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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2504322

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2504322

vendredi 4 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2504322
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFRANCOS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a examiné la requête de Mme D, ressortissante guinéenne, contestant le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour demandeurs d'asile. La requérante invoquait notamment un défaut de motivation, un vice de procédure et une erreur manifeste d'appréciation. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens, considérant que la signature numérique de la décision était valable et que la procédure était régulière au regard du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, la demande d'annulation de la décision de l'OFII a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 18 et 26 juin 2025,

Mme C D, représentée par Me Francos, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 12 juin 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et l'admettre dans un hébergement pour demandeurs d'asile, dans un délai de sept jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration les entiers dépens ainsi qu'une somme de 2 000 euros à verser à son conseil par l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme par la seule application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise au terme d'une procédure méconnaissant les dispositions de l'article

L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est estimé à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Cuny, conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuny,

- les observations de Me Francos, représentant Mme D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, soulevé de nouveaux moyens tirés du vice de forme dès lors que la signature a été apposée sur la décision attaquée au moyen d'un tampon encreur, du défaut d'examen réel et sérieux dès lors que la décision attaquée ne fait pas mention de l'enfant de la requérante et que son nom a été ajouté de façon manuscrite sur le compte-rendu de l'entretien de vulnérabilité de la famille, et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa demande d'asile doit être regardée comme une première demande ;

- les observations de Mme D, qui répond aux questions de la magistrate désignée,

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée par Mme D, a été enregistrée le 30 juin 2025.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, ressortissante guinéenne née le 20 mars 1996 à Conakry (Guinée), déclare être entrée sur le territoire français le 10 juillet 2023. Sa demande d'asile initiale a été rejetée par une décision prise par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 11 janvier 2024, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 28 mai 2024. Le 12 juin 2025, Mme D s'est présentée au guichet unique de la préfecture de la Haute-Garonne pour enregistrer une nouvelle demande d'asile. Par une décision prise le même jour, dont il est demandé l'annulation, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. "

4. Mme D soutient qu'il n'est pas établi que la décision litigieuse ait bien été signée par Mme A B dès lors que la signature, similaire à celle de plusieurs autres décisions ayant le même objet, a été apposée au moyen d'un tampon encreur ou par reproduction numérique. Toutefois, s'il ressort effectivement de la décision attaquée qu'elle a été signée par voie numérique, cette seule circonstance, dans un contexte de dématérialisation, n'est pas de nature à établir que la décision litigieuse n'ait pas été signée par son auteur. En outre, la décision attaquée comporte la signature de son auteur ainsi que ses noms, prénoms et qualité. Par suite, le moyen tiré du vice de forme doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions des article L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que, après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui est totalement refusé au motif qu'elle a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile. Par suite, la décision, qui expose les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. ".

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche d'évaluation de vulnérabilité que Mme D a, à la suite de l'enregistrement de sa demande d'asile, bénéficié d'un entretien d'évaluation de vulnérabilité le 12 juin 2025. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

8. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle et familiale de Mme D, nonobstant la circonstance que le nom de son enfant ne soit pas mentionné dans le descriptif de sa famille dès lors que la situation, notamment médicale de celui-ci, a été abordée dans le cadre l'entretien de vulnérabilité. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration se serait estimé en situation de compétence liée pour refuser d'accorder à Mme D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

10. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; 4o Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3o de l'article L. 531-27. () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article () prend en compte la vulnérabilité du demandeur. "

11. En cas de naissance ou d'entrée en France d'un enfant mineur postérieurement au rejet définitif de la demande d'asile présentée par ses parents en leur nom propre, et, le cas échéant, au nom de leurs autres enfants mineurs nés ou entrés en France avant qu'il ne soit statué de manière définitive sur leur demande, la demande d'asile présentée au nom de cet enfant constitue, au vu de cet élément nouveau, une demande de réexamen, sauf lorsque l'enfant établit que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire.

12. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'enfant mineur de Mme D est né le 29 avril 2025, soit postérieurement au rejet définitivement de la demande d'asile de

Mme D par une décision prise par la Cour nationale du droit d'asile le 28 mai 2024. Dès lors, au regard de ce a été dit au point 11, le moyen tiré de la méconnaissance du 3° de l'article

L. 551-15 précité doit être écarté.

13. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche d'évaluation de vulnérabilité, que Mme D bénéficie d'un suivi médical régulier et est prise en charge au sein d'un dispositif de mise à l'abri dédié aux mères et à leurs nourrissons, jusqu'à ce que ceux-ci atteignent l'âge de six mois. S'il n'est pas contesté que son enfant, âgé de deux mois à la date de la décision, est porteur d'une drépanocytose homozygote confirmée nécessitant un suivi médical régulier, il ressort des pièces du dossier qu'un tel suivi était engagé à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, étant précisé que la requérante peut, à tout moment, solliciter à nouveau le bénéfice de ces conditions en faisant valoir des circonstances nouvelles, à l'instar d'une sortie de son dispositif d'hébergement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 12 juin 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a cessé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et à la mise à la charge de l'Etat des entiers dépens. et tendant à la mise à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Francos et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2025.

La magistrate désignée,

L. CUNYLa greffière,

V. BRIDET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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