mardi 27 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2503061 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BOISSY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et pièces complémentaires enregistrés le 30 avril 2025, le 19 mai 2025 et le 20 mai 2025, la société Eiffage Route Grand Sud, représentée par Me Riquelme, demande au juge des référés le fondement de l'article L. 551-1 et suivants du code de justice administrative :
1°) d'annuler la procédure de marché adapté visant l'aménagement de la voie verte section Cajarc-Larroque Toirac organisée par le syndicat mixte des voies vertes du Lot au stade de l'analyse des offres ;
2°) d'ordonner au syndicat mixte des voies vertes du Lot de reprendre la procédure au stade de l'analyse des offres ;
3°) de mettre à la charge du syndicat mixte des voies vertes du Lot une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable, elle a remis une offre pour le lot n°1 VRD-paysage dans le cadre de la procédure adaptée et a intérêt à saisir le juge des référés précontractuels d'un recours en raison de manquements de l'acheteur public à ses obligations de publicité et de mise en concurrence ;
- le syndicat mixte a commis une erreur manifeste d'appréciation en rejetant son offre comme irrégulière ; elle n'a pas proposé une variante interdite par le règlement de consultation de sorte que le syndicat mixte des voies vertes du Lot a commis un manquement à ses obligations de publicité et de mise en concurrence ainsi qu'à l'égalité de traitement entre candidats telles que définie à l'article L.3 du code de la commande publique ; elle a prévu la mise en œuvre du GNT 0/20 pour la constitution de la couche de base dans les conditions prévues au dossier de consultation des entreprises et a d'ailleurs chiffré la mise en œuvre du GNT 0/20 dans son devis quantitatif estimatif ; l'offre consistant à broyer le ballast existant correspond à un travail de préparation du support de la couche de base, conforme aux exigences du cahier des clauses techniques particulières du marché ;
- l'acheteur public n'a pas estimé que son offre était anormalement basse et en tout état de cause ne démontre pas que les prix proposés seraient manifestement sous-évalués ;
- le nouveau motif invoqué pour justifier le rejet de son offre comme irrégulière manque en droit et en fait ; si le syndicat mixte fait désormais valoir que son offre serait affectée d'une autre irrégularité tenant au concassage d'une partie du ballast existant, il n'est pas établi que le seul concassage d'une partie du ballast a été retenu comme un motif d'irrégularité dans le cadre de l'analyse de son offre, d'autre part, il ne justifie pas de prescriptions n'autorisant pas le broyage ou le concassage du ballast existant pour sa mise en œuvre sur les accotements ; en effet, le marché n'impose pas que l'épaisseur de la couche de ballast laissée en place en guise de couche de fondation demeure inchangée par rapport à l'épaisseur actuelle ; le marché prévoit, sans préciser la méthode à utiliser, un terrassement de l'assiette, à savoir un retrait de ballast pour permettre de disposer d'une assiette plane permettant d'accueillir le GNT 0/20 en couche de base, voire en couche de fondation si nécessaire ;
- le syndicat ne produit pas le rapport d'analyse des candidatures et des offres qui mentionnerait cette prétendue irrégularité ;
- si le syndicat fait valoir que son offre serait irrégulière dès lors qu'elle n'aurait pas produit, pour chaque sous-traitant présenté dans son offre, ses capacités professionnelles et financières et sa déclaration indiquant qu'il ne tombe pas sous le coup d'une interdiction prévue à l'article R. 2193-1 alinéa 2 du code de la commande publique, elle n'a présenté, au stade de son offre, à l'acceptation de l'acheteur public qu'un seul sous-traitant, la société Epeg réseaux, et les autres sous-traitants mentionnés dans son mémoire technique ne sont que des sous-traitants pressentis ;
- en exigeant la justification des capacités financières, économiques et techniques de tous les candidats et de leurs sous-traitants, l'acheteur public a méconnu ses obligations ; elle dispose des compétences pour réaliser en interne les prestations susceptibles d'être confiées à ces sous- traitants et n'a pas besoin de se prévaloir de leurs capacités financières, économiques et techniques à l'appui de sa candidature ; elle a fait le choix, comme le permet le code de la commande publique, de reporter la présentation du dossier de ces sous-traitants à la phase d'exécution du marché, de sorte qu'elle n'avait pas à produire le dossier nécessaire à la présentation de ces sous-traitants au stade de la remise de son offre ;
- le syndicat, qui n'a pas produit le rapport d'analyse des offres, ne justifie pas de la régularité de l'offre de l'attributaire.
