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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2507154

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2507154

jeudi 16 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2507154
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELARL SYLVAIN LASPALLES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a examiné la requête d’un ressortissant albanais contestant un arrêté du préfet de Tarn-et-Garonne l’assignant à résidence pour 45 jours, dans le cadre d’une procédure de reconduite à la frontière. Le tribunal a rejeté l’ensemble des moyens soulevés, notamment l’incompétence de l’auteur de l’acte, le défaut de motivation et la méconnaissance du contradictoire, en s’appuyant sur le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA). La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant ainsi la légalité de l’assignation à résidence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 8, 10 ,14 et 16 octobre 2025, , représenté par Me , demande au tribunal :


1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;


2°) d’annuler l’arrêté du par lequel le préfet de Tarn-et-Garonne l’a assigné à résidence ;

3°) de suspendre la décision du 2 avril 2025 par laquelle le préfet du Tarn l’a obligée à quitter le territoire français ;


4°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de euros à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


Il soutient que :


- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il a été pris à l'issue d'une procédure méconnaissant le principe du contradictoire et son droit d'être entendu ;
- le préfet n’a pas pris en considération les circonstances nouvelles de fait et droit qui exigent la suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet ne démontre pas qu’il existe des perspectives raisonnables d’éloignement ;


- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le , le préfet de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.


Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné M. Zouad, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Les parties ont régulièrement été averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Zouad,
- les observations de Me substituant Me Laspalles, représentant , qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,
- les observations de , assisté de M. Valla, interprète en langue albanaise, qui répond aux questions du magistrat désigné,
- le préfet de Tarn-et-Garonne n’étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.



Considérant ce qui suit :

, ressortissant né le à (), déclare être entré en France le . Par deux arrêtés du le préfet de Tarn-et-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l’assigné à résidence. Par un arrêté du , dont il demande l’annulation, le préfet de Tarn-et-Garonne l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.



Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (...), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Il y a lieu, eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.



Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, par un arrêté du 15 septembre 2023, publié le même jour au recueil administratifs spécial n° 82-2023-103, le préfet de Tarn-et-Garonne a donné délégation à Mme Edwige Darracq, secrétaire générale de la préfecture de Tarn-et-Garonne, pour signer tous actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.

En deuxième lieu, la décision en litige vise, notamment, les dispositions du 1° de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Il mentionne, en outre, que a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français sans délai édictée le , et qu'il ne peut immédiatement quitter le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Ainsi, la décision en litige, qui comporte l’énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

En troisième lieu, il ressort des dispositions des articles L. 614-1 et suivants et L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français et le cas échéant les mesures assortissant cette obligation. Dès lors, l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration, qui fixe les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en application de l’article L. 211-2 du même code, ne saurait être utilement invoqué à l'encontre de la décision portant assignation à résidence. Le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire doit en conséquence être écarté.

En quatrième lieu, le droit d’être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l’une des composantes du droit de la défense, tel qu’il est énoncé notamment au 2 de l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, et fait partie des principes généraux du droit de l’Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l’autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l’ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n’implique pas systématiquement l’obligation, pour l’administration, d’organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l’intéressé, ni même d’inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu’une décision lui faisant grief est susceptible d’être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n’est susceptible d’affecter la régularité de la procédure à l’issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu’il lui revient, le cas échéant, d’établir devant la juridiction saisie.

Il ressort du procès-verbal d’audition établi le 2 octobre 2025 par les services de police de Narbonne, que M. Hasi a été entendu sur sa situation personnelle et familiale. Il a, à cette occasion, été informé de l’éventualité d’une mesure d’éloignement prise par le préfet et a été mis en mesure de présenter ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d’être entendu doit être écarté.

En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d’aucune autre pièce du dossier que le préfet n’aurait pas procédé à un examen complet de la situation de . Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen doit être écarté.

En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. Hasi a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français sans délai le 2 avril 2025, qu’il n’a pas contesté. En outre, il ressort des pièces du dossier qu’une demande de laisser passer consulaire a été adressée aux autorités albanaises le 9 octobre 2025. Enfin, il ne fait état d’aucune circonstance pouvant faire obstacle à l’exécution de cette décision d’éloignement, y compris de son propre chef, et n’apporte ainsi aucun élément permettant d’établir que cette mesure ne pourrait pas être exécutée dans un délai raisonnable. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir qu’il n’existe aucune perspective raisonnable d’éloignement.

En septième et dernier lieu, si M. Hasi soutient que les obligations d’assignation et de pointage sont contraignantes, en ce qu’elles l’obligent à se présenter fois par semaine au commissariat de police de Montauban alors qu’il travaille, il ne produit aucun élément démontrant qu’il serait dans l’impossibilité de remplir ces mêmes obligations. Au surplus, il ressort des pièces du dossier, et notamment des deux rapports de carence datés du 23 avril 2025 et 14 octobre 2025, que M. Hasi n’a respecté ni ses obligations de pointage de sa première assignation à résidence en date du 2 avril 2025 ni celles ne la décision litigieuse, ces circonstances peuvent donc justifier de telles modalités de pointage. Au regard de la finalité poursuivie, l’assignation à résidence litigieuse ne porte donc aucune atteinte disproportionnée à la liberté d’aller et de venir de qui ne fait valoir aucun motif particulier l’empêchant de s’y conformer. Par suite, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que M. Hasi n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 2 octobre 2025 par lequel le préfet du Tarn-et-Garonne l’a assigné à résidence.

Sur les conclusions à fin de suspension :

Il résulte des dispositions du 1° de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que l’autorité administrative peut ordonner l’assignation à résidence d’un étranger faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant et pour laquelle le délai pour quitter le territoire est expiré. Une telle mesure a pour objet de mettre à exécution la décision prononçant l’obligation de quitter le territoire français et ne peut être regardée comme constituant ou révélant une nouvelle décision comportant obligation de quitter le territoire, qui serait susceptible de faire l’objet d’une demande d’annulation. Il appartient toutefois à l’administration de ne pas mettre à exécution l’obligation de quitter le territoire si un changement dans les circonstances de droit ou de fait a pour conséquence de faire obstacle à la mesure d’éloignement. Dans cette hypothèse, l'étranger peut demander au président du tribunal administratif sur le fondement des dispositions des articles L. 614-1 et suivants, L. 732-8 et L. 921-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l'annulation de cette décision d'assignation à résidence dans les sept jours suivant sa notification. S’il n’appartient pas à ce juge de connaître de conclusions tendant à l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français, après que le délai prévu pour le saisir a expiré, il lui est loisible, le cas échéant, d’une part, de relever, dans sa décision, que l’intervention de nouvelles circonstances de fait ou de droit fait obstacle à l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français et impose à l’autorité administrative de réexaminer la situation administrative de l’étranger et, d’autre part, d’en tirer les conséquences en suspendant les effets de la décision devenue, en l’état, inexécutable.

Pour soutenir sa demande de suspension de l’obligation de quitter le territoire français dont il a fait l’objet le 2 avril 2025, M. Hasi ne fait état d’aucune circonstance de fait ou de droit nouvelle de nature à faire obstacle à l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français prononcée le 2 avril 2025. Dès lors, les conclusions tendant à la suspension de l’exécution de cette mesure doivent être rejetées.

Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du préfet de Tarn-et-Garonne du et à la suspension de l’obligation de quitter le territoire français du 2 avril 2025 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.



D E C I D E :

Article 1er : est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à , à Me et au préfet de Tarn-et-Garonne.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2025.


Le magistrat désigné,
B. Zouad

Le greffier,
B. Roets





La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière en chef



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