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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2502246

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2502246

jeudi 24 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2502246
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBECHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er avril 2025, M. C A B, représenté par Me Béchard, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 10 janvier 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de huit jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

M. A B soutient que :

- il justifie d'une qualité pour agir ainsi que d'un intérêt à voir prononcer la suspension de la décision litigieuse et il a formé un recours au fond contre cette décision, de sorte que sa requête est recevable ;

En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il ne peut, depuis sa sortie de détention au mois de juin 2023, effectuer aucune démarche de réinsertion ;

- il bénéficie d'une promesse d'embauche en tant que serveur pour un contrat à durée indéterminée en 35 heures au sein d'un restaurant de Muret ;

- il ne peut travailler et répondre à ses obligations légales envers la victime dans le dossier pénal pour lequel il a été condamné ;

- il souffre de problèmes de santé causés par la durée de la mesure contestée.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- la décision du 10 janvier 2024 est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5° du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- la décision contestée est dépourvue de base légale dès lors que la décision portant expulsion a été suspendue par le juge des référés qui a enjoint au préfet de lui délivrer une autorisation de séjour ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il démontre que sa résidence en France est habituelle et continue depuis qu'il a 13 ans, il a ainsi effectué toute sa scolarité sur le territoire national ;

- dès lors qu'il bénéficie de la protection des dispositions des articles L. 631-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'une expulsion n'est donc pas envisageable, la décision contestée est entachée d'une erreur de droit ;

- ladite décision est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il pourrait bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet pourrait également examiner la demande sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'il encourt dans son pays d'origine un risque de subir des traitements inhumains et dégradants en raison de son statut de journaliste et du fait que son père est réfugié politique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2025, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le juge des référés a déjà, par une ordonnance du 2 février 2024, rejeté la précédente requête en référé-suspension au motif qu'en l'état de l'instruction l'existence d'une situation d'urgence n'était pas caractérisée, alors que le requérant se prévaut des mêmes moyens et pièces que dans sa précédente requête ;

- M. A B est en situation illégale depuis la péremption de son précédent titre de séjour le 8 avril 2015 et était dépourvu d'autorisation de travail avant la décision contestée ;

- il ne pèse sur le requérant aucun risque d'éloignement forcé dans la mesure où l'exécution de l'arrêté d'expulsion a été suspendue par le juge des référés dans l'attente du jugement au fond ;

- et qu'aucun des autres moyens de la requête n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2400230 enregistrée le 15 janvier 2024 par laquelle M. A B demande l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Mérard, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 18 avril 2025 à 10 heures tenue en présence de Mme Fontan, greffière d'audience, Mme Mérard a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Béchard, représentant M. A B qui a repris ses écritures en insistant sur l'urgence au vu de la détérioration de la santé de son client et de M. A B qui a fait part de ses problèmes médicaux.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant bangladais né le 1er juin 1995, est entré pour la première fois en France en décembre 2006 au titre du regroupement familial. Le 12 septembre 2023, la commission d'expulsion de la Haute-Garonne a rendu un avis défavorable à son expulsion. Par deux arrêtés du 20 novembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son expulsion du territoire français à destination du Bangladesh et l'a assigné à résidence. Par une ordonnance du 4 janvier 2024, le juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de ces décisions. Par une décision du 10 janvier 2024, notifiée le 11 janvier 2024, le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence sur le fondement de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une ordonnance du 2 février 2024, le juge des référés a rejeté sa requête en référé-suspension pour défaut d'urgence. Par la présente requête, M. A B demande, à nouveau, au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "

Sur la condition d'urgence :

3. Il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'une demande tendant à la suspension d'une décision administrative, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, qui doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. L'office du juge des référés, saisi de conclusions à fin de suspension, le conduit à porter sur l'urgence une appréciation objective, concrète et globale, au vu de l'ensemble des intérêts en présence, afin de déterminer si, dans les circonstances particulières de chaque affaire, il y a lieu d'ordonner une mesure conservatoire à effet provisoire dans l'attente du jugement au fond de la requête à fin d'annulation de la décision contestée.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté contesté du préfet de la Haute-Garonne du 10 janvier 2024 portant assignation à résidence, M. A B se prévaut d'une part d'une promesse d'embauche en tant que serveur sous contrat de travail à durée indéterminée en 35h et de ses intentions de réinsertion après avoir purgé la peine d'emprisonnement à laquelle il a été condamné, et d'autre part, de la détérioration de sa santé mentale, ainsi que l'atteste le certificat médical produit, rédigé après une tentative de suicide. Si le préfet en défense fait valoir que l'intéressé est en situation irrégulière en France depuis la péremption de son précédent titre de séjour, le 8 avril 2015 et qu'il n'a pas pour intention de mettre à exécution la mesure d'expulsion avant que le tribunal ne statue sur le recours au fond que M. A B a formé contre cet arrêté, ce dernier est depuis le 10 janvier 2024, soit depuis plus de quinze mois, assigné à résidence et dans l'obligation de se présenter tous les jours au commissariat de Toulouse, alors qu'il réside à Muret. Cette situation qui se prolonge, impactant alors sa santé mentale. Dans ces conditions, l'existence d'une situation d'urgence susceptible de conduire le juge des référés à faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est caractérisée.

Sur le doute sérieux quant à la légalité :

5. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans un autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français en application des articles L. 612-6, L. L. 612-7 et L. 612-8 ; / 3° L'étranger doit être éloigné pour la mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, en application de l'article L. 615-1 ; / 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 ; / 5° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de circulation sur le territoire français en application de l'article L. 622-1 ; / 6° L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion ; / 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; / 8° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction administrative du territoire français ".

6. Il résulte de l'instruction que M. A B a fait l'objet d'une décision d'expulsion du territoire français prise par arrêté du préfet de la Haute-Garonne le 20 novembre 2023 qui fait l'objet d'une suspension par le juge des référés par ordonnance du 4 janvier 2024. Dans ces conditions et en l'état de l'instruction, le motif tiré du défaut de base légale est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 10 janvier 2024.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent le prononcé d'une mesure de suspension sont réunies. Dès lors, il y a lieu de faire droit aux conclusions de M. A B aux fins de suspension de l'exécution de la décision du 10 janvier 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Béchard de la somme de 900 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 10 janvier 2024 du préfet de la Haute-Garonne est suspendue.

Article 2 : L'Etat versera à Me Béchard une somme de 900 euros, sur le fondement des dispositions du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M.Cn A B, à Me Béchard et au ministre de l'intérieur.

Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne

Fait à Toulouse, le 24 avril 2025.

La juge des référés,La greffière,

B. MERARD M. FONTAN

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

N°2502246

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