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Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2600596

mercredi 4 novembre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2600596
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantGALINON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2026, M. B... O..., représenté par Me Galinon, demande au tribunal :

1) d’annuler l’arrêté du 16 juin 2025 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2) d’enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 2 000 euros à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- il n’est pas établi que l’avis du collège des médecins de l’OFII du 26 mai 2025 et le rapport médical du 18 mars 2025 soient réguliers au regard des articles R. 425-12 et R. 425-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son traitement n’est pas disponible en Angola ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour sur laquelle elle se fonde ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation, dès lors qu’il a fixé le centre de ses intérêts personnels en France ;

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;
- elle est disproportionnée au regard du suivi médical dont il dispose en France.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2026, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.



Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.


La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont régulièrement été averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Zouad ;
- et les observations de Me Galinon, représentant M. O....







Considérant ce qui suit :

1. M. O..., ressortissant angolais né le 10 décembre 1980 à Uige (Angola), déclare être entré en France le 27 octobre 2019. Le 10 janvier 2025, il a sollicité son admission au séjour en France au titre de son état de santé. Par l’arrêté attaqué du 16 juin 2026, le préfet de la
Haute-Garonne a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l’article R. 425-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le rapport médical mentionné à l’article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l’immigration et de l’intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre (…). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Le collège de médecins peut entendre et, le cas échéant, examiner le demandeur et faire procéder aux examens estimés nécessaires (…) ». Aux termes de l’article R. 425-13 du même code : « Le collège à compétence nationale mentionné à l’article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l’immigration et de l’intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / (…) L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate ».

3. Il ressort de l’avis du collège des médecins de l’OFII émis le 26 mai 2025 que, selon ses mentions qui font foi jusqu’à preuve du contraire, celui-ci a été rendu après une délibération collégiale, par un collège de trois médecins dont les noms et prénoms apparaissent de façon lisible, parmi lesquels la rapporteure du dossier, le Dr R..., ne figurait pas. Par ailleurs, le Dr R... appartient au service médical de l’OFII, comme cela ressort de la signature du rapport médical qu’elle a établi le 18 mars 2025. Aucune des dispositions précitées n’impose à l’OFII de mentionner la spécialité du médecin rapporteur ni celle des médecins composant le collège ayant rendu l’avis en cause. Enfin, aucune disposition n’impose au collège de médecins de procéder à l’examen du demandeur avant de rendre son avis, la faculté de procéder à un tel examen, prévue à l’article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, étant laissée à l’appréciation du collège des médecins. En outre, si les dispositions de l’article
R. 425-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoient que l’avis du collège de médecins de l’OFII est rendu dans un délai de trois mois à compter de la transmission par le demandeur des éléments médicaux adéquats, le respect de ce délai n’est pas prescrit à peine d’illégalité de la décision prise au regard de cet avis. Dès lors, le moyen tiré de ce que la procédure serait irrégulière doit être écarté.





4. En second lieu, aux termes de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (…) La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. (…) ».

5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l’une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l’abstention d’une des parties à produire les éléments qu’elle est seule en mesure d’apporter et qui ne sauraient être réclamés qu’à elle-même, d’apprécier si l’état de santé d’un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité, sous réserve de l’absence d’un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d’un avis du collège de médecins du service médical de l’Office français de l’immigration et de l’intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l’existence, ou l’absence, d’un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d’un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l’autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d’apprécier l’état de santé de l’étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d’un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d’apprécier si l’état de santé d’un étranger justifie la délivrance d’un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. Pour rejeter la demande d’admission au séjour de M. O..., le préfet de la Haute‑Garonne s’est fondé sur l’avis du collège des médecins de l’Office français de l'immigration et de l'intégration du 26 mai 2025, selon lequel l’état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité, mais qu’eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d’origine, il peut y bénéficier d’un traitement approprié. Le préfet a en outre considéré que l’intéressé n’apportait aucun élément de nature à remettre en cause la disponibilité et l’accessibilité des soins que son état de santé requiert dans son pays d’origine. Le requérant, qui a levé le secret médical, justifie souffrir d’une hémiplégie séquellaire et de lésions ischémiques profondes à la suite d’un accident vasculaire cérébral en 2017. Toutefois, les certificats médicaux détaillant sa pathologie et sa prise en charge en France, rédigés en des termes non circonstanciés et imprécis quant à la disponibilité du traitement en Angola, ne permettent pas d’établir qu’il ne pourrait recevoir un traitement approprié dans son pays d’origine. De même, la circonstance que certaines molécules composant son traitement ne figurent pas sur la liste des médicaments essentiels présents en Angola n’est pas de nature à établir l’absence de ces molécules en Angola. Dans ces conditions, M. O... ne démontre pas être dans l’impossibilité d’accéder à des soins adaptés dans son pays d’origine. Par suite, en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute‑Garonne n’a pas commis d’erreur d’appréciation au regard des dispositions précitées de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.



En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ». Pour l’application des stipulations précitées, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.

9. M. O..., qui ne justifie pas disposer d’attaches personnelles ou familiales intenses et stables sur le territoire français, ni d’une intégration particulière, n’est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaîtrait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire :

10. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le moyen tiré de ce que la décision accordant un délai de départ volontaire devrait être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi devrait être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6, que M. O... ne dispose pas d’un droit au séjour au regard de son état de santé et qu’il ne justifie d’aucune circonstance humanitaire particulière. Dès lors, il n’est pas fondé à soutenir qu’en l’interdisant de retour sur le territoire français pour une durée d’un an, le préfet de la Haute-Garonne aurait pris une décision disproportionnée au regard des conséquences de celle-ci sur sa situation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 16 juin 2026 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l’application de l’article
L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. O... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... O... et au préfet de la Haute-Garonne.




Délibéré après l'audience du 14 octobre 2026, à laquelle siégeaient :
- Mme Duran-Gottschalk, présidente ;
- Mme Mérard, première conseillère ;
- M. Zouad, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2026.


Le rapporteur,



Bachir Zouad
La présidente,



Karine Duran-Gottschalk


La greffière,



Lison Dispagne

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière en chef