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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2503067

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2503067

mercredi 17 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2503067
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantGALINON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a examiné la requête de M. A..., ressortissant kosovare, contestant un arrêté préfectoral du 6 avril 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a annulé l'arrêté en se fondant sur la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, considérant que l'intérêt supérieur de son enfant né en France le 28 mars 2025, dont la mère dispose d'un titre de séjour, n'avait pas été pris en compte de manière primordiale. En conséquence, l'ensemble des décisions contestées a été annulé, et l'État a été condamné à verser 1 500 euros au conseil de M. A... au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 30 avril, 14 mai et 2 juin 2025, M. B... A..., représenté par Me Galinon, demande au tribunal :


1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;


2°) d’annuler l’arrêté du 6 avril 2025 par lequel le préfet de l'Ariège l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;


3°) d’enjoindre au préfet de l'Ariège de procéder à la suppression de signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen à compter la notification du jugement à intervenir ;


4°) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 2 000 euros à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :


En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été pris à l'issue d'une procédure méconnaissant le principe du contradictoire et du droit d’être entendu ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;


En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du même code ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;


En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;


En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;


En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 16 juin et 4 juillet 2025, le préfet de l'Ariège conclut au rejet de la requête.


Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.


Par ordonnance du 10 juillet 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 31 juillet 2025.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;


- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont régulièrement été averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Zouad,
- et les observations de Me Galinon, représentant M. A....





Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant kosovare né le 17 décembre 2001 à Ferizaj (Kosovo), déclare être entré en France pour la dernière fois le 24 août 2024. Par l’arrêté attaqué du 6 avril 2025, le préfet de l'Ariège l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (...), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Il y a lieu, eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de l’intéressé, de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait d’institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ». Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d’enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d’affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

Il ressort des pièces du dossier que M. A... est le père d’un enfant, né le 28 mars 2025, résidant sur le territoire français avec sa mère, laquelle dispose d’un titre de séjour valable jusqu’au 22 juillet 2028. En outre, la relation de couple qu’il déclare entretenir avec la mère de cet enfant doit être regardée comme établie, dès lors qu’elle n’est pas contestée en défense. Par ailleurs, le requérant a utilement produit une facture d’achat d’une poussette et deux attestations respectivement établies les 30 avril et 8 mai 2025 par la référente ASE de sa compagne et la sage-femme en charge du suivi de la grossesse, lesquelles font état de son investissement au cours de la grossesse et de sa présence auprès de son fils. Au regard de ces éléments, l’intéressé doit être regardé comme participant de manière effective à l’entretien et à l’éducation de son enfant. Ainsi, en dépit des conditions de séjour de l’intéressé et dès lors que l’arrêté en litige aurait pour conséquence de séparer l’enfant de son père investi dans son éducation, le requérant est fondé à soutenir que celui-ci méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans qui se trouvent privées de base légale. Il s’ensuit que l’arrêté du préfet de l'Ariège du 6 avril 2025 doit être annulé.



Sur les conclusions à fin d'injonction :

Aux termes des dispositions de l’article R. 613-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les modalités de suppression du signalement d’un étranger effectué au titre d’une décision d’interdiction de retour sont celles qui s’appliquent, en vertu de l’article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d’extinction du motif d’inscription dans ce traitement ».
Aux termes de l’article 7 du décret du 28 mai 2010 : « Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d’aboutissement de la recherche ou d’extinction du motif de l’inscription (…) ».

Il résulte de ces dispositions que l’annulation de l’interdiction de retour prise à l’encontre de M. A... implique nécessairement l’effacement sans délai de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen résultant de cette décision. Il y a lieu, dès lors, d’enjoindre au préfet de l’Ariège de mettre en œuvre la procédure d’effacement de ces signalements à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

Sous réserve de l'admission définitive de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Galinon à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, ce dernier versera à Me Galinon une somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.




D E C I D E :

Article 1er : M. A... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L’arrêté du préfet de l'Ariège du 6 avril 2025 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Ariège de mettre en œuvre la procédure d’effacement des signalements de M. A... aux fins de non admission dans le système d’information Schengen dès la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Galinon à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, ce dernier versera à Me Galinon une somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Me Galinon et au préfet de l'Ariège.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Daguerre de Hureaux, président ;
- Mme Gigault, première conseillère ;
- M. Zouad, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2025.


Le rapporteur,
Bachir Zouad

Le président,
Alain Daguerre de Hureaux

La greffière,



Lison Dispagne

La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière en chef

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