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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2500915

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2500915

lundi 1 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2500915
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSARASQUETA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a annulé la décision du 19 novembre 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne avait rejeté la demande de titre de séjour de Mme B..., ressortissante guinéenne. La décision a été jugée insuffisamment motivée, car elle ne mentionnait pas les textes applicables (articles L. 313-6, L. 423-23 et L. 435-1 du CESEDA), en violation des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation de Mme B... dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 février et 10 juillet 2025, Mme C... B..., représentée par Me Sarasqueta, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 19 novembre 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité, ou à défaut de réexaminer sa situation, dans le délai d’un mois suivant la notification du jugement à intervenir, et de lui remettre dans le délai de sept jours suivant la notification dudit jugement, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d’admission à l’aide juridictionnelle, à lui verser en application des seules dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen de sa situation ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 avril 2025, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 29 septembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 14 octobre 2025.


Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mai 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme Cherrier.


Considérant ce qui suit :

Mme B..., ressortissante guinéenne née le 7 mai 1999 à Conakry (Guinée), déclare être entrée en France le 11 septembre 2019. Sa demande d’asile, formée le 11 octobre 2019, a été définitivement rejetée par une décision du 2 avril 2021 de la Cour nationale du droit d’asile. Elle a sollicité, le 29 mars 2024, son admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 19 novembre 2024, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme B... demande au tribunal d’annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…) / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir (…) ». L’article L. 211-5 du même code précise que : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. »

La décision en litige du préfet de la Haute-Garonne, qui rejette la demande de titre de séjour de Mme B... au titre de la vie privée et familiale et ne lui accorde qu’une carte de séjour portant la mention « visiteur », ne comporte aucune motivation en droit et, notamment, ne mentionne pas les articles L. 313-6, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont elle fait application. Elle n’est ainsi pas suffisamment motivée au regard des dispositions précitées et Mme B... est fondée, pour ce motif, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, à en demander l’annulation.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. »

Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique seulement que le préfet de la Haute-Garonne procède au réexamen de la situation de Mme B.... Dès lors, il y a lieu d’enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation. »

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Sarasqueta, avocat de Mme B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Sarasqueta.

D E C I D E :


Article 1er : La décision du préfet de la Haute-Garonne du 19 novembre 2024 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer la situation de Mme B... dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à Me Sarasqueta une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B..., à Me Sarasqueta et au préfet de la Haute-Garonne.


Délibéré après l'audience du 14 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Billet-Ydier, présidente,
M. Grimaud, vice-président,
Mme Cherrier, vice-présidente,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2025.


La rapporteure,

S. CHERRIER
La présidente,

F. BILLET-YDIER


La greffière,




M. A...


La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière en chef,

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