Par des mémoires en défense enregistrés le 19 mai 2025 et le 20 mai 2025, le syndicat mixte des voies vertes du Lot, représenté par Me Herlin, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société Eiffage Route Grand Sud en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la société Eiffage a présenté une variante technique non autorisée, l'article 1.3.1 du cahier des clauses techniques particulières indique expressément que la couche de fondation de la voie verte, de la voie d'accès et de la voie du tunnel sera constituée par le ballast existant et le profil type joint au dossier de consultation des entreprises fait ressortir la nécessité du maintien du ballast existant, le cas échéant griffé et réglé de manière partielle ; seuls l'enlèvement superficiel de la végétation sur la plateforme support de la voie verte, le griffage et le réglage partiel du ballast étaient autorisés par le cahier des clauses techniques particulières, en aucun cas le broyage/concassage du ballast ; ce constat est également appuyé par le prix II b du BPU, qui confirme la volonté du maître d'ouvrage de conserver le ballast dans son état actuel en permettant seulement son nivellement et non son broyage ;
- il s'est placé sur le terrain de l'offre irrégulière pour présentation d'une variante technique non autorisée au sens des dispositions des articles L. 2152-1 et L. 2152-2 du code de la commande publique et pas celui de l'offre anormalement basse pour rejeter l'offre de la société Eiffage ;
- dans l'hypothèse où l'offre présentée par la société Eiffage ne serait pas regardée comme une variante non autorisée par l'article 3.6 du règlement de la consultation, l'offre de la société est irrégulière en ce qui concerne la déclaration des sous-traitants au stade la remise des offres ; la société Eiffage a renseigné l'acte spécial de sous-traitance en annexe de l'acte d'engagement uniquement pour la société Epeg réseaux et non pour la société Marion espaces verts ni pour l'entreprise individuelle Jean-Luc Bompeix ; elle s'est abstenue de produire les documents demandés à l'article 5.1 du règlement de la consultation notamment pour les sous-traitants qu'elle a déclarés lors de la remise de son offre ; la mention du recours à la sous-traitance dans un mémoire technique n'est pas un moyen de preuve suffisant de la disponibilité des capacités de tiers pour exécuter un marché public ; si la société a communiqué à l'appui de son offre les mémoires techniques de la société Epeg réseau, seul sous-traitant mentionné en annexe de l'acte d'engagement, de la société Marion espaces verts et de l'entreprise individuelle Jean-Luc Bompeix, aucun mémoire technique ne précise les capacités financières des sous-traitants ; les déclarations des sous-traitants indiquant qu'ils ne tombent pas sous le coup d'une interdiction prévue par l'article R. 2193-1 du code de la commande publique ne sont pas non produites que ce soit dans le dossier de candidature ou dans les mémoires techniques ; elle n'a pas produit le mémoire technique de l'entreprise Mercadier, ni ses capacités professionnelles et financières, ni sa déclaration indiquant qu'il ne tombe pas sous le coup d'une interdiction prévue par l'article R. 2193-1 du code de la commande publique ; elle n'a par ailleurs fournit aucun éléments relatif à la société Modern signalisation pourtant déclaré dans son mémoire technique ; aucun sous-traitant désigné dans le mémoire technique produit par la requérante à l'appui de son offre n'a pris d'engagement écrit d'exécuter les travaux ;
- un candidat ne peut être autorisé, dans le cadre d'une demande de régularisation au sens des dispositions de l'article R. 2152-2 du code de la commande publique, à transmettre après la date limite de remise de plis des documents ne figurant pas dans son offre initiale tels que notamment les éléments concernant un sous-traitant déclaré et l'engagement de ce dernier de mettre ses capacités à disposition du candidat ; un complément apporté sur ce point ne constitue pas une simple régularisation de candidature mais une modification substantielle de l'offre contraire aux dispositions de l'article R. 2152-2 du code de la commande publique ;
- le syndicat était tenu de rejeter l'offre de la société Eiffage sans possibilité de régularisation sous peine de commettre un manquement à ses obligations de mise en concurrence et de méconnaître le principe d'égalité de traitement des candidats, de sorte que la reprise de la procédure d'attribution au stade de l'analyse des offres n'exercerait aucune influence sur l'issue de la procédure de passation pour la société Eiffage.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Arquié, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 20 mai 2025 à 10 heures en présence de Mme Fontan, greffière d'audience, Mme Arquié a lu son rapport et a entendu :
