Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2508200
mercredi 4 novembre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2508200 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CHMANI AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 et 25 novembre 2025, Mme E... J..., représentée par Me Chmani, demande au tribunal :
1) d’annuler l’arrêté du 17 avril 2025 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2) d’enjoindre au préfet de la Haute-Garonne à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et procéder au réexamen de sa situation dans un délai d’un mois à compter du jugement à intervenir ;
3) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 2 000 euros à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle a été prise à l’issue d’une procédure méconnaissant le principe du contradictoire tel que prévu à l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle justifie des conditions pour bénéficier d’une admission exceptionnelle au séjour, dès lors qu’elle justifie notamment exercer un métier en tension ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle a été prise à l’issue d’une procédure méconnaissant le principe du contradictoire tel que prévu par l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour sur laquelle elle se fonde et elle entend solliciter le bénéfice de l’ensemble des moyens précédemment soulevés à cet égard ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu’elle emporte sur sa situation ;
En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle a été prise à l’issue d’une procédure méconnaissant le principe du contradictoire ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et le préfet s’est estimé à tort dans une situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les éléments de sa situation justifiaient qu’un délai supérieur à un mois lui soit accordé ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 décembre 2025, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par ordonnance du 19 décembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 9 janvier 2026.
Par une décision du 22 octobre 2025, Mme J... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont régulièrement été averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Mérard a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme J..., ressortissante algérienne née le 26 mars 1987 à Mostaganem (Algérie), déclare être entrée en France le 22 décembre 2020. Elle a sollicité le 6 septembre 2024 son admission exceptionnelle au séjour en France au titre des métiers en tension. Par l’arrêté attaqué du 17 avril 2025, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision portant refus de séjour vise les textes dont elle fait application, notamment les articles 6 (5°), 7b et 9 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle retrace les conditions d’entrée et de séjour en France de Mme J..., mentionne les principaux éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale. Alors que, le préfet n’était pas tenu de mentionner de façon exhaustive l’ensemble des éléments portés à sa connaissance. Par suite, cette décision est suffisamment motivée en fait et en droit.
3. En deuxième lieu, il ressort des dispositions des articles L. 614-1 et suivants et L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français et le cas échéant les mesures assortissant cette obligation. Dès lors, l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration, qui fixe les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en application de l’article L. 211-2 du même code, ne saurait être utilement invoqué à l'encontre de la décision portant refus de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire doit en conséquence être écarté.
4. En troisième lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ (…) ». L’article L. 435-4 du même code énonce : « A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l'autorité administrative, l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention “ travailleur temporaire ” ou “ salarié ” d'une durée d'un an. / Les périodes de séjour et l'activité professionnelle salariée exercée sous couvert des documents de séjour mentionnés aux articles L. 421-34, L. 422-1 et L. 521-7 ne sont pas prises en compte pour l'obtention d'une carte de séjour temporaire portant la mention “ travailleur temporaire ” ou “ salarié ” mentionnée au premier alinéa du présent article. / Dans l'exercice de sa faculté d'appréciation, l'autorité compétente prend en compte, outre la réalité et la nature des activités professionnelles de l'étranger, son insertion sociale et familiale, son respect de l'ordre public, son intégration à la société française et son adhésion aux modes de vie et aux valeurs de celle-ci ainsi qu'aux principes de la République mentionnés à l'article L. 412‑7. (…) ».
5. D’autre part, aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « (…) / Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus (…) ». Aux termes du b) de l’article 7 du même accord : « Les ressortissants algériens désireux d’exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d’usage et sur présentation d’un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l’emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention « salarié » : cette mention constitue l’autorisation de travail exigée par la législation française. » Enfin, le deuxième alinéa de l’article 9 de cet accord prévoit : « Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles (…) 7 (…) les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d’un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ».
6. Les stipulations de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d’une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s’installer en France. Les articles L. 435-1 à L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui portent sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles ils renvoient, sont relatifs aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France et ne s’appliquent ainsi pas aux ressortissants algériens, dont la situation est, comme il vient d’être dit, régie de manière exclusive par l’accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968. Si cet accord ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n’interdisent toutefois pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l’ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit en usant du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour apprécier, compte tenu de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation.
