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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2503190

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2503190

mercredi 4 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2503190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCANADAS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui demandait l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 30 avril 2025 l'assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a d'abord admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Sur le fond, il a écarté l'ensemble des moyens soulevés, estimant que l'arrêté était signé par une autorité compétente, suffisamment motivé, et ne portait pas une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir ni à la vie privée et familiale de l'intéressé au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie notamment sur les articles L. 731-1 et L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2025, M. B, représenté par Me Canadas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2025 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil par l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, et dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme par la seule application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- l'arrêté litigieux a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il porte une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés les 12 et 13 mai 2025, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Gigault, première conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gigault a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 24 mai 1994 à Mostaganem (Algérie), déclare être entré le 28 octobre 2018 sur le territoire français. Le 23 février 2023, il a été condamné à une peine complémentaire d'interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de cinq ans. Par un arrêté du 30 avril 2025, dont il demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 5 décembre 2024 publié le 6 décembre 2024 au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2024-583, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme C D, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, à l'effet de signer les décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant et la mise à exécution de ces décisions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. "

5. L'arrêté contesté vise les dispositions et stipulation dont il fait application, et notamment le 7° de l'articles L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise que par un jugement du 23 février 2023, le tribunal correctionnel de Toulouse a prononcé à l'encontre de l'intéressé une interdiction judiciaire de territoire français pour une durée de cinq ans et qu'il ne peut immédiatement quitter le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Ainsi, la décision en litige, qui comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est, par suite, suffisamment motivée.

6. En troisième lieu, au regard de la finalité poursuivie, l'assignation à résidence litigieuse ne porte aucune atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et de venir de M. B en ce qu'elle l'oblige à se présenter deux fois par semaine à l'unité de gendarmerie de Castanet-Tolosan, alors qu'il ne fait valoir aucun motif particulier l'empêchant de s'y conformer. Par suite, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Si M. B se prévaut de sa présence continue sur le territoire français depuis plusieurs années, il n'en justifie pas. De même, il ne justifie non plus d'aucune attache en France ou de la réalité des problèmes de santé dont il fait état. En tout état de cause, à la supposée établie, l'atteinte à sa vie privée et familiale qu'il invoque résulte, non pas de la mesure d'assignation en litige, mais de la peine d'interdiction judiciaire du territoire français à laquelle il a été condamné. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 8, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant assignation à résidence serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 avril 2025 du préfet de la Haute-Garonne. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Canadas et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2025.

La magistrate désignée,

S. GIGAULT Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,0

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