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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2508901

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2508901

vendredi 26 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2508901
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOUBOUL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse annule la décision du 9 décembre 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé d'accorder à Mme A..., ressortissante turque enceinte, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le tribunal retient que l'OFII n'a pas pris en compte la vulnérabilité de la requérante, pourtant exigée par l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), en raison de son état de grossesse et de sa qualité de mère d'un jeune enfant. En conséquence, la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Le tribunal enjoint à l'OFII de réexaminer la situation de Mme A... dans un délai de huit jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 16 décembre 2025, Mme B... A..., représentée par Me Touboul, demande au tribunal :


1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;


2°) d’annuler la décision du 9 décembre 2025 par laquelle l’Office français de l’immigration et de l’intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;


3°) d’enjoindre à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de procéder au versement de l’allocation pour demandeur d’asile à titre rétroactif à compter du 9 décembre 2025, dans un délai de
quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de
100 euros par jour de retard ;


4°) de mettre à la charge de l’Office français de l'immigration et de l'intégration le versement d’une somme de 2 000 euros à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.








Elle soutient que :



- la décision a été prise à l’issue d’une procédure méconnaissant les dispositions de l’article L. 522-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’il n’a pas été procédé à un examen de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l’article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a régulièrement été communiquée à l’Office français de l'immigration et de l'intégration qui n’a pas produit d’observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Gigault, première conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Les parties ont régulièrement été averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Gigault,
- les observations de Me Touboul, représentant Mme A..., qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,
- les observations de Mme A..., assistée de Mme C..., interprète en langue turque, qui répond aux questions de la magistrate désignée,
- l’Office français de l'immigration et de l'intégration n’étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.



Considérant ce qui suit :

Mme A..., ressortissante turque, née le 9 décembre 2025 à Hinis (Turquie), a sollicité l’asile le 9 décembre 2025. Par une décision du même jour, dont elle demande l’annulation, l’Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur l’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (...), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Il y a lieu, eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de l’intéressée, de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 522-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ». Aux termes du dernier alinéa de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ».

Pour refuser d’accorder à Mme A... le bénéfice des conditions matérielles d’accueil, l’Office français de l'immigration et de l'intégration a retenu que l’intéressée n’avait pas demandé l’asile dans le délai légal de quatre-vingt-dix jours suivant son arrivée sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et sans que cela soit contesté, que Mme A..., mère d’un premier enfant né en 2023, est actuellement enceinte de son deuxième enfant. Dans ces conditions, et alors qu’il n’est pas démontré que Mme A... bénéficierait de conditions d’accueil adaptées à sa situation de mère et à son état de grossesse, il y a lieu de retenir que l’intéressée se trouve dans une situation de vulnérabilité au sens des dispositions précitées. Ainsi, dans les circonstances très particulières de l’espèce, la requérante est fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article
L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A... est fondée à demander l’annulation de la décision du
9 décembre 2025 par laquelle l’Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Le présent jugement implique qu’il soit enjoint à l’Office français de l'immigration et de l’intégration d’accorder à Mme A... le bénéfice des conditions matérielles d’accueil dans un délai de cinq jours à compter de la notification du présent jugement. Il y a également lieu d’enjoindre à l’Office français de l'immigration et de l’intégration de lui verser l’allocation de demandeur d’asile à titre rétroactif à compter du 9 décembre 2025, date de la décision attaquée, et ce dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l’espèce il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction de l’astreinte demandée par Mme A....

Sur les frais liés au litige :

Sous réserve de l’admission définitive de Mme A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Touboul à percevoir la part contributive de l’Etat, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Office français de l'immigration et de l’intégration le versement à Me Touboul d’une somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera directement versée.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A... est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 9 décembre 2025 de l’Office français de l’immigration et de l’intégration est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l’Office français de l’immigration et de l’intégration d’accorder à Mme A... le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de cinq jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Il est enjoint à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de procéder au bénéfice de Mme A... au versement de l’allocation de demandeur d’asile à titre rétroactif, à compter du 9 décembre 2025, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : Sous réserve de l’admission définitive de Mme A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Touboul à percevoir la part contributive de l’Etat, l’Office français de l'immigration et de l’intégration versera à Me Touboul une somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera directement versée.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à Me Touboul et à l’Office français de l'immigration et de l'intégration.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2025.


La magistrate désignée,
S. Gigault

La greffière,
L. Dispagne



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière en chef

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