Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 et 24 octobre 2025, M. B... A..., représenté par Me Labro, demande au juge des référés sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision du 20 août 2025 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité lui a refusé la délivrance d’une autorisation préalable ;
2°) d’enjoindre au conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer, à titre provisoire, un récépissé lui permettant d’exercer son activité professionnelle d’agent privé de sécurité durant le réexamen de sa situation ;
3°) d’enjoindre au centre national des activités privées de sécurité de réexaminer sa demande tendant à l’obtention d’une autorisation préalable dans un délai de trente jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la condition tenant à l’urgence :
- la condition tenant à l’urgence est satisfaite dès lors que l’exercice de ses fonctions d’agent privé de sécurité nécessite la détention d’une carte professionnelle en cours de validité ; il est salarié de la société Sure Protection depuis avril 2020 et travaille depuis le mois de mai 2022 à l’Intermarché de Castanet-Tolosan ; si son employeur a accepté d’attendre l’issue de la présente procédure avant d’envisager une rupture de son contrat de travail, cette situation est provisoire et la décision de refus de renouvellement de sa carte professionnelle le privera d’emploi et de rémunération dès lors qu’il n’a pas la possibilité d’exercer une autre activité professionnelle.
En ce qui concerne la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- la décision en litige ne respecte pas la procédure contradictoire préalable imposée par les dispositions de l’article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision en litige ne répond pas à l’exigence de motivation imposée par les dispositions de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration ;
- la motivation de la décision révèle que le directeur du conseil national des activités privées de sécurité n’a pas pris en considération l’ensemble de son comportement ;
- la décision en litige est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
- la décision est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation ; le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a considéré que sa mise en cause pour des faits de violences avec usage ou menace d’une arme sans incapacité à l’occasion de ses fonctions, le 24 mai 2024, étaient incompatibles avec la poursuite de l’exercice de ses fonctions en qualité d’agent privé de sécurité alors que la procédure judiciaire a fait l’objet d’un classement sans suite au motif « comportement de la victime » et que cette décision n’aurait pas dû être consultable dans le cadre de l’enquête administrative menée par le centre national des activités privées de sécurité conformément aux dispositions de l’article L. 230-8 du code de procédure pénale ; le directeur du conseil national des activités privées de sécurité aurait dû tenir compte des autres éléments relatifs à son comportement : il s’est toujours montré exemplaire sur le plan personnel et professionnel, alors qu’il est agent de sécurité depuis près de vingt ans, et son casier judiciaire est vierge.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 octobre 2025, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
En ce qui concerne la condition tenant à l’urgence :
- la décision du directeur du conseil national des activités privées de sécurité, qui se fonde sur des motifs dont la matérialité est établie, est conforme à sa mission de protection de l’ordre public ;
- en outre, l’urgence ne saurait être caractérisée dès lors que le requérant a attendu deux mois à compter de l’intervention de la décision pour saisir le juge des référés d’une demande de suspension, se maintenant ainsi de son propre chef dans une situation qu’il qualifie d’urgente ;
- M. A... n’établit pas que la condition d’urgence est remplie ; s’il devait être licencié, la rupture de son contrat de travail lui ouvrirait droit à des allocations chômage.
