B, à défaut pour eux d'avoir emporté leurs effets personnels.

Article 4 : Les conclusions reconventionnelles de M. et Mme B sont rejetées.

Article 5 : Les conclusions de M. et Mme B présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à M. A B, à Mme C B et à Me Touboul.

Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse le 24 février 2025

La juge des référés,

Céline ARQUIÉ

Le greffier,

François SUBRA DE BIEUSSES

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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