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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2508141

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2508141

mercredi 3 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2508141
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a été saisi par Mme B..., ressortissante camerounaise, d’une requête en annulation du refus de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) de lui accorder les conditions matérielles d’accueil pour demandeur d’asile. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la décision de l’OFII était suffisamment motivée et qu’il ne ressortait pas des pièces du dossier que l’OFII n’aurait pas procédé à un examen individualisé de sa situation. La solution retenue s’appuie sur les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, relatifs aux conditions d’octroi des conditions matérielles d’accueil.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 19 novembre 2025, Mme A... B..., représentée par Me Bachet, demande au tribunal :


1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;


2°) d’annuler la décision du 13 novembre 2025 par laquelle par laquelle l’Office français de l’immigration et de l’intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;


3°) d’enjoindre à l’Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder les conditions matérielles d’accueil et s’agissant de l’allocation pour demandeur d’asile, d’ordonner son paiement rétroactif dans un délai d’un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;


4°) de mettre à la charge de l’Office français de l'immigration et de l'intégration le versement d’une somme de 2 000 euros à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l’Office français de l'immigration et de l'intégration cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.








Elle soutient que :



- la décision est entachée d’un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d’un vice de procédure en ce qu’elle méconnaît les dispositions de l’article L. 522-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.


L’Office français de l’immigration et de l’intégration a produit des pièces enregistrées le 27 novembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné M. Zouad, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Les parties ont régulièrement été averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Zouad ;
- les observations de Me Bachet, représB...kam Tchatat, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- les observatiB...kam Tchatat, qui répond aux questions du magistrat désigné ;
- l’Office français de l'immigration et de l'intégration n’étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.



Considérant ce qui suB...kam Tchatat, ressortissante camerounaise, née le 21 novembre 1992 à Douala (Cameroun), déclare être entrée en France le 20 juin 2025. Elle a sollicité l’asile le
13 novembre 2025 au guichet d’enregistrement de la préfecture de la Haute-Garonne. Par une décision du 13 novembre 2025, dont elle demande l’annulation, l’Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.



Sur l’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (...), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Il y a lieu, eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de l’intéressé, de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique qu’après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, le bénéfice des conditions matérielles d’accueil est totalement reB...kam Tchatat au motif qu’elle n’a pas sollicité l’asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours. Par suite, la décision, qui expose les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que l’Office français de l’immigration et de l’intégration n’aurait pas procédé à un examen complet et individualisé de la situation personnelle et familiale de l’intéressée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 522-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile ».

Il ressort de la fiche d’évaluation de vulnérabilité du 13 novembre 20B...kam Tchatat, à la suite de l’enregistrement de sa demande d’asile, a bénéficié d’un entretien d’évaluation de vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré d’un vice de procédure doit être écarté.

En quatrième et dernier lieu, aux termes de l’article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: « Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / (…) / 4°) Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ». Aux termes de l’article D. 551-17 du même code : « La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 (…) prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée (…) ». Aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

D’une paB...kam Tchatat soutient avoir reçu, de la part de son superviseur de la Croix rouge française, des informations erronées sur les modalités de dépôt d’une demande d’asile, cette circonstance ne saurait constituait un motif légitime au sens des dispositions précitées. D’autre part, si l’intéressée se prévaut de son état de vulnérabilité, il ressort de la fiche d’évaluation de vulnérabilité du 13 novembre 2025 qu’elle est hébergée par des bénévoles de la Croix rouge. En outre, elle ne fait pas état de problèmes de santé particuliers. Ainsi, bien que témoignant d’une situation de grande précarité, l’intéressée ne démontre pas être dans une situation de particulière vulnérabilité. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et dispositions susvisées doivent être écartés, tout comme celui tiré de l’erreur manifeste d’appréciation.
Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d’annulation de la décision de l’Office français de l'immigration et de l'intégration du 13 novembre 2025 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

ArticleB...kam Tchatat est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié àB...kam Tchatat, à Me Bachet et au directeur général de l’office français de l'immigration et de l'intégration.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2025.


Le magistrat désigné,
B. Zouad

La greffière,
L. Dispagne





La République mande et ordonne au ministre de l’Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière en chef





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