- les observations de Me Riquelme représentant la société Eiffage Route Grand Sud, qui précise que sa demande concerne uniquement le lot n°1 du marché litigieux et insiste sur le fait que l'offre de la société Eiffage contenait une structure constituée par le ballast existant en couche de fondation et de GNT 0/20 en couche de base et que le motif tiré de ce qu'elle a prévu de concasser du ballast est nouveau et doit, pour être régulier, apparaitre dans le rapport d'analyse des offres que le syndicat n'a pas transmis ; ce motif ne tient pas dès lors que la société n'a pas prévu de concasser tous le ballast, mais seulement une partie à mettre sur les accotements, la couche de ballast subsistant constituant la couche de fondation exigée par le marché ; le troisième motif d'irrégularité invoqué tiré de l'absence des documents requis pour justifier des capacités techniques et financières des sous-traitants déclarés n'a pas été retenu au stade de l'analyse des offres et des candidatures de sorte que cette demande de substitution n'est pas recevable ; elle soutient que le pouvoir adjudicateur opère une confusion entre sous-traitant pressenti et sous-traitant présenté ; elle indique que la société Eiffage dispose à elle seule de la capacité de répondre aux obligations du marché et a déclaré un seul sous-traitant au stade de son offre, de sorte que la sanction de cette irrégularité ne serait pas un rejet de sa candidature ; au regard des écritures du syndicat qui invoque la jurisprudence du 1er juin 2023 société Vinci Airports n°468930, celui-ci reconnait l'irrégularité de l'offre de l'attributaire, de sorte qu'il appartient au syndicat de verser au débat le rapport d'analyse des candidatures et des offres afin de justifier de la régularité de l'offre de l'attributaire ;
- et les observations de Me Herlin représentant le syndicat mixte des voies vertes du Lot, qui fait valoir que le rejet de l'offre de la société n'est pas motivé par le fait qu'elle ne met pas en œuvre le GNT 0/20 et que la formule utilisée dans la lettre de rejet est une erreur de plume ; la société a prévu de concasser tout le ballast, ce qui est contraire aux pièces contractuelles et constitue ainsi une variante interdite à laquelle les élus du syndicat mixte sont totalement opposé; il fait valoir que les sous-traitants pressentis au stade de l'offre doivent être déclarés ce qui n'a pas été le cas des sous-traitants de la société Eiffage, en particulier celle de deux sous-traitants qui ont été présentés comme intervenant au stade de l'offre ; l'offre et la candidature de la société Marcouly sont régulières.
La clôture de l'instruction a été différée au 21 mai 2025 à 12 heures.
Un mémoire a été produit le 20 mai 2025 à 19 heures 37 pour le syndicat mixte des voies vertes du Lot et a été communiqué. Un autre mémoire a été produit le 21 mai 2025 à 11 heures 49 pour le syndicat mixte des voies vertes du Lot et n'a pas été communiqué.
Un mémoire a été produit le 21 mai 2025 à 11 heures 05 pour la société Eiffage Routes Grand Sud et a été communiqué.
Elle fait valoir que :
- le maître d'ouvrage n'a pas lui-même procédé à l'examen et au classement des offres ;
- le syndicat doit justifier que l'attributaire a fourni l'ensemble des documents et informations relatifs à ses sous-traitants au plus tard à la date de remise de son offre.
Considérant ce qui suit :
1. le syndicat mixte des voies vertes du Lot a lancé le 4 février 2025 une consultation en vue de la passation selon la procédure adaptée d'un marché de travaux visant l'aménagement de la voie verte section Cajarc-Larroque Toirac décomposé en deux lots, le lot n°1 portant sur les VRD et paysage et le lot n°2 sur la serrurerie-mobiliers. L'offre de la société Eiffage Route Grand Sud, qui a candidaté pour le lot n°1, a été rejetée le 29 avril 2025 comme irrégulière. Par la présente requête, la société Eiffage Route Grand Sud demande au juge des référés précontractuels, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'annuler la procédure de passation du marché en ce qui concerne le lot n°1 et d'ordonner la reprise de cette analyse.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique () ". L'article L. 551-2 du même code dispose : " I- Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. () ".
3. En vertu de ces dispositions, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient dès lors au juge des référés précontractuels de rechercher si l'entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte, en avantageant une entreprise concurrente.
4. Aux termes de l'article L. 2152-1 du code de la commande publique : " L'acheteur écarte les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées. ". Aux termes de l'article L. 2152-2 du même code : " Une offre qui ne respecte pas les exigences formulées dans les documents de la consultation, en particulier parce qu'elle est incomplète, ou qui méconnaît la législation applicable notamment en matière sociale et environnementale. ".