7. D’une part, Mme J... se prévaut de son intégration professionnelle et produit un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d’assistante de vie du 1er octobre 2023 et ayant pris fin le 2 septembre 2025, ainsi que des bulletins de salaire entre octobre 2023 et octobre 2025. Toutefois, cette expérience, même dans un métier en tension, n’est pas suffisamment ancienne et stable pour constituer un motif exceptionnel de nature à justifier une mesure de régularisation par le travail. D’autre part, il ressort des pièces du dossier, qu’à la date de l’arrêté attaqué, le fils de Mme J..., âgé de 14 ans, était scolarisé en France depuis cinq ans. Toutefois, il n’est pas établi que cet enfant serait dans l’impossibilité de poursuivre sa scolarité en Algérie. De plus, si l’époux de Mme J... est titulaire d’un titre de séjour portugais, cela ne suffit pas à lui donner un droit au séjour en France. En outre, si elle se prévaut de la présence en France de membres de sa famille, elle ne démontre pas être dépourvue de tout lien dans son pays d’origine où elle a vécu jusqu’à l’âge de trente-trois ans et où, la cellule familiale qu’elle constitue avec son fils a vocation à se reconstituer. Enfin, l’ancienneté dont se prévaut l’intéressée ainsi que son intégration professionnelle résultent d’une précédente mesure d’éloignement du 25 février 2022 et d’une interdiction de retour sur le territoire français du 14 juin 2022 qu’elle ne démontre pas avoir exécutées. Dès lors, ces circonstances ne sont pas de nature, à elles seules, à caractériser une situation répondant à des motifs exceptionnels d’admission au séjour. Dans ces conditions, alors qu’elle a été condamnée par le tribunal correctionnel d’Agen le 22 novembre 2022 à une peine de deux mois d’emprisonnement avec sursis pour des faits de vol en réunion, en refusant de délivrer à Mme J... le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne n’a pas entaché sa décision d’illégalité ni commis d’erreur manifeste d’appréciation de sa situation.
8. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les textes dont elle fait application, notamment le 3° et le 4° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle retrace les conditions d’entrée et de séjour en France de Mme J... et mentionne les principaux éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.
10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
11. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant refus de séjour doit être écarté. De même, il résulte de ce qui précède que la requérante n’est pas fondée à solliciter le bénéfice de l’ensemble des moyens précédemment développés à l’appui des conclusions tendant à l’annulation de la décision de refus de délivrance d’un certificat de résidence à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment.
12. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle de la requérante doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire :
13. En premier lieu, dès lors que le délai de trente jours accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français constitue le délai de départ volontaire de droit commun prévu par les dispositions de l’article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une telle décision n’a pas à faire l’objet d’une motivation spécifique, à moins que l’étranger ait expressément demandé le bénéfice d’un délai supérieur à trente jours. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme J... aurait sollicité l’octroi d’un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, ou fait valoir des éléments relatifs à sa situation personnelle justifiant une prolongation de ce délai. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’insuffisante motivation de la décision contestée doit être écarté.
14. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
15. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le moyen tiré de ce que la décision accordant un délai de départ volontaire devrait être annulé par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
16. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen complet de la situation de Mme J..., ni qu’il se serait estimé à tort dans une situation de compétence liée ou qu’il aurait méconnu l’étendue de sa compétence en édictant la décision litigieuse. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
17. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ».
18. Si Mme J... soutient que sa situation personnelle justifie qu’un délai de départ supérieur à trente jours lui soit accordé, elle ne fait état d’aucun élément faisant obstacle à l’organisation de son départ dans ce délai. Il y a lieu dès lors d’écarter le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation qu’aurait commise le préfet en ne lui accordant pas un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
19. En mentionnant dans l’arrêté attaqué, qui vise l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, que Mme J... n’établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à cette même convention en cas de retour dans son pays d’origine, le préfet de la Haute-Garonne a suffisamment motivé la décision fixant le pays de renvoi.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
20. En premier lieu, par un arrêté du 5 décembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la Haute‑Garonne n° 31-2024-583 du 6 décembre 2024, le préfet de la Haute‑Garonne a donné délégation de signature à Mme W..., adjointe à la directrice des migrations et de l’intégration à l’effet de signer, notamment, les décisions défavorables relatives au séjour, les mesures d'éloignement et les décisions qui les assortissent. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.
21. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a relevé que Mme J..., qui fait état d’une présence sur le territoire français de cinq ans, ne justifie pas y disposer pas de liens stables, anciens et intenses. L’arrêté mentionne également qu’elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, alors que ces éléments sont de nature à justifier, dans son principe et sa durée, l’interdiction de retour d’une durée de deux ans, prononcée à son encontre par le préfet de la Haute-Garonne, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n’est pas entachée d’un défaut d’examen.
22. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui tiré de l’erreur manifeste d’appréciation de sa situation doivent être écartés.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 17 avril 2025 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme J... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E... J... et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2026, à laquelle siégeaient :
- Mme Duran-Gottschalk, présidente ;
- Mme Mérard, première conseillère ;
- M. Zouad, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2026.
