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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2500643

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2500643

lundi 24 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2500643
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFRANCOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées le 30 janvier et le 6 février 2025, M. C A, représenté par Me Francos demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2025 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé son transfert aux autorités espagnoles, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet de de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes délais et conditions d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens ainsi qu'une somme de 2 000 euros à verser à son conseil par l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme par la seule application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les arrêtés attaqués pris dans leur ensemble :

- ils ont été pris par une autorité incompétente ;

Sur l'arrêté portant transfert :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 ;

- il méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé lié par la seule circonstance que sa demande d'asile semblait relever de la compétence des autorités espagnoles ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

Sur l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est dépourvu de base légale en raison de l'illégalité de l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 février 2025, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président par intérim du tribunal a désigné Mme Cuny, conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et

L 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuny,

- les observations de Me Francos, représentant M. A qui conclut aux mêmes fins et soulève un nouveau moyen à l'encontre de la décision portant transfert aux autorités espagnoles tiré de l'erreur de fait,

- les observations de M. A, qui répond aux questions de la magistrate désignée,

- le préfet de de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né le 26 septembre 1990 à Edéa (Cameroun), déclare être entré sur le territoire français le 17 novembre 2024. Le 20 novembre 2024, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile à la préfecture de la Haute-Garonne, le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé que ses empreintes avaient été relevées par les autorités espagnoles le 10 septembre 2024.Le 16 décembre 2024, les autorités espagnoles, saisies le

4 décembre 2024 d'une demande de prise en charge en application de l'article 13.1 du règlement (UE) n° 604/2013, ont fait connaître leur accord explicite. Par deux arrêtés du 27 janvier 2025, dont il est demandé l'annulation, le préfet de de la Haute-Garonne a décidé du transfert de

M. A aux autorités espagnoles.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". La faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

4. Il ressort des pièces du dossier, transmises au préfet de la Haute-Garonne préalablement à l'adoption de l'arrêté contesté par lettre recommandée avec accusé de réception, que M. A, séropositif au VIH, fait l'objet d'un suivi associatif d'une intensité particulière depuis son arrivée sur le territoire français, lequel est facilité par sa maîtrise de la langue français. L'attestation rédigée par le coordinateur de lieu de mobilisation de l'association Aides du 3 février 2025 souligne que M. A est suivi par plusieurs associations toulousaines, à l'instar de Cesame, ACT-UP Sud-Ouest, Jeko, Dreams. En outre, s'il ressort des pièces du dossier, et notamment du courrier rédigé par Dr B, que le traitement dont bénéficie Mme A depuis septembre 2024 n'a jamais été interrompu et que le requérant pourrait ainsi être pris en charge médicalement en cas de retour en Espagne, il ressort de l'attestation rédigée par l'association Dreams que son absence de maitrise de la langue espagnole a rendu difficile la mise en place d'un suivi psychologique. A contrario, il ressort de l'attestation rédigée la présidente de l'association Informations, consultations, suivis (ICS), psychologue, que M. A bénéficie d'une prise en charge psychothérapeutique depuis le 20 janvier 2025. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le préfet de la Haute-Garonne a, dans ces circonstances très particulières, entaché l'arrêté litigieux d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2025 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son transfert aux autorités espagnoles ainsi que, par voie de conséquence, l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France et du droit d'asile : " Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre VII. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé ".

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Haute-Garonne réexamine la situation de M. A dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Dès lors que M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Francos avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du préfet de la Haute-Garonne le versement à Me Francos de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.

Sur les dépens:

9. M. A ne justifie d'aucun dépens exposé au titre de la présente instance. Par suite, ses conclusions tendant à la mise à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 27 janvier 2025 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Francos à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Me Francos au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Francos et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2025.

La magistrate désignée,

L. CUNY La greffière,

J. SCHRAM

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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