5. Aux termes de l'article R. 2151-8 du code de la commande publique : " Les acheteurs peuvent autoriser la présentation de variantes dans les conditions suivantes : / 2° Pour les marchés passés selon une procédure adaptée, les variantes sont autorisées sauf mention contraire dans les documents de la consultation. ". Aux termes de l'article 3.6 du règlement de consultation : " les variantes à l'initiative du candidat ne sont pas autorisées. Il n'y a pas de variante exigée par le pouvoir adjudicateur ". Pour l'application de ces dispositions, constituent des " variantes " des modifications, faites à l'initiative des candidats, de spécifications prévues dans la solution de base décrite dans les documents de consultation. Ne constituent en revanche pas des "variantes" des précisions que les candidats doivent apporter, en application du règlement de consultation, sur les moyens techniques mis en œuvre pour exécuter le marché. Une offre qui comporte un procédé d'exécution différent de celui qui est prévu dans le cahier des clauses techniques particulières constitue une variante, même si sa mise en œuvre permettrait la réalisation d'un ouvrage conforme à celui qu'a demandé la personne publique.
6. Le syndicat mixte des voies vertes du Lot a rejeté l'offre de la société Eiffage Route Grand Sud au motif que " le concassage du ballast au lieu d'apport de matériaux GNT 0/20 constitue une variante technique non autorisée par le règlement de consultation ". Il ressort des précisions apportées au cours de l'audience et des pièces du dossier que cette mention " au lieu d'apport ", ne doit pas être regardée comme signifiant que l'offre de la société Eiffage est irrégulière pour ne pas avoir prévu la mise en place du GNT 0/20, mais au motif qu'elle prévoit de " réaliser le concassage du ballast en place pour créer la structure de la voie et en positionner une partie sur les accotements, alors que cette technique ne correspond pas à celle prévue par les pièces du marché ". Dans ces conditions, la société Eiffage ne peut utilement soutenir que son offre comprend la mise en place de GNT 0/20 pour la couche de base conformément aux prescriptions du CCTP et aux prix du bordereau de prix unitaire.
7. L'article 1.3.1 du cahier des clauses techniques particulières stipule que les travaux préalables aux terrassements comprennent " l'enlèvement superficiel de la végétation (ronces, herbes hautes, broussailles) sur la plateforme support de la voie verte, le griffage du ballast pour l'enlèvement de toute matière organique, l'abattage des arbres existants sur l'emprise du projet si nécessaire, le nettoyage des divers matériaux et blocs rocheux sur l'emprise de la voie " et que " la couche de fondation de la voie verte et de la voie du tunnel comprend le ballast existant ". Il précise également, à sa rubrique " description de la voierie ", que la couche de fondation est constituée du ballast existant. Enfin l'article 1.2.4 du cahier des clauses techniques particulières mentionne à la rubrique terrassements-structure qu'ils comprennent " le débroussaillage, le dessouchage et le nettoyage approfondi de l'emprise des travaux : voie verte, accotement et voie d'accès et le réglage partiel du ballast ". Il résulte de ces dispositions que seuls l'enlèvement superficiel de la végétation sur la plateforme support de la voie verte, le griffage et le réglage partiel du ballast étaient autorisés en permettant son nivellement, et qu'un broyage de l'assiette est exclu.
8. Il résulte de la proposition technique de la société Eiffage que son offre prévoit le broyage de l'assiette du ballast à l'aide d'un tracteur au titre des travaux de préparation de l'assiette et du modelage des délaissés et ne se limite pas au concassage de la couche de base, ni d'ailleurs de la couche supérieure du ballast. La société ne peut ainsi utilement soutenir que l'épaisseur de la couche de ballast laissée en place en guise de couche de fondation demeure inchangée par rapport à l'épaisseur actuelle et qu'un terrassement de l'assiette était demandé. Par suite, l'offre de la société Eiffage comporte un procédé d'exécution différent de celui qui est prévu dans le cahier des clauses techniques particulières constituant une variante interdite par l'article 3.6 du règlement de consultation.
9. Il est constant que le syndicat mixte des voies vertes du Lot n'a pas rejeté l'offre de l'exposante comme étant anormalement basse, de sorte qu'il n'était pas tenu d'inviter la société Eiffage à apporter tous justificatifs utiles sur le niveau de ses prix en application des articles L. 2152-6 et R. 2152-3 du code de la commande publique.
10. Si la société Eiffage fait valoir que le rapport transmis le 20 mai 2025 par le syndicat mixte des voies vertes du Lot a été signé par le maître d'œuvre, ce rapport d'analyse ne constitue qu'une proposition faite au maître d'ouvrage, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'il n'ait pas lui-même procédé à l'examen et au classement des offres.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la société Eiffage n'est pas fondée à soutenir que le syndicat mixte a commis une erreur manifeste d'appréciation en rejetant son offre comme irrégulière et n'a pas commis un manquement à ses obligations de publicité et de mise en concurrence ainsi qu'à l'égalité de traitement entre candidats telles que définie à l'article L.3 du code de la commande publique.
