mercredi 17 septembre 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2506531 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | TOUBOUL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 septembre 2025 et des pièces enregistrées le 17 septembre 2025, Mme C A B, représentée par Me Touboul, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du préfet de la Haute-Garonne du 1er septembre 2025 mettant fin à sa prise en charge, dans un délai de dix jours, au titre du dispositif d'hébergement d'urgence ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de la reprendre en charge, elle et ses enfants, au titre de l'hébergement d'urgence sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard au-delà de vingt-quatre heures à compter de cette notification ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros à son conseil, au titre des dispositions de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1.
Elle soutient que :
en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
- la décision contestée mettant fin à sa prise en charge au titre de l'hébergement d'urgence préjudicie, de toute évidence, de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation et à celle de ses enfants ;
en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux :
-elle est entachée d'un défaut de motivation au regard des dispositions du 6° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
-elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles, le préfet de la Haute-Garonne ne pouvant lui opposer un motif tenant à l'absence d'accomplissement de démarches administratives ; l'utilisation du critère de vulnérabilité, non prévu par ces dispositions, est également erronée en droit, ou a minima, imprécise ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles ; mère isolée, sans travail, sans ressource, sans aide sociale et sans domicile, elle demeure dans une situation de détresse sociale indéniable ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2025, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
en ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
- l'urgence n'est pas caractérisée, la requérante se maintenant dans son hébergement à l'hôtel Inter Hôtel Airport à Toulouse ;
- la requérante n'a apporté aucune observation, ni au SIAO, ni à la DDETS 31 ; elle ne conteste pas, sauf devant le tribunal, les motifs de la fin de sa prise en charge et n'apporte aucun élément prouvant d'éventuelles détresses médicales, psychiques ou sociales au sens de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles ;
- la requérante a reçu un courrier, en date du 15 mai 2025, lui faisant part de l'analyse de sa situation en commission Etat/SIAO, en lui proposant de communiquer ses observations dans le respect du principe du contradictoire et en lui indiquant qu'elle ne remplissait plus les conditions de vulnérabilité posées par l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles ;
- le dispositif d'hébergement d'urgence en Haute-Garonne est saturé ; l'objectif de la décision en litige est de fluidifier ce dispositif ;
en ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux :
- la décision contestée n'est pas entachée d'un défaut de motivation ;
- elle n'est pas entachée d'une erreur de droit, la requérante ne remplissant plus la condition de vulnérabilité, en tant que femme victime de violences, au regard de laquelle elle a été hébergée en " 2016 " ;
- la décision contestée n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles, ni d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ; la requérante n'est pas en situation d'insertion au regard de l'évaluation sociale dont elle a fait l'objet le 16 janvier 2025 ; elle s'est mise elle-même en difficulté ; étant accompagnée, il serait étonnant qu'elle n'est pas été informée de la possibilité de dépôt d'une demande de titre de séjour auprès de la préfecture, ce qu'elle n'a toujours pas fait ; aucun certificat médical n'est produit.
Vu :
-les autres pièces du dossier ;
-la requête n° 2506527 enregistrée le 10 septembre 2025 par laquelle la requérante demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 17 septembre 2025 à 10h00 en présence de Mme Tur, greffière d'audience, M. Le Fiblec a lu son rapport et a entendu :
- les observations de Me Touboul, représentant Mme A B, qui reprend, en les précisant, ses écritures,
- les observations de Mme A B,
- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, née le 26 août 1985 à Douala (Cameroun), de nationalité camerounaise, a été prise en charge, avec son fils mineur, au titre de l'hébergement d'urgence depuis le 8 mars 2018. Par une décision du 1er septembre 2025, notifiée à l'intéressée le 8 septembre 2025, le préfet de la Haute-Garonne a édicté à son encontre une décision de fin de prise en charge au titre de l'hébergement d'urgence dans un délai de dix jours à compter de sa notification. Par la présente requête, l'intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme A B.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies devant lui, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement et globalement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
5. Il résulte de l'instruction qu'en l'absence de proposition de relogement, l'exécution de la décision attaquée expose Mme A B et ses trois enfants, dont deux mineurs, au risque imminent d'être privés d'hébergement, de sorte que les effets de cette décision doivent, dès lors, être regardés comme portant atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation, sans qu'aucun intérêt public ne s'y oppose. La condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative est dès lors satisfaite.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
6. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. / Ce dispositif fonctionne sans interruption et peut être saisi par toute personne, organisme ou collectivité ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 du même code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 de ce code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".
7. Il résulte de ces dispositions que toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale, a le droit d'accéder à une structure d'hébergement d'urgence et de s'y maintenir, dès lors qu'elle en manifeste le souhait et que son comportement ne rend pas impossible sa prise en charge ou son maintien dans une telle structure. Le représentant de l'Etat ne peut mettre fin contre son gré à l'hébergement d'urgence d'une personne qui en bénéficie que pour l'orienter vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation, ou si elle ne remplit plus les conditions précitées pour en bénéficier.
8. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles et d'une erreur d'appréciation au regard de ces mêmes dispositions, tels que visés ci-dessus et analysés, sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.
9. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant réunies, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du préfet de la Haute-Garonne du 1er septembre 2025.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de maintenir la prise en charge de Mme A B au titre de l'hébergement d'urgence. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Mme A B est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son conseil peut dès lors se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au bénéfice de Me Touboul, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du préfet de la Haute-Garonne du 1er septembre 2025 est suspendue, au plus tard jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de maintenir la prise en charge de Mme A B au titre de l'hébergement d'urgence.
Article 4 : L'Etat versera à Me Touboul, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 une somme de 800 euros, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A B est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à MmeCa A B, à Me Touboul et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.
Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 17 septembre 2025.
Le juge des référés,
Briac LE FIBLEC
La greffière,
Pauline TUR
La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026