La rapporteure,
Bénédicte Mérard
La présidente,
Karine Duran-Gottschalk
La greffière,
Lison Dispagne
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 et 25 novembre 2025, Mme E... J..., représentée par Me Chmani, demande au tribunal :
1) d’annuler l’arrêté du 17 avril 2025 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2) d’enjoindre au préfet de la Haute-Garonne à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et procéder au réexamen de sa situation dans un délai d’un mois à compter du jugement à intervenir ;
3) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 2 000 euros à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle a été prise à l’issue d’une procédure méconnaissant le principe du contradictoire tel que prévu à l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle justifie des conditions pour bénéficier d’une admission exceptionnelle au séjour, dès lors qu’elle justifie notamment exercer un métier en tension ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle a été prise à l’issue d’une procédure méconnaissant le principe du contradictoire tel que prévu par l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour sur laquelle elle se fonde et elle entend solliciter le bénéfice de l’ensemble des moyens précédemment soulevés à cet égard ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu’elle emporte sur sa situation ;
En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle a été prise à l’issue d’une procédure méconnaissant le principe du contradictoire ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et le préfet s’est estimé à tort dans une situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les éléments de sa situation justifiaient qu’un délai supérieur à un mois lui soit accordé ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 décembre 2025, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par ordonnance du 19 décembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 9 janvier 2026.
Par une décision du 22 octobre 2025, Mme J... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont régulièrement été averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Mérard a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme J..., ressortissante algérienne née le 26 mars 1987 à Mostaganem (Algérie), déclare être entrée en France le 22 décembre 2020. Elle a sollicité le 6 septembre 2024 son admission exceptionnelle au séjour en France au titre des métiers en tension. Par l’arrêté attaqué du 17 avril 2025, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision portant refus de séjour vise les textes dont elle fait application, notamment les articles 6 (5°), 7b et 9 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle retrace les conditions d’entrée et de séjour en France de Mme J..., mentionne les principaux éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale. Alors que, le préfet n’était pas tenu de mentionner de façon exhaustive l’ensemble des éléments portés à sa connaissance. Par suite, cette décision est suffisamment motivée en fait et en droit.
3. En deuxième lieu, il ressort des dispositions des articles L. 614-1 et suivants et L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français et le cas échéant les mesures assortissant cette obligation. Dès lors, l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration, qui fixe les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en application de l’article L. 211-2 du même code, ne saurait être utilement invoqué à l'encontre de la décision portant refus de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire doit en conséquence être écarté.
4. En troisième lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ (…) ». L’article L. 435-4 du même code énonce : « A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l'autorité administrative, l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention “ travailleur temporaire ” ou “ salarié ” d'une durée d'un an. / Les périodes de séjour et l'activité professionnelle salariée exercée sous couvert des documents de séjour mentionnés aux articles L. 421-34, L. 422-1 et L. 521-7 ne sont pas prises en compte pour l'obtention d'une carte de séjour temporaire portant la mention “ travailleur temporaire ” ou “ salarié ” mentionnée au premier alinéa du présent article. / Dans l'exercice de sa faculté d'appréciation, l'autorité compétente prend en compte, outre la réalité et la nature des activités professionnelles de l'étranger, son insertion sociale et familiale, son respect de l'ordre public, son intégration à la société française et son adhésion aux modes de vie et aux valeurs de celle-ci ainsi qu'aux principes de la République mentionnés à l'article L. 412‑7. (…) ».
5. D’autre part, aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « (…) / Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus (…) ». Aux termes du b) de l’article 7 du même accord : « Les ressortissants algériens désireux d’exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d’usage et sur présentation d’un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l’emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention « salarié » : cette mention constitue l’autorisation de travail exigée par la législation française. » Enfin, le deuxième alinéa de l’article 9 de cet accord prévoit : « Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles (…) 7 (…) les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d’un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ».
6. Les stipulations de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d’une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s’installer en France. Les articles L. 435-1 à L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui portent sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles ils renvoient, sont relatifs aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France et ne s’appliquent ainsi pas aux ressortissants algériens, dont la situation est, comme il vient d’être dit, régie de manière exclusive par l’accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968. Si cet accord ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n’interdisent toutefois pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l’ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit en usant du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour apprécier, compte tenu de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation.