En ce qui concerne la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- le centre national des activités privées de sécurité n’est pas tenu, statuant sur une demande de titre, de respecter le principe du contradictoire, s’agissant d’une mesure de police administrative répondant à un but d’intérêt général ou pour le maintien de l’ordre public ; le requérant pouvait par ailleurs formuler ses observations en formant un recours gracieux auprès du directeur du centre national des activités privées de sécurité ;
- la décision litigieuse est suffisamment motivée : elle vise les dispositions textuelles sur lesquelles elle se fonde et énonce de façon claire et précise les éléments ayant conduit au rejet de la demande de titre du requérant ;
- les dispositions de l’article 230-8 du code de procédure pénale s’appliquent aux faits ayant donné lieu à une décision de classement sans suite ; il résulte des éléments recueillis au cours de l’instruction de sa demande que les faits sont récents et ont été classés sans suite après régularisation sur demande du parquet ; leur matérialité est établie et reconnue par l’intéressé qui a admis avoir jeté son téléphone et ses clés au visage de la victime ;
- M. A... a été mis en cause pour des faits de violence avec usage ou menace d’une arme sans incapacité, contraires à l’exigence déontologique particulièrement élevée attendue de lui au regard de ses fonctions d’agent de sécurité privée ;
- les agissements commis par le requérant sont incompatibles avec l’exercice de cette profession réglementée dont il appartient au centre national des activités privées de sécurité de veiller à la moralité ;
- les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte ne pourront qu’être rejetées par voie de conséquence, et, en tout état de cause, aucune délivrance de titre, même provisoire, ne saurait intervenir sans un nouvel examen de la situation du requérant au regard de l’ensemble des conditions requises.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2507294 enregistrée le 14 octobre 2025 tendant à l’annulation de la décision contestée.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bouisset, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l’audience publique du 27 octobre 2025 à 14 heures en présence de Mme Tur, greffière d’audience, Mme Bouisset a lu son rapport et a entendu :
- les observations de Me Lafon-Bailly substituant Me Labro, représentant M. A..., qui a repris en les précisant les moyens développés dans ses écritures et insisté sur l’urgence en indiquant que le requérant a attendu d’obtenir le motif du classement sans suite du parquet, dont il n’a été destinataire que le 19 septembre 2025, pour saisir le juge des référés. Elle souligne que M. A..., de nationalité albanaise, s’est formé à ce métier d’agent de sécurité qu’il exerce depuis environ vingt ans sans aucune difficulté, que son employeur a d’ailleurs fourni une attestation de moralité alors même qu’il n’ignore rien des faits de violences puisqu’il se sont produits au sein de l’Intermarché où M. A... travaille ; elle mentionne également que le centre national des activités privées de sécurité était tenu de respecter la procédure contradictoire préalable, la circonstance que le requérant n’ait pas exercé de recours gracieux étant sans incidence et que le classement sans suite figurant au fichier du traitement des antécédents judiciaires n’était pas consultable sans autorisation préalable du procureur de la République ; enfin, elle souligne que la gravité des faits pour lesquels M. A... a été mis en cause est à relativiser.
- le conseil national des activités privées de sécurité n’étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A... a été mis en possession d’une carte d’agent de sécurité le 19 juin 2020. Par courrier en date du 2 juillet 2025, M. A... a sollicité du directeur du centre national des activités privées de sécurité l’autorisation préalable d’accéder à une formation en vue de voir renouveler sa carte professionnelle. Par une décision du 20 août 2025, le directeur du conseil national des activités privées de sécurité lui a refusé la délivrance de l’autorisation préalable au motif que les faits de violence avec usage ou menace d’une arme sans incapacité pour lesquels il a été mis en cause le 24 mai 2024 dans l’exercice de ses fonctions étaient incompatibles avec la poursuite de l’exercice de ses fonctions d’agent de sécurité privée, soumis à des exigences déontologiques particulièrement élevées. M. A... demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision du 20 août 2025.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».
3. Aucun des moyens invoqués par M. A... à l’encontre de la décision attaquée, tels qu’ils ont été visés ci-dessus, n’est manifestement de nature, en l’état de l’instruction, à créer un doute sérieux quant à sa légalité. Par suite, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l’existence d’une situation d’urgence, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à la suspension de cette décision.
Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :
4. La présente décision, qui rejette les conclusions du requérant à fin de suspension sous astreinte, n’appelle aucune mesure d’exécution. Dès lors, les conclusions à fin d’injonction sous astreinte présentées par M. A... doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre national des activités privées de sécurité, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A... demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au conseil national des activités privées de sécurité.
Fait à Toulouse, 29 octobre 2025.
La juge des référés,
K. BOUISSET
La greffière,
P. TUR
La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation la greffière,