mercredi 5 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2101407 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BOISSY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 mars 2021 et le 14 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Ruffié, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 juin 2020 par laquelle la maire de la commune de Salleboeuf a décidé de préempter les parcelles cadastrées section AP nos 84, 85 et 87 situées à l'angle du chemin de Cantinolle et du chemin du Grand Monteil ;
2°) d'annuler la décision du 29 juin 2020 par laquelle le conseil municipal de Salleboeuf a décidé d'instituer un droit de préemption urbain sur ces mêmes parcelles et a autorisé la maire à signer tous les actes et pièces relatifs à ce dossier.
3°) de mettre à la charge de la commune de Salleboeuf la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la délibération et la décision sont signées par des autorités incompétentes dès lors d'une part que la commune de Salleboeuf fait partie de la communauté de communes des côteaux bordelais et d'autre part que le conseil municipal s'est dessaisi de sa compétence au profit de la maire de la commune ;
- elles ne sont pas motivées, en méconnaissance de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme dès lors notamment qu'aucun emplacement réservé n'est prévu sur ces parcelles par le plan local d'urbanisme résultant de la révision approuvée par la délibération du 2 mars 2020 ;
- elles ne font pas mention du prix, en méconnaissance de l'article R. 213-8 du code de l'urbanisme ;
- elles ne respectent pas le délai de préemption prévu par l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme ;
- la délibération, qui institue un droit de préemption, ne saurait être regardée comme portant acquisition des parcelles ;
- le projet est dépourvu de toute réalité, en l'absence notamment d'emplacement réservé ;
- le projet ne présente pas d'intérêt public.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2021, la commune de Salleboeuf, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable à défaut de qualité et d'intérêt à agir
- aucun des moyens qu'elle contient n'est fondé
Par une ordonnance du 21 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 21 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Vaquero, rapporteur public,
- les observations de Me Ruffié, représentant M. A,
- et les observations de Me Danguy, représentant la commune de Salleboeuf.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A demande au tribunal d'annuler la décision du 18 juin 2020 du maire de Salleboeuf et la délibération du 29 juin 2020 du conseil municipal de cette commune portant sur la préemption des parcelles cadastrées section AP nos 84, 85 et 87 situées à l'angle du chemin de Cantinolle et du chemin du Grand Monteil.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. S'il ressort des pièces du dossier que M. A bénéficiait avec le propriétaire des terrains en cause d'une promesse de vente consentie pour un délai expirant en dernier lieu au 10 décembre 2018, il ressort cependant des pièces du dossier, et notamment d'une attestation notariale en date du 28 octobre 2019, que les parties ont stipulé prolonger la date de signature jusqu'à la réalisation d'une condition suspensive tenant à la prise en charge d'un sinistre par l'assurance du propriétaire, de sorte que " la promesse est toujours en cours de validité ". La commune n'établit pas que la condition suspensive aurait été réalisée entre cette date et la signature des décisions de préemption en litige, ni que les parties auraient entendu ne pas donner suite aux engagements contenus dans la promesse de vente. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'intérêt à agir doit être écarté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la délibération du conseil municipal du 29 juin 2020 :
3. Aux termes de l'article L. 213-3 du code de l'urbanisme : " Le titulaire du droit de préemption peut déléguer son droit à l'État, à une collectivité locale, à un établissement public y ayant vocation ou au concessionnaire d'une opération d'aménagement. Cette délégation peut porter sur une ou plusieurs parties des zones concernées ou être accordée à l'occasion de l'aliénation d'un bien. Les biens ainsi acquis entrent dans le patrimoine du délégataire ". Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () 15° D'exercer, au nom de la commune, les droits de préemption définis par le code de l'urbanisme, que la commune en soit titulaire ou délégataire, de déléguer l'exercice de ces droits à l'occasion de l'aliénation d'un bien selon les dispositions prévues aux articles L. 211-2 à L. 211-2-3 ou au premier alinéa de l'article L. 213-3 de ce même code dans les conditions que fixe le conseil municipal ; ". Il résulte de ces dispositions que le conseil municipal a la possibilité de déléguer au maire, pour la durée de son mandat, en conservant la faculté de prendre à tout moment une délibération mettant fin explicitement à cette délégation, l'exercice des droits de préemption dont la commune est titulaire ou délégataire afin d'acquérir des biens au profit de celle-ci.
