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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2509214

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2509214

vendredi 2 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2509214
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSAIHI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a annulé l'arrêté du 26 décembre 2025 par lequel le préfet du Var fixait le pays de renvoi de M. A... B..., ressortissant tunisien, en exécution d'une interdiction judiciaire du territoire. La décision a été annulée pour vice de forme, l'arrêté ne comportant pas la mention en caractères lisibles du prénom, du nom et de la qualité du signataire, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Le tribunal a également admis le requérant au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle et condamné l'État à verser 1 000 euros à son avocat au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 31 décembre 2025, M. C... A... B..., représenté par
Me Saihi, demande au tribunal :


1) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;


2) d’annuler l’arrêté du 29 décembre 2025 par lequel le préfet du Var a fixé le pays de renvoi en exécution d’une peine d’interdiction judiciaire du territoire d’une durée de cinq ans ;


3) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 1 200 euros à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


Il soutient que :

- l’arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;
- il a été pris à l'issue d'une procédure méconnaissant le principe du contradictoire et son droit d’être entendu ;
- il est entaché d’un défaut d’examen de sa situation ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 décembre 2025, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.


Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.



Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné M. Zouad, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Les parties ont régulièrement été averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Zouad ;
- les observations de Me Saihi, représentant M. A... B..., qui conclut aux mêmes fins et soulève un nouveau moyen tiré du vice de forme au regard des dispositions de l’article L.212-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- les observations de M. A... B..., assisté de M. D... interprète en langue arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,
- le préfet du Var n’étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

M. A... B..., ressortissant tunisien né le 2 octobre 2006 à Sousse (Tunisie), déclare être entré en France au cours de l’année 2021. Par un jugement du 19 août 2025 du tribunal correctionnel de Nice, il a été condamné à une peine de huit mois d’emprisonnement et à une peine complémentaire d’interdiction du territoire français pour une durée de cinq ans. Par l’arrêté attaqué du 26 décembre 2025, le préfet du Var a fixé le pays de renvoi en exécution de cette interdiction judiciaire du territoire français.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (...), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Il y a lieu, eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de l’intéressé, de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Aux termes de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ».

Il ressort des pièces du dossier, notamment de l’arrêté contesté, que celui-ci ne comporte pas la mention en caractères lisibles du prénom, du nom et de la qualité du signataire de l’acte. Par suite, M. A... B... est fondé à soutenir que l’arrêté contesté est entaché d’un vice de forme.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l’arrêté du préfet du Var fixant le pays de destination en exécution d’une peine d’interdiction judiciaire du territoire doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

Sous réserve de l’admission définitive de M. A... B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Saihi à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, ce dernier versera à Me Saihi une somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :

Article 1er : M. A... B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L’arrêté du préfet du Var du 26 décembre 2025 est annulé.

Article 3 : Sous réserve de l’admission définitive de M. A... B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Saihi à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, ce dernier versera à Me Saihi une somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... B..., à Me Saihi et au préfet du Var.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2026.


Le magistrat désigné,
B. Zouad

Le greffier,
B. Roets



La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière en chef



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