jeudi 6 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2500761 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | COHEN-DRAI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 5 février 2025, M. B A, représenté par Me Cohen-Drai, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2025 par lequel le préfet du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Tarn de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens ainsi qu'une somme de 1800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
- il a été pris par une autorité incompétente ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2025, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Cuny, conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cuny,
- les observations de Me Cohen-Drai, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens
- les observations de M. A, qui répond aux questions de la magistrate désignée,
- le préfet du Tarn n'étant ni présent ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien, né le 22 juin 1997 à Mghila Cebbala (Tunisie), déclare être entré en France courant 2019. Par deux arrêtés du 12 octobre 2024, le préfet du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence. Par un jugement du 5 novembre 2024, le tribunal administratif de Toulouse a annulé les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour pour une durée de deux ans. Par arrêté du 2 février 2025, dont il est demandé l'annulation, le préfet du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. Par un arrêté du 21 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Tarn a donné à M. Sébastien Simoes, secrétaire général de la préfecture du Tarn, délégation à l'effet de signer tous les arrêtés et documents administratifs ainsi que toutes les décisions courantes établies en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
4. Si M. A se prévaut de sa relation amoureuse depuis le début de l'année 2024 avec une ressortissante française, enceinte de son enfant à naître qu'il a reconnu de manière anticipée le 30 septembre 2024 et avec laquelle il a entamé des démarches en vue de se marier, ces seuls éléments ne sont pas de nature à démontrer que le requérant justifierait d'une relation suffisamment ancienne, intense et stable sur le territoire national. En outre, si M. A produit une attestation rédigée par une sage-femme le 3 février 2025 aux termes de laquelle sa présence est nécessaire aux côtés de sa concubine pour les consultations obstétricales mensuelles, elle ne comporte aucune précision quant au motif pour lesquels sa présence serait indispensable. Par ailleurs, s'il soutient être présent sur le territoire français depuis juin 2019, il ressort des pièces du dossier, et notamment du récapitulatif des démarches en ligne réalisée par sa concubine auprès de la caisse des affaires familiales, que M. A serait entré en France le 22 juin 2020. En tout état de cause, il ne produit aucun élément relatif à la continuité de son séjour sur le territoire. Il ne justifie pas d'avantage d'une intégration sociale ou professionnelle particulière. Enfin, il ressort des mentions portées au procès-verbal d'audition établi le 2 février 2025, que M. A n'est pas dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine où réside l'ensemble de sa famille. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
5. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 de ce même code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il () a refusé de de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts".
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A a été interpellé et placé en garde-à-vue le 12 octobre 2024 pour des faits de conduite sans permis de conduire, acquisition de tabac à la sauvette et infraction au séjour. Il fait valoir, sans être contredit, qu'il a été condamné à une peine d'amende de deux cents euros pour les faits de conduite sans permis de conduire par une ordonnance pénale du 3 février 2024, soit postérieurement à la décision attaquée. Il ressort ensuite des termes de la décision litigieuse que M. A a été interpellé et placé en garde-à-vue le 2 février 2025 pour des faits de défaut de permis de conduire et d'assurance et d'usurpation d'identité. Si à la fréquence des faits délictueux commis par M. A, qui indique oralement n'avoir entamé aucune démarche afin de se voir délivrer un permis de conduire français, peut caractériser un comportement troublant l'ordre public, le préfet du Tarn ne produit aucun élément permettant d'établir les suites pénales données à cette seconde interpellation. Dès lors, le motif tiré de ce que le comportement de M. A constitue une menace à l'ordre public est entaché d'erreur de droit. Mais, ainsi qu'il en ressort du mémoire en défense produit, le préfet du Tarn s'est également fondé, pour refuser d'accorder à M. A un délai de départ volontaire, sur le risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet dès lors qu'il ne peut justifier être entré régulièrement en France, qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne présente pas de garanties de représentations suffisantes dès lors qu'il n'a pas fourni de documents permettant de l'identifier. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Tarn a commis une erreur de droit en se fondant sur ces motifs. Par ailleurs, il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur ces motifs voire un seul d'entre eux. Par suite, et dès lors que M. A ne conteste pas le bien-fondé de ceux-ci, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A, entré irrégulièrement sur le territoire français en 2019 ou 2020, n'a jamais entamé de démarches en vue de régulariser sa situation au regard du droit au séjour. En outre, il déclare n'exercer aucune activité professionnelle. Enfin, le caractère indispensable de sa présence auprès de sa concubine enceinte n'est pas établi. Dans ces conditions, le préfet du Tarn a pu, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 février 2025 par lequel le préfet du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et à la mise à la charge de l'Etat les entiers dépens du procès.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Cohen-Drai et au préfet du Tarn.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.
La magistrate désignée,
L. CUNY
La greffière,
I. DREANO
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en cheffe
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026