mercredi 20 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2100251 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS SEBAN NOUVELLE AQUITAINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 19 janvier 2021, 17 juin 2022 et 24 juin 2022, le syndicat mixte des Eaux de la Dordogne, représenté par Me Simon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2020 par lequel le préfet de la Dordogne a autorisé le retrait de la communauté d'agglomération Le Grand Périgueux du syndicat mixte des Eaux de le Dordogne ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le retrait a été prononcé à la suite d'une procédure irrégulière dès lors que les membres de la commission départementale de la coopération intercommunale n'ont pas disposé d'informations suffisantes sur le retrait ; la fiche de présentation du projet est lacunaire ;
- la commission a disposé d'un temps insuffisant pour se prononcer ;
- il n'est pas établi que ses membres aient été convoqués conformément aux dispositions de l'article R. 5211-36 du code général des collectivités territoriales ;
- au surplus, la crise sanitaire ayant contraint au report de l'installation des assemblées municipales et communautaire, le projet a été voté dans la précipitation ;
- l'arrêté attaqué n'est pas motivé ;
- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation : les conditions techniques et financières du retrait des communes concernées n'ont pas été étudiées et il n'est pas certain qu'elles bénéficient d'un service de qualité équivalente et du même tarif. Depuis 2017, tous ses usagers paient un tarif unique. Le retrait autorisé va complexifier le service de l'eau. Le nouveau syndicat chargé de les accueillir n'a ni ses structures, ni son expérience. Il va devoir gérer des sources karstiques et donc des ressources en eau difficile à gérer. Le changement de maîtrise d'ouvrage sur le réseau ne permettra pas d'avoir une connaissance parfaite du réseau ce qui aura des conséquences en matière de santé publique et de responsabilité. La communauté d'agglomération du Grand Périgueux est dans une situation financière très dégradée et ne pourra à bien mener son projet de reprise du service de l'eau.
- à son égard, l'arrêté attaqué représente moins de communes et 52 % en moins d'abonnés et 79 000 euros HT de pertes financières et dans le cadre du retrait du nouveau syndicat crée, la perte s'élèverait à 306 000 euros ;
- le projet n'est pas en conformité avec le schéma département de coopération intercommunale de la Dordogne ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où le retrait a pour effet de rompre le principe de continuité territoriale.
Par un mémoire enregistré le 17 février 2021, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Par des mémoires enregistrés les 18 janvier 2022 et 24 juin 2022, la communauté d'agglomération Le Grand Périgueux, représentée par Me Lebouedec, conclut au rejet de la requête du syndicat mixte des eaux de la Dordogne et à ce qu'il soit à la charge du syndicat mixte des eaux de la Dordogne la somme de 5000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.
Vu :
- code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
- Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Paz, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Gicquel, représentant le syndicat mixte de la Dordogne, de Me Negre, représentant la communauté d'agglomération le Grand Périgueux et de Mme A, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. En application de l'article 66 de la loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République (loi NOTRe), la communauté d'agglomération Le Grand Périgueux est devenue compétente en matière d'eau potable à compter du 1er janvier 2020. Ce transfert de compétence a eu pour effet de la substituer à certaines de ses communes membres au sein du syndicat mixte des eaux de la Dordogne (SMED 24). Par une délibération du 17 septembre 2020, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Le Grand Périgueux a décidé de demander son retrait du SMDE 24. Après avoir recueilli le 11 décembre 2020 l'avis de la commission départementale de la coopération intercommunale, le préfet de la Dordogne a autorisé, par un arrêté du 18 décembre 2020, le retrait de la communauté d'agglomération Le Grand Périgueux du SMDE 24. Dans la présente instance, le SMDE 24 demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne l'obligation de motivation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 5216-7 du code général des collectivités territoriales : " () V. - Par dérogation aux I, II et III du présent article, lorsqu'un syndicat exerçant une compétence en matière d'eau ou d'assainissement des eaux usées ou de gestion des eaux pluviales urbaines regroupe des communes appartenant à des établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre à la date du transfert de cette compétence à la communauté d'agglomération, la communauté d'agglomération est substituée, au sein du syndicat, aux communes qui la composent, dans les conditions prévues au second alinéa du I. Toutefois, après avis de la commission départementale de la coopération intercommunale, le représentant de l'Etat peut autoriser la communauté d'agglomération à se retirer du syndicat au 1er janvier de l'année qui suit la date du transfert de la compétence, dans les conditions prévues au premier alinéa du même I. ".
