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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2508595

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2508595

mardi 9 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2508595
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKRÜGER

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Toulouse a rejeté la requête de M. B..., ressortissant hongrois, contestant un arrêté préfectoral du 4 décembre 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de circulation de trois ans. La juridiction a écarté les moyens d'incompétence et de défaut de motivation, jugeant l'arrêté suffisamment motivé et signé par une autorité compétente. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire, le tribunal a estimé que le comportement personnel de M. B... constituait une menace pour un intérêt fondamental de la société française au sens de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, justifiant la mesure d'éloignement. Les décisions subséquentes, fondées sur cette obligation, ont été jugées légales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 7 décembre 2025, M. C... B..., représenté par Me Krüger, demande au tribunal :


1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;


2°) d’annuler l’arrêté du 4 décembre 2025 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans ;


3°) de mettre à la charge de l’Etat les entiers dépens du procès et le versement d’une somme de 1 500 euros à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :


En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;


En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation dès lors qu’il n’est pas établi que son comportement passé constituerait une menace pour un intérêt fondamental de la société française ;


En ce qui concerne les décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de circulation sur le territoire français :

- elles sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou portant refus de délai de départ sur lesquelles elles se fondent.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2025, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.


Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Gigault, première conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Les parties ont régulièrement été averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Gigault,
- les observations de M. B..., assisté de Mme A..., interprète en langue hongroise, qui répond aux questions de la magistrate désignée,
- le préfet de la Haute-Garonne n’étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.



Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant hongrois né le 4 juin 1990 à Nagyatad (Hongrie), déclare être entré en France en 2022. Par un arrêté du 4 décembre 2025, dont il demande l’annulation, le préfet de la Haute-Garonne l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ». Il y a lieu, eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de l’intéressé, de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.





Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

En premier lieu, par un arrêté du 5 décembre 2024 publié le 6 décembre 2024 au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2024-583, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme D... E..., cheffe du bureau de l’éloignement et du contentieux, pour signer les décisions d’éloignement ainsi que les décisions les assortissant et la mise à exécution de ces décisions. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté contesté doit être écarté.

En second lieu, l’arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 251-1 et L.251-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il rappelle la nationalité hongroise de M. B..., les éléments principaux de sa situation familiale sur le territoire français ainsi que les faits pour lesquels il a été condamné par l’autorité judiciaire. Il mentionne également qu’en raison de la nature des faits commis et du risque de récidive, il y a urgence à éloigner l’intéressé du territoire français. Il examine les éléments principaux de la situation de l’intéressé au regard d’une interdiction de circulation sur le territoire français. L’autorité préfectorale n’était pas tenue de reprendre de façon exhaustive l’ensemble des éléments de la situation personnelle de M. B.... Par suite le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 251-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : (…) / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; (…) L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ».

En application de ces dispositions, il appartient à l’autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d’une infraction à la loi, d’examiner, d’après l’ensemble des circonstances de l’affaire, si la présence de l’intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.








Il ressort des pièces du dossier que M. B... a été condamné le 27 novembre 2024 à une peine de quatre mois d’emprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel de Toulouse, pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité en présence d’un mineur. Ce sursis a été révoqué par un jugement du 31 juillet 2025 du même tribunal en raison d’une nouvelle condamnation de l’intéressé pour des faits identiques commis le 27 juillet 2025 et pour lesquels une nouvelle condamnation de quatre mois d’emprisonnement avec maintien en détention a été prononcée. Ces éléments, au regard de leur gravité, de leur caractère récent et de leur répétition, caractérisent une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l’encontre d’un intérêt fondamental de la société française. Par ailleurs, M. B... ne se prévaut d’aucune attache familiale autre que la cellule familiale qu’il formait avec sa compagne, victime des violences conjugales pour lesquelles il a été condamné, et leur fille, pour laquelle il ne justifie d’aucune participation à son entretien et son éducation alors qu’il a déclaré à l’audience que l’enfant avait été confiée à l’aide sociale à l’enfance. Par suite, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article L.251-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.

En ce qui concerne les autres décisions :

Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le requérant n’est pas fondé à soutenir que les décisions assortissant celle portant obligation de quitter le territoire français seraient illégales en raison de l’illégalité de cette décision.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 4 décembre 2025 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B..., à Me Krüger et au préfet de la Haute-Garonne.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2025.

La magistrate désignée,
Stéphanie Gigault

Le greffier,
Baptiste Roets


La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière en chef

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