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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2506661

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2506661

mardi 7 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2506661
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPOUGAULT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a annulé la décision du 10 septembre 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) refusait à M. B..., ressortissant camerounais, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que l'OFII avait commis une erreur d'appréciation en se fondant sur l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car l'état de santé de M. B... (diabète nécessitant de multiples hospitalisations) constituait un motif légitime justifiant le dépôt tardif de sa demande d'asile. En conséquence, le tribunal a enjoint à l'OFII d'accorder ces conditions matérielles d'accueil à M. B... dans un délai de cinq jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 et 25 septembre 2025, M. A... C... B..., représenté par Me Pougault, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’annuler la décision du 10 septembre 2025 par laquelle l’Office français de l’immigration et de l’intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil ;

3°) d’enjoindre à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de cinq jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Office français de l’immigration et de l’intégration les entiers dépens ainsi qu’une somme de 2 000 euros à verser à son conseil par l’application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, et dans l’hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l’Office français de l’immigration et de l’intégration cette même somme par la seule application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d’un défaut de motivation ;

- elle est entachée d’un défaut d’examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dans l’application des dispositions de l’article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d’une erreur d’appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2025, l’Office français de l’immigration et de l’intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

 

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Zouad, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et

L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :

- le rapport de M Zouad ;

- les observations de Me Pougault, représentant M. B..., qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de M. B..., qui répond aux questions du magistrat désigné,

- l’Office français de l’immigration et de l’intégration n’étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant camerounais né le 19 avril 1987 à Bamenda (Cameroun), déclare être entré sur le territoire français le 13 mai 2025. Il a sollicité son admission du bénéfice de l’asile le 10 septembre 2025. Par une décision du 10 septembre 2025, dont il demande l’annulation, l’Office français de l’immigration et de l’intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Par sa requête, M. B... demande l’annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d’admission à l’aide juridictionnelle à titre provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (...), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Il y a lieu, eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de l’intéressé, de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : (…) /4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l’article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ».

En l’espèce, pour refuser le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à M. B..., le directeur territorial de l’Office français de l’immigration et de l’intégration s’est fondé sur le fait que l’intéressé n’a pas sollicité l’asile, sans motif légitime, dans le délai de 90 jours suivants son entrée en France, intervenue le 13 mai 2025. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le 6 juin 2025, soit quelques semaines après son entrée sur le territoire français, M. B... a été hospitalisé, durant deux jours, en raison d’un diabète récemment diagnostiqué et non stabilisé. En outre, il ressort de la liste des rendez-vous aux urgences produite que l’intéressé s’est rendu à dix-huit reprises au service des urgences du centre hospitalier universitaire de Toulouse entre le 6 juin 2025 et le 9 septembre 2025, et ce, afin de stabiliser sa pathologie. Dans ces conditions, M. B... se prévaut d’un motif légitime pour justifier l’absence du dépôt de sa demande d’asile dans un délai de quatre-vingt -dix jours après son entrée sur le territoire. Par suite, il est fondé à soutenir qu’en lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d’accueil pour ce motif, le directeur territorial de l’OFII a commis une erreur d’appréciation au regard des dispositions précitées.

Il résulte de ce qui précède que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d’injonction : 

En raison du motif qui la fonde, l’exécution du présent jugement implique seulement que la situation de M. B... soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d’enjoindre au directeur général de l’OFII de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu d’admettre provisoirement M. B... à l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Pougault, avocat de M. B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat et sous réserve de l’admission définitive de son client à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’OFII la somme de 1 000 euros à verser à Me Pougault. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B....

DÉCIDE : 

 

Article 1er : M. B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

 

Article 2 : La décision du 10 septembre 2025 de l’Office français de l’intégration et de l’immigration est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de procéder au réexamen de la situation de M. B... dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

 

Article 4 : Sous réserve de l’admission définitive de M. B... à l’aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Pougault à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, l’Office français de l’immigration et de l’intégration versera à Me Pougault, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera directement versée en application des seules dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... B..., à

Me Pougault et au directeur général de l’Office français de l’intégration et de l’immigration.

 Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2025.

Le magistrat désigné,

B. Zouad

La greffière,

V. Bridet

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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