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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2004938

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2004938

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2004938
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantRIVIERE | AVOCATS | ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 29 octobre 2020, le 2 avril 2021 et le 10 mai 2021, la société par actions simplifiées (SAS) Lymo, représentée par Me Bonneau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2020 par lequel le maire de Pessac a refusé de lui délivrer un permis de construire portant sur la démolition d'une maison individuelle et l'édification de 12 logements T4 avec un parc de stationnement souterrain, sur la parcelle cadastrée section KB n° 69 située 31 bis rue Descartes ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer ce permis ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Pessac la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 2.2.1 du règlement de la zone UM5 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors que l'emprise bâtie du projet, qui ne comprend pas la surface du local à vélo, est inférieure à 40 % de la superficie du terrain ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 2.4.1.1 du même règlement, le projet s'insérant harmonieusement dans son environnement ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 2.4.4.4 de ce règlement, le nombre d'arbres étant suffisant sur la parcelle au regard de leur développement ;

- il est entaché d'une erreur de fait en ce qui concerne la largeur de l'accès et l'existence d'un feu de circulation, et méconnaît les dispositions de l'article 3.2.2 de ce règlement, l'accès permettant d'assurer la sécurité de ses utilisateurs ainsi que celle des usagers des voies.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 4 mars 2021 et le 27 avril 2022, la commune de Pessac conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance 1er juin 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 juillet 2021.

Une note en délibéré présentée par la SAS Lymo, enregistrée le 28 septembre 2022, n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public,

- les observations de Me Guirriec, représentant la SAS Lymo,

- et les observations de Mme B, représentant la commune de Pessac.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiées Lymo demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 août 2020 par lequel le maire de Pessac a refusé de lui délivrer un permis de construire portant sur la démolition d'une maison individuelle et l'édification de 12 logements T4 avec un parc de stationnement souterrain sur la parcelle cadastrée section KB n° 69 située 31 bis rue Descartes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-131 du 20 juillet 2020, le maire de Pessac a consenti à M. A D, adjoint délégué à l'urbanisme et aux équipements publics, une délégation à l'effet de signer notamment les actes relatifs aux autorisations d'occupation du sol. Il ressort des mentions de cet arrêté, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, qu'il a été publié au recueil des actes administratifs de la commune. En outre, par un avis d'affichage du 25 août 2020, le maire certifie avoir fait procéder à l'affichage en mairie du recueil des actes administratifs de la ville du 16 au 31 juillet 2020, qui comprend cet arrêté n° 2020-131. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, en vertu du tableau de l'article 2.2.1 du règlement de la zone UM5 du plan local d'urbanisme relatif aux constructions, installations et aménagements neufs, l'emprise bâtie doit être inférieure ou égale à 40 % de la superficie du terrain. Aux termes de l'article 2.1.1 du même règlement : " L'emprise bâtie fixée au présent règlement diffère de l'emprise au sol définie par le Code de l'urbanisme. / L'emprise bâtie maximale est définie soit par un pourcentage appliqué à la surface du terrain ou par une surface maximum. / L'emprise bâtie correspond à la projection au sol des volumes bâtis. () De même, ne sont pas pris en compte dans l'emprise bâtie : () - les dispositifs voués au stationnement des vélos, couverts et non fermés par des murs pleins ; () ". Le point B31 relatif à l'explication des règles types du rapport de présentation du plan local d'urbanisme précise que : " () les abris ouverts de stationnement des vélos ne sont pas compris dans l'emprise bâtie ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le local à vélos, qui est couvert d'un toit léger, est implanté entre deux bâtiments d'habitation, sur les murs desquels il s'appuie à l'Est et à l'Ouest, et est fermé par des barreaudages gris anthracite au Nord et au Sud. Dans ces conditions, le local à vélos doit être regardé comme non fermé par des murs pleins, et sa surface ne saurait être prise en compte pour le calcul de l'emprise bâtie du projet. Du reste, il est constant que la superficie du terrain d'assiette est de 1 813 m², impliquant une emprise bâtie maximale de 725,20 m², et que l'emprise bâtie du projet, en excluant le local à vélos, est de 724,75 m². Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que le maire de Pessac a fait une inexacte application des dispositions de l'article 2.2.1 du règlement de la zone en estimant que la surface du local à vélos devait être comptabilisée dans l'emprise bâtie et qu'en conséquence l'emprise bâtie du projet dépassait l'emprise bâtie maximale autorisée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 2.4.1.1 du règlement de la zone UM5, relatif aux dispositions générales concernant l'aspect extérieur des constructions : " La situation des constructions, leur architecture, leurs dimensions et leur aspect extérieur doivent être adaptés au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () Matériaux : Les matières réfléchissant la lumière (Albédo élevé) et de teinte claire sont à privilégier afin de limiter le phénomène d'îlot de chaleur. / Le choix des matériaux et des couleurs doit se faire de manière à bien s'intégrer dans le respect de l'environnement bâti. Aucun matériau destiné à être recouvert ne doit rester à nu. () ". Il résulte de ces dispositions que si la construction projetée porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente doit refuser de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus d'une autorisation d'urbanisme ou les prescriptions spéciales accompagnant sa délivrance, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