12. Si l'irrégularité de l'offre, qui implique qu'elle soit écartée, fait perdre au candidat qui l'a présentée toute chance d'obtenir le contrat, elle ne le prive pas pour autant d'intérêt à agir, non seulement pour pouvoir contester l'appréciation de la régularité de son offre, mais aussi pour pouvoir contester la régularité de la candidature ou de l'offre retenue. Il résulte de ce qui précède que nonobstant le caractère irrégulier de son offre, la société Eiffage Route Grand Sud est recevable à contester la régularité de la candidature et de l'offre de la société Marcouly.
13. Aux termes de l'article R. 2193-1 du code de la commande publique : " Lorsque la déclaration de sous-traitance intervient au moment du dépôt de l'offre, le soumissionnaire fournit à l'acheteur une déclaration mentionnant l'ensemble des informations suivantes : 1° La nature des prestations sous-traitées ; 2° Le nom, la raison ou la dénomination sociale et l'adresse du sous-traitant proposé ; 3° Le montant maximum des sommes à verser au sous-traitant ; 4° Les conditions de paiement prévues par le projet de contrat de sous-traitance et, le cas échéant, les modalités de variation des prix ; 5° Le cas échéant, les capacités du sous-traitant sur lesquelles le candidat s'appuie. Le soumissionnaire remet également à l'acheteur une déclaration du sous-traitant indiquant qu'il n'est pas placé dans un cas d'exclusion mentionné par les dispositions législatives des sections 1 et 2 du chapitre Ier du titre IV. "
14. Il résulte de ces dispositions et de celles citées au point 5 que le règlement de la consultation d'un marché est obligatoire dans toutes ses mentions. Le pouvoir adjudicateur ne peut en conséquence attribuer le marché à un candidat qui ne respecterait pas une des prescriptions imposées par le règlement, sauf si cette exigence se révèle manifestement dépourvue de toute utilité pour l'examen des candidatures ou des offres, notamment parce que les éléments demandés ont un caractère public. L'article 5 du règlement de consultation du marché litigieux, stipule que les candidats doivent produire à l'appui de leur candidature " pour chaque sous-traitant présenté dans l'offre, () en plus de l'annexe : les capacités professionnelles et financières du sous-traitant - une déclaration du sous-traitant indiquant qu'il ne tombe pas sous le coup d'une interdiction prévue à l'article R.2193-1 alinéa 2 du code de la commande publique ".
15. Il résulte de l'instruction et notamment des mentions portées sur le rapport d'analyse des offres que le pouvoir adjudicateur a décidé, en application des dispositions de l'article R. 2161-4 du code de la commande publique, d'examiner les offres avant les candidatures et a procédé à l'analyse de la candidature du seul candidat pressenti, la société Marcouly. Les mentions de ce rapport, transmis avant la clôture de l'instruction, laissent apparaitre que cette société a fait appel à de la sous-traitance, sans plus d'informations dès lors que les indications portées après la mention " sous-traitance " ont été occultées. Il indique également qu'à la suite du choix du candidat pressenti, les pièces de candidature se révèlent, après examen, complètes et conformes au règlement de la consultation. Si la société Eiffage soutient qu'il appartient au syndicat mixte de justifier que l'attributaire a produit l'ensemble des documents relatifs à ses sous-traitants au plus tard à la date de remise de son offre, elle ne tire pas de conséquence de ce constat de nature à établir l'irrégularité de la candidature ou de l'offre de la société.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les moyens tendant à établir que le syndicat mixte des voies vertes du Lot aurait commis des manquements à ses obligations de publicité et de mise en concurrence susceptibles d'avoir lésé la société Eiffage Route Grand Sud doivent être écartés. Par suite, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
18. Partie perdante, la société Eiffage Route Grand Sud ne peut prétendre à l'allocation d'une quelconque somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Eiffage Route Grand Sud le versement au syndicat mixte des voies vertes du Lot d'une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Eiffage Route Grand Sud est rejetée.
Article 2 : La société Eiffage Route Grand Sud versera au syndicat mixte des voies vertes du Lot une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Eiffage Route Grand Sud, au syndicat mixte des voies vertes du Lot et à la SARL Marcouly.
Fait à Toulouse, le 27 mai 2025
La juge des référés,
Céline ARQUIÉ
La greffière,
Maud FONTAN La République mande et ordonne à la préfète du Lot, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026