Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 octobre 2025, Mme A... B..., représentée par Me Francos, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de reprendre sa prise en charge au titre de l’hébergement d’urgence, à compter de la date de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à la lui verser directement dans l’hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la condition relative à l’urgence est satisfaite dès lors qu’elle est fragilisée tant sur un plan physique que psychique par la rupture de sa prise en charge ; en outre, cette rupture met à mal l’accompagnement médical qui lui est essentiel compte tenu des traumatismes subis ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l’hébergement d’urgence au vu notamment de sa situation de très grande précarité et de sa particulière vulnérabilité.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Meunier-Garner, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente instance, Mme B..., ressortissante marocaine, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de reprendre sa prise en charge dans le cadre du dispositif d’hébergement d’urgence.
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ». Aux termes des dispositions de l’article L. 521-2 du même code : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale (…) ». Enfin, l’article L. 522-3 de ce code dispose : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, (…) qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1. ».
3. En distinguant les deux procédures prévues par les articles L. 521-1 et L. 521-2 cités au point 2, le législateur a entendu répondre à des situations différentes. Les conditions auxquelles est subordonnée l’application de ces dispositions ne sont pas les mêmes, non plus que les pouvoirs dont dispose le juge des référés. En particulier, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité qu’une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale soit prise dans les quarante-huit heures.
4. Par ailleurs, aux termes des dispositions de l’article L. 345-2 du code de l’action sociale et des familles : « Dans chaque département est mis en place, sous l’autorité du représentant de l’Etat, un dispositif de veille sociale chargé d’accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation (…) ». L’article L. 345-2-2 de ce code dispose : « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. (...) ». Aux termes de l’article L. 345-2-3 du même code : « Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d’hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ».
5. Il appartient aux autorités de l’Etat, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de mettre en œuvre le droit à l’hébergement d’urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Seule une carence caractérisée des autorités de l’Etat dans la mise en œuvre du droit à l’hébergement d’urgence peut faire apparaître, pour l’application de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu’il tient de ce texte, en ordonnant à l’administration de faire droit à une demande d’hébergement d’urgence. Il incombe au juge des référés d’apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l’administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l’âge, de l’état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
6. Il résulte de l’instruction que la prise en charge dans le cadre du dispositif d’hébergement d’urgence dont Mme B... bénéficiait depuis le 5 juin 2022 a pris fin le 4 octobre 2025, l’intéressée ayant, toutefois, bénéficié d’une prise en charge pour la nuit du 5 au 6 octobre suivant. Ainsi que cela ressort du courrier du 28 août 2025 notifiant à Mme B... cette fin de prise en charge, celle-ci résulte, notamment, de ce que, à la suite d’une nouvelle évaluation sociale réalisée par un travailleur social du SIAO le 13 mars 2025 et d’un examen de situation en commission Etat/SIAO, il est apparu qu’elle ne remplissait plus les conditions de vulnérabilité posées par les dispositions précitées de l’article L. 345-2-2 du code de l’action sociale et des familles. En vue d’établir l’existence d’une situation de vulnérabilité, Mme B... se prévaut de son état de santé et verse à l’instance trois certificats médicaux ainsi qu’une note sociale. Toutefois, il résulte de l’instruction que si le premier certificat médical, établi le 10 septembre 2025 par un médecin psychiatre, fait état de ce que l’intéressée souffre de troubles psychiques nécessitant un suivi régulier et un traitement psychotrope sédatif, il n’apporte aucune précision quant à la gravité de la pathologie de la requérante ni n’expose les raisons pour lesquelles une fin de prise en charge au titre de l’hébergement d’urgence pourrait entraîner une rupture du traitement médical tandis que le deuxième certificat produit, établi le 10 octobre 2025, et qui émane d’un médecin généraliste homéopathe, n’est pas plus précis sur ces différents points. Quant au troisième certificat médical, établi par un médecin généraliste le 10 octobre 2025, il se borne à faire état, en des termes succincts et généraux, de ce que Mme B... présente une affection respiratoire importante, sans plus de précisions, et à évoquer un potentiel lien entre cette affection et l’absence d’hébergement de l’intéressée. S’agissant, enfin de la note sociale, établie le 4 septembre 2025, par une association agissant en faveur de la défense des droits des femmes, celle-ci, rédigée par des responsables de cette association dont la qualité n’est pas davantage précisée, ne saurait suffire à remettre en cause l’évaluation sus-évoquée effectuée par un travailleur social du SIAO en mars 2025. Dans ces conditions, et alors que Mme B... n’a fait état de sa situation auprès de la direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités, via son conseil, que le 9 octobre 2025, soit la veille de l’introduction de la présente instance, alors qu’elle n’était pas sans ignorer la fin de sa prise en charge depuis, au plus tard le 5 septembre 2025, date à laquelle elle a introduit une requête en annulation de la décision de fin de prise en charge dont elle a fait l’objet le 28 août précédent, la requérante ne justifie ni d’une urgence particulière, propre à la voie de droit qu’elle a choisie en introduisant une requête en référé sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative ni de l’existence de carences caractérisées de la part de l’Etat dans l’accomplissement de sa mission relative au droit à l’hébergement d’urgence.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B... doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991, ainsi que celles tendant à son admission à l’aide juridictionnelle provisoire, par application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B....
Fait à Toulouse, le 13 octobre 2025.
La juge des référés,
M.O. MEUNIER-GARNER
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,