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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2506049

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2506049

vendredi 5 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2506049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMOURA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a examiné la requête de M. A..., ressortissant togolais, contestant le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder les conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a annulé cette décision, estimant que le délai entre la présentation de M. A... à la structure de premier accueil (SPADA) le 13 août 2025 et son rendez-vous au guichet unique le 18 août 2025 ne lui était pas imputable, constituant ainsi un motif légitime de retard. La solution retenue s'appuie sur l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoit que le refus des conditions matérielles d'accueil pour dépôt tardif de la demande d'asile nécessite l'absence de motif légitime.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 20 et 27 août 2025, M. B... A..., représenté par Me Moura, demande au tribunal :


1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;


2°) d’annuler la décision du 18 août 2025 par laquelle l’Office français de l’immigration et de l’intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil ;


3°) d’enjoindre à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;


4°) de mettre à la charge de l’Office français de l’immigration et de l’intégration les entiers dépens du procès et le versement d’une somme de 2 000 euros à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.




Il soutient que :


- la décision est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle méconnaît la procédure contradictoire prévue par l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;


Par un mémoire en défense enregistré le 28 août 2025, l’Office français de l’immigration et de l’intégration conclut au rejet de la requête.


Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Gigault, première conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Les parties ont régulièrement été averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Gigault,
- les observations de Me Moura, représentant M. A..., qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens puis soulève un premier nouveau moyen tiré de ce que la demande d’asile de M. A... a été présentée dans les délais légaux dès lors qu’il s’est présenté le 13 août 2025 à la structure de premier accueil pour demandeurs d’asile (SPADA) et que le rendez-vous du 18 août 2025 au guichet unique ne résulte pas de son fait. Me Moura soulève un second nouveau moyen tiré de ce que le motif ayant conduit M. A... à déposer l’asile ne s’est révélé que le 28 mai 2025, de sorte qu’en tout état de cause, l’office français de l'immigration et de l'intégration ne pouvait lui opposer de ne pas avoir sollicité l’asile en dehors du délai légal sans motif légitime,
- les observations de M. A..., qui répond aux questions de la magistrate désignée,
- l’Office français de l’immigration et de l’intégration n’étant ni présent ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Une note en délibérée, présentée par l’Office français de l’immigration et de l’intégration, a été enregistrée le 28 août 2025 et n’a pas été communiquée.




Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant togolais né le 3 avril 1990 à Lomé (Togo), s’est présenté le 18 août 2025 au guichet unique de la préfecture de la Haute-Garonne pour y faire enregistrer sa première demande d’asile. Par une décision prise le même jour, dont elle demande l’annulation, l’Office français de l’immigration et de l’intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ». Il y a lieu, eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de l’intéressé, de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Aux termes de l’article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: « Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / (…) / 4°) Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. »

Il ressort du billet de bus établi au nom de M. A... qu’il est arrivé en France le 16 mai 2025, tandis qu’il ressort des annotations de bas de page du recueil d’informations établi par la SPADA qu’il s’y est présenté le 13 août 2025. A la suite de cet entretien, M. A... a été convoqué au guichet unique des demandeurs d’asile de la préfecture le 18 août 2025 pour l’enregistrement de sa demande. La date de cette convocation, plus de trois jours après la présentation de l’intéressé à la SPADA, est indépendante de sa volonté et caractérise un motif légitime justifiant le retard d’enregistrement de sa demande d’asile. Par suite, M. A... est fondé à soutenir que c’est à tort que l’office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa demande au motif qu’il n’avait pas respecté, sans motif légitime, le délai légal de quatre-vingt-dix jours pour solliciter l’asile.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre la décision portant refus d’octroi des conditions matérielles d’accueil, que M. A... est fondé à en demander l’annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

Le présent jugement implique qu’il soit enjoint à l’Office français de l'immigration et de l’intégration de réexaminer la situation de M. A... dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.


Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Moura, avocate de M. A..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat et sous réserve de l’admission définitive de son client au bénéfice de l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Moura d’une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du
10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera directement versée sur le fondement des seules dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.






D E C I D E :

Article 1er : M. A... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 18 août 2025 de l’Office français de l’intégration et de l’immigration est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de procéder au réexamen de la situation de M. A... dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l’admission définitive de M. A... à l’aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Moura à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, l’Office français de l’immigration et de l’intégration versera à Me Moura, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera directement versée en application des seules dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera noB...u Laté Edem A..., à Me Moura et à l’Office français de l’immigration et de l’intégration.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 septembre 2025.


La magistrate désignée,
S. GIGAULT

Le greffier,
B. ROETS


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière en chef


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