6. Il ressort des pièces du dossier que le projet s'inscrit dans un quartier dense constitué principalement de maisons individuelles de plain-pied ou en R+1 souvent mitoyennes, de style contemporain sans intérêt architectural particulier, enduites de couleur blanche, parfois rose ou jaune clair. Il ressort également des pièces du dossier que le projet porte sur l'édification de quatre bâtiment, répartis en deux maisons individuelles centrales en R+1 reliées par le local à vélos, et deux bâtiments latéraux en R+1, sur lesquels s'appuient deux maisons plus petites. Ces constructions seront de couleur blanche, à l'exception des pignons, qui seront enduits de couleur jaune clair, orange clair ou rosé, et les menuiseries, portes d'entrées et garde-corps qui seront de couleur gris basalte. Compte-tenu de la fragmentation des bâtiments en plusieurs ensembles de volume modéré, de l'albédo élevé des matériaux des façades, et de la composition contemporaine de qualité des bâtiments, le projet apparaît adapté au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que le maire de Pessac a fait une inexacte application des dispositions de l'article 2.4.1.1 du règlement de la zone UM5 en estimant que le projet, par sa volumétrie, ses couleurs et sa composition, n'est pas adapté au caractère des lieux.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 2.4.4.4 du règlement de la zone UM5, relatif à l'aménagement paysager et aux plantations : " Sont considérés comme : / - arbres de petit développement : les sujets de 4 à 8 m de hauteur à l'âge adulte ; / - arbres de moyen développement : les sujets de 8 à 15 m de hauteur à l'âge adulte ; / - arbres de grand développement : les sujets de plus de 15 m de hauteur à l'âge adulte. Le projet paysager doit s'appuyer sur les caractéristiques du projet de construction (proportions) et les composantes du site préexistant, en tenant compte notamment de l'implantation des constructions avoisinantes, de la forme de la parcelle, de la topographie, des arbres qui participent à la qualité du paysage. Pour les constructions neuves, les EPT requis réglementairement doivent, à minima, comporter un arbre de petit développement pour 40 m² d'espace en pleine terre et/ou un arbre de moyen développement pour 80 m². Toutefois, un projet paysager différent peut être autorisé dès lors que, de manière cumulative : / - il s'appuie sur les masses végétales existantes ; / - il comporte des strates diversifiées (arbres de petit, moyen et/ou de grand développement) et d'essences variées privilégiant les espèces endogènes, dépolluantes et non-allergènes ; / - il comprend un espace d'agrément d'un seul tenant ouvert aux usagers de l'opération. / Lorsqu'un arbre de moyen ou grand développement est coupé lors du projet, un sujet qui aura un gabarit équivalent à l'âge adulte doit être replanté sur le terrain, sous réserve de la conformité aux règles de droit civil et sauf disposition différente liée à une autorisation de défrichement au titre du code forestier. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit l'abattage de onze arbres de petit développement et de six arbres de moyen développement, qui comprennent des espèces locales tels un tilleul, des noisetiers et des cornouillers, ainsi que des espèces exotiques comme des cyprès de Leyland, des troènes ou encore un palmier de chine. Le projet prévoit la conservation d'un magnolia de petit développement et de six arbres de moyen développement, dont les espèces locales précitées, ainsi que la plantation de vingt-six arbres de moyen développement, parmi lesquels des frênes, charmes et érables champêtres, mais également des arbustes hauts tels des buddleias et des viornes obiers ainsi que des arbustes bas tels des spirées, gauras et sauges. La clôture séparative consistera en une ganivelle en bois et une haie de charmes. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les trente-deux arbres de moyen développement et l'arbre de petit développement qui seront plantés ou maintenus sur le terrain d'assiette permettront de couvrir une surface de 2 600 m² pour l'application de l'article 2.4.4.4 cité au point précédent, largement supérieure à la surface de l'espace de pleine terre du projet. D'autre part, il n'est pas contesté que la terrasse implantée sous le houppier du magnolia sera dépourvue de fondations, de sorte qu'elle n'endommagera pas le système racinaire de cet arbre. En outre, il ne ressort des pièces du dossier ni que les trente-deux arbres de moyen développement, consistant en des frênes, des charmes et des érables champêtres, ne seraient pas des espèces locales, seules les espèces arbustives étant majoritairement exotiques, ni que l'implantation de ces arbres serait trop proche des bâtiments pour assurer leur développement futur. Dans ces conditions, et alors que, ainsi qu'il a été dit au point 4, le projet respecte les règles du plan local d'urbanisme relatives à l'emprise, le maire de Pessac ne pouvait légalement estimer que le projet méconnaît les dispositions de l'article 2.4.4.4 du règlement de la zone UM5.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3.2.2 du règlement de la zone UM5 relatif aux conditions d'accès : " Tout accès doit permettre d'assurer la sécurité de ses utilisateurs ainsi que celle des usagers des voies, quel que soit leur mode de déplacement. / Cette sécurité est appréciée compte tenu, notamment, de la position de l'accès, de sa configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. () Pour les constructions à destination de plus d'un logement, et pour les constructions relevant des autres destinations : / - les accès ont une largeur égale à 3m avec une circulation en sens unique alterné ; / - les accès ont une largeur égale à 5.50m avec une circulation à double sens ". Aux termes de l'article 3.2.1 de ce règlement : " L'accès correspond soit à la limite donnant directement sur la voie (portail, porte de garage), soit à l'espace tel que le porche ou la portion de terrain (bande d'accès ou servitude de passage) par lequel les véhicules pénètrent sur le terrain d'assiette du projet depuis la voie de desserte ".

10. Il ressort des pièces du dossier que la circulation des véhicules est régie par deux feux de circulation, situés pour l'un dans le parking souterrain et pour l'autre au niveau du portail d'accès. Il ressort également des pièces du dossier que les deux places de stationnement réservées aux personnes à mobilité réduite sont situées en extérieur, entre les deux feux et sans visibilité sur ceux-ci, de sorte que les véhicules sortant de ces places sont susceptibles d'emprunter la bande de roulement d'une longueur de 30 mètres en direction de la rue Descartes en même temps que des véhicules en provenance de cette voie lorsque le feu d'accès est vert, alors qu'aucune possibilité de croisement n'est aménagée à cet effet. Dans ces conditions, l'accès ne permet pas d'assurer la sécurité des tous les utilisateurs. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par le maire des dispositions de l'article 3.2.2 du règlement de la zone doit être écarté, sans que puissent être envisagées des prescriptions spéciales fondées sur les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, dès lors que cet article ne fonde pas la décision de refus contestée.

11. Il résulte de ce qui précède que trois des motifs retenus par le maire de Pessac, relatifs à l'emprise bâtie du projet, à son insertion dans son environnement et à sa qualité paysagère, sont entachés d'erreurs d'appréciation et d'une erreur de droit. Toutefois, le dernier motif sur lequel il a fondé son refus, relatif à la méconnaissance des dispositions de l'article 3.2.2 du règlement de la zone UM5 relatif aux accès, n'est pas entaché d'illégalité. Il résulte de l'instruction que le maire aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur ce dernier motif. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 31 août 2020 est illégal, et les conclusions à fin d'annulation et d'injonction qu'elle a présentées doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

13. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Pessac, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SAS Lymo demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Lymo est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Lymo et à la commune de Pessac.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pouget, président,

M. Josserand, conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.

Le rapporteur,

L. C Le président,

L. POUGET

La greffière,

M-A. PRADAL

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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