4. Par une délibération n° D 2020-031 du 2 juin 2020 prise sur le fondement de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales, le conseil municipal de Salleboeuf a délégué au maire, pour la durée de son mandat, " les 28 délégations présentées lors de la séance du 02/06/2020 ", correspondant aux compétences pouvant être déléguées par application de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales dans sa version alors en vigueur et dont le 15° porte sur le droit de préemption, qui n'a d'ailleurs pas été délégué à la communauté de communes des coteaux bordelais. Par cette délibération, le conseil municipal doit être regardé comme s'étant dessaisi de sa compétence et n'était plus compétent pour l'exercer sans abroger de manière explicite la délégation consentie. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le conseil municipal était incompétent pour adopter la délibération du 29 juin 2020 instituant un droit de préemption sur les parcelles concernées.
En ce qui concerne la décision du maire du 28 juin 2020 :
5. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau et à permettre l'adaptation des territoires au recul du trait de côte, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement ".
6. Il résulte des dispositions de l'article L. 210-1 précité du code de l'urbanisme que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 précité du même code, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant.
7. La décision du 18 juin 2020 par laquelle le maire de Salleboeuf a indiqué au notaire qu'il souhaitait exercer son droit de préemption sur les parcelles cadastrées section AP nos 84, 85 et 87 ne mentionne pas d'action ou d'opération en vue de laquelle serait exercé le droit de préemption. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme. Pour les mêmes motifs, la réalité et l'intérêt public, à la date de la décision de préemption, du projet allégué par la commune ne peuvent être regardés comme établis.
En ce qui concerne la délibération du conseil municipal et la décision du maire, prises ensembles :
8. Aux termes de l'article R. 213-8 du code de l'urbanisme : " Lorsque l'aliénation est envisagée sous forme de vente de gré à gré ne faisant pas l'objet d'une contrepartie en nature, le titulaire du droit de préemption notifie au propriétaire : () b) Soit sa décision d'acquérir aux prix et conditions proposés, y compris dans le cas de versement d'une rente viagère ; / c) Soit son offre d'acquérir à un prix proposé par lui et, à défaut d'acceptation de cette offre, son intention de faire fixer le prix du bien par la juridiction compétente en matière d'expropriation ; ".
9. En l'espèce, ni la délibération du conseil municipal du 29 juin 2020, ni la décision du 18 juin 2020 ne révèlent une décision d'acquérir le bien au prix proposé ou n'indiquent un autre prix. Le fait de n'avoir pas indiqué un prix différent de celui mentionné sur la déclaration d'intention d'aliéner annexée à la décision du 18 juin 2020 ne saurait valoir acceptation implicite de ce prix. Ainsi, en l'absence de mention précise concernant l'acceptation du prix proposé ou l'offre d'un autre prix, les décisions de préempter ne satisfont pas aux prescriptions de l'article R. 213-8 citées au point précédent.
10. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du maire de Salleboeuf du 18 juin 2020 et de la délibération du conseil municipal de cette commune du 29 juin 2020. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible, en l'état de l'instruction, de justifier l'annulation de ces décisions.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Salleboeuf demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de Salleboeuf une somme globale de 1 500 euros au titre des frais d'instance exposés par M. A en application de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du maire de Salleboeuf du 18 juin 2020 et la délibération du conseil municipal de cette commune du 29 juin 2020 sont annulées.
Article 2 : La commune de Salleboeuf versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Salleboeuf.
Délibéré après l'audience du 22 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pouget, président,
M. Josserand, conseiller,
M. Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.
Le rapporteur,
L. C Le président,
L. POUGET
La greffière,
M-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026