3. Ces dispositions, sur le fondement desquelles le préfet de la Dordogne a fait droit à la demande de retrait de la communauté d'agglomération Le Grand Périgueux, ni aucune autre disposition légale ou réglementaire n'imposaient au préfet de motiver son arrêté, lequel comporte au demeurant les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 5211-45 du code général des collectivités territoriales : " () La commission départementale de la coopération intercommunale est " consultée par le représentant de l'Etat dans le département sur toute demande de retrait en application () de l'article L. 5214-26 () ". Aux termes de l'article R. 5211-35 du même code : " Les dispositions des articles R. 5211-36 à R. 5211-40 s'appliquent à la formation plénière et à la formation restreinte de la commission départementale de la coopération intercommunale ". Aux termes de l'article R. 5211- 36 du même code : " Le préfet convoque la commission départementale de la coopération intercommunale. La convocation est adressée aux membres de la formation concernée par écrit et à domicile cinq jours au moins avant le jour de la réunion, accompagnée de l'ordre du jour et d'un rapport explicatif pour chaque affaire inscrite à l'ordre du jour. En cas d'urgence, ce délai peut être réduit à trois jours ". Aux termes de l'article 3 du règlement intérieur de la commission départementale de la coopération intercommunale de la Dordogne : " () Cette transmission peut être effectuée par envoi dématérialisé à l'adresse de messagerie fournie par chaque membre () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que les convocations des membres de la commission départementale de coopération intercommunale de la Dordogne leur ont été adressées le 4 décembre 2020, par courriel et par voie postale, soit cinq jours avant la réunion de la commission, fixée le 11 décembre 2020. Cette convocation était accompagnée de l'ordre du jour et d'un rapport explicatif relatif au projet de retrait litigieux. Ce rapport informait les membres de la formation restreinte de la commission du contexte de la demande de retrait, rappelant notamment le transfert obligatoire de la compétence " eau " aux communautés d'agglomération, le cadre juridique, et plus précisément, la mise en œuvre de la procédure dérogatoire prévue à l'article L. 5216-7 du code général des collectivités territoriales, et la date effective du retrait. Le rapport abordait par ailleurs les conséquences financières et patrimoniales du retrait, précisant qu'il s'opérerait dans les conditions fixées à l'article L. 5211-25-1 du code général des collectivités territoriales. Au surplus, il ressort du procès-verbal de la séance de la commission départementale du 11 décembre 2020 que le président du SMDE 24 a été entendu par les membres de cette commission et a pu les éclairer sur des aspects non traités par le rapport explicatif. Dans ces conditions, le moyen de ce que la commission départementale n'aurait pas été régulièrement consultée doit être écarté.
6. En troisième lieu, le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle restreint sur l'appréciation à laquelle se livre le représentant de l'État dans le département pour décider, sur le fondement des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales, de délimiter le périmètre territorial des établissements publics de coopération intercommunale.
7. Le syndicat requérant soutient d'une part que le préfet n'a pas apprécié les impacts du retrait sur le fonctionnement du service de l'eau et l'a autorisé sans avoir acquis la certitude que les communes membres de la communauté d'agglomération Le Grand Périgueux bénéficieront d'un service équivalent et au même tarif. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le retrait de la communauté d'agglomération Le Grand Périgueux n'implique aucune séparation physique des réseaux, ne présente aucune difficulté technique supplémentaire tenant à la présence de sources karstiques, ni aucune rupture de la chaîne de contrôle. Il ne compromet pas davantage le principe de continuité territoriale dans la mesure où l'exploitation du service public d'alimentation en eau potable est confiée à des concessionnaires et se poursuivra dans le même cadre. En outre, il résulte du dossier exposant le projet de gouvernance de la compétence " eau " que le SMDE 24 ne pratiquait pas un tarif unique de l'eau pour les communes composant la communauté d'agglomération, ce que le retrait en litige permettra d'obtenir à moyenne échéance.
8. D'autre part, le syndicat requérant soutient que le retrait de la communauté d'agglomération aurait pour effet de lui retirer une part important de ses abonnés et occasionnerait une perte financière importante. Cependant, le niveau de ressources du syndicat requérant doit être apprécié au regard des compétences et des projets d'investissements en cours et tenir compte, également, de la diminution des frais de fonctionnement pour la compétence eau potable du syndicat entraîné par le départ des huit communes membres de la communauté d'agglomération. Il ressort du dossier exposant le projet de gouvernance de la compétence " eau " que le taux de renouvellement annuel actuel des structures existantes est relativement faible, et il convient en outre de tenir compte des conditions du partage patrimonial à intervenir sur le fondement des dispositions de l'article L. 5211-25-1 du code général des collectivités territoriales, et du possible versement d'une indemnité compensatrice par les communes partantes. Il ressort également des pièces du dossier que si le parti pris retenu par la communauté d'agglomération consiste à assurer une gestion intégrale de la gestion de la compétence en matière d'eau potable par l'intermédiaire du nouveau syndicat " Eau Cœur de Périgord " créé par un arrêté du même jour, il est aussi de préserver la compétence obligatoire " protection des ressources " appartenant au syndicat requérant, ce qui lui procura des ressources proches de 244 000 euros par an. Enfin, contrairement à ce que soutient le syndicat requérant, la communauté d'agglomération s'est dotée de moyens supplémentaires en recrutant sept nouveaux agents, et envisage d'affecter des agents au nouveau syndicat " Eau Cœur de Périgord ", de maintenir les contrats de concession pour l'exploitation du réseau, ainsi que la convention avec le syndicat requérant en ce qui concerne la compétence " protection de la ressource ". Dans ces conditions, il n'apparaît pas que le retrait litigieux conduira à un déséquilibre financier du SMDE, ni la communauté d'agglomération Le Grand Périgueux ne serait pas en mesure de gérer la compétence considérée. Les moyens tirés de ce que l'arrêté du 18 décembre 2020 serait entaché d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation doivent par suite être écartés.
9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 5210-1-1 du code général des collectivités territoriales : ".I -Dans chaque département, il est établi, au vu d'une évaluation de la cohérence des périmètres et d'un état des lieux de la répartition des compétences des groupements existants et de leur exercice, un schéma départemental de coopération intercommunale prévoyant une couverture intégrale du territoire par des établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre et la suppression des enclaves et discontinuités territoriales. / () / III .-Le schéma prend en compte les orientations suivantes : () ". Les arrêtés portant création ou transformation d'établissements publics de coopération intercommunale qui sont destinés à assurer la mise en œuvre du schéma départemental prévu par les dispositions précitées du I de l'article L 5210-1-1 du code général des collectivités territoriales doivent, comme le schéma lui-même, prendre en compte les orientations définies par le III du même article. Par suite, la méconnaissance de ces orientations peut être invoquée à l'appui d'une demande d'annulation pour excès de pouvoir des arrêtés.
10. Si le SMDE 24 fait valoir que l'arrêté attaqué ne répond pas à l'objectif fixé par le schéma départemental de coopération intercommunale d'amplifier et d'accompagner la diminution du nombre des syndicats, notamment dans des domaines qui représentent des enjeux techniques et financiers prégnants pour les communes, tels que celui de l'eau, l'arrêté attaqué n'a d'effet par lui-même que sur le périmètre du syndicat requérant, et, par suite, ne méconnaît pas l'objectif précité fixé par le schéma départemental de coopération intercommunale.
11. Il suit de tout ce qui précède que le SMDE 24 n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 décembre 2020 du préfet de la Dordogne.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme réclamée par le SMDE 24. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du syndicat requérant une somme à verser à la communauté d'agglomération Le Grand Périgueux sur le fondement des mêmes dispositions.
DECIDE :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération Le Grand Périgueux présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat mixte des Eaux de la Dordogne, à la communauté d'agglomération Le Grand Périgueux et au préfet de la Dordogne.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2022 à laquelle siégeaient :
- M. Pouget, président,
- Mme De Paz, première conseillère,
- Mme Patard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.
La rapporteure
D. DE PAZ
Le président
L. POUGET
La greffière,
I. MONTANGON
La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026