7. D’une part, Mme J... se prévaut de son intégration professionnelle et produit un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d’assistante de vie du 1er octobre 2023 et ayant pris fin le 2 septembre 2025, ainsi que des bulletins de salaire entre octobre 2023 et octobre 2025. Toutefois, cette expérience, même dans un métier en tension, n’est pas suffisamment ancienne et stable pour constituer un motif exceptionnel de nature à justifier une mesure de régularisation par le travail. D’autre part, il ressort des pièces du dossier, qu’à la date de l’arrêté attaqué, le fils de Mme J..., âgé de 14 ans, était scolarisé en France depuis cinq ans. Toutefois, il n’est pas établi que cet enfant serait dans l’impossibilité de poursuivre sa scolarité en Algérie. De plus, si l’époux de Mme J... est titulaire d’un titre de séjour portugais, cela ne suffit pas à lui donner un droit au séjour en France. En outre, si elle se prévaut de la présence en France de membres de sa famille, elle ne démontre pas être dépourvue de tout lien dans son pays d’origine où elle a vécu jusqu’à l’âge de trente-trois ans et où, la cellule familiale qu’elle constitue avec son fils a vocation à se reconstituer. Enfin, l’ancienneté dont se prévaut l’intéressée ainsi que son intégration professionnelle résultent d’une précédente mesure d’éloignement du 25 février 2022 et d’une interdiction de retour sur le territoire français du 14 juin 2022 qu’elle ne démontre pas avoir exécutées. Dès lors, ces circonstances ne sont pas de nature, à elles seules, à caractériser une situation répondant à des motifs exceptionnels d’admission au séjour. Dans ces conditions, alors qu’elle a été condamnée par le tribunal correctionnel d’Agen le 22 novembre 2022 à une peine de deux mois d’emprisonnement avec sursis pour des faits de vol en réunion, en refusant de délivrer à Mme J... le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne n’a pas entaché sa décision d’illégalité ni commis d’erreur manifeste d’appréciation de sa situation.
8. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les textes dont elle fait application, notamment le 3° et le 4° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle retrace les conditions d’entrée et de séjour en France de Mme J... et mentionne les principaux éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.
10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
11. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant refus de séjour doit être écarté. De même, il résulte de ce qui précède que la requérante n’est pas fondée à solliciter le bénéfice de l’ensemble des moyens précédemment développés à l’appui des conclusions tendant à l’annulation de la décision de refus de délivrance d’un certificat de résidence à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment.
12. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle de la requérante doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire :
13. En premier lieu, dès lors que le délai de trente jours accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français constitue le délai de départ volontaire de droit commun prévu par les dispositions de l’article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une telle décision n’a pas à faire l’objet d’une motivation spécifique, à moins que l’étranger ait expressément demandé le bénéfice d’un délai supérieur à trente jours. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme J... aurait sollicité l’octroi d’un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, ou fait valoir des éléments relatifs à sa situation personnelle justifiant une prolongation de ce délai. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’insuffisante motivation de la décision contestée doit être écarté.
14. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
15. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le moyen tiré de ce que la décision accordant un délai de départ volontaire devrait être annulé par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
16. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen complet de la situation de Mme J..., ni qu’il se serait estimé à tort dans une situation de compétence liée ou qu’il aurait méconnu l’étendue de sa compétence en édictant la décision litigieuse. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
17. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ».
18. Si Mme J... soutient que sa situation personnelle justifie qu’un délai de départ supérieur à trente jours lui soit accordé, elle ne fait état d’aucun élément faisant obstacle à l’organisation de son départ dans ce délai. Il y a lieu dès lors d’écarter le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation qu’aurait commise le préfet en ne lui accordant pas un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
19. En mentionnant dans l’arrêté attaqué, qui vise l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, que Mme J... n’établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à cette même convention en cas de retour dans son pays d’origine, le préfet de la Haute-Garonne a suffisamment motivé la décision fixant le pays de renvoi.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
20. En premier lieu, par un arrêté du 5 décembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la Haute‑Garonne n° 31-2024-583 du 6 décembre 2024, le préfet de la Haute‑Garonne a donné délégation de signature à Mme W..., adjointe à la directrice des migrations et de l’intégration à l’effet de signer, notamment, les décisions défavorables relatives au séjour, les mesures d'éloignement et les décisions qui les assortissent. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.
21. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a relevé que Mme J..., qui fait état d’une présence sur le territoire français de cinq ans, ne justifie pas y disposer pas de liens stables, anciens et intenses. L’arrêté mentionne également qu’elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, alors que ces éléments sont de nature à justifier, dans son principe et sa durée, l’interdiction de retour d’une durée de deux ans, prononcée à son encontre par le préfet de la Haute-Garonne, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n’est pas entachée d’un défaut d’examen.
22. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui tiré de l’erreur manifeste d’appréciation de sa situation doivent être écartés.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 17 avril 2025 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme J... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E... J... et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2026, à laquelle siégeaient :
- Mme Duran-Gottschalk, présidente ;
- Mme Mérard, première conseillère ;
- M. Zouad, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2026.
La rapporteure,
Bénédicte Mérard
La présidente,
Karine Duran-Gottschalk
La greffière,
Lison Dispagne
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef