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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2101584

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2101584

lundi 6 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2101584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantROVER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 30 mars, 26 mai et 14 juin 2021 et le 4 janvier 2022, ces deux derniers mémoires n'ayant pas été communiqués, M. H et Mme F I, M. A et Mme G D et M. B et Mme E C demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2020 par lequel le maire de la commune de Mézin ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la société par actions simplifiées (SAS) Free Mobile pour l'installation d'antennes sur un pylône de 30 mètres de haut, un coffret technique et une clôture grillagée et la création d'un busage, sur la parcelle cadastrée section F n° 738 située au lieudit " Bourdillot " sur le territoire de cette commune.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions des articles N2 et N11 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal applicable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2021, la SAS Free Mobile, représentée par Me Martin, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir au sens de l'article L. 600-1-1 du code de l'urbanisme ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2021, la commune de Mézin, représentée par Me Rover, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir au sens de l'article L. 600-1-1 du code de l'urbanisme ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 mai 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 14 juin 2021.

Les pièces complémentaires présentées par M. et Mme I, M. et Mme D et M. et Mme C, enregistrées le 30 janvier 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Passerieux,

- les conclusions de M. Dufour, rapporteur public,

- les observations de M. et Mme I,

- et les observations de Me Rover, représentant la commune de Mézin.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 novembre 2020, le maire de la commune de Mézin (Lot-et-Garonne) ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la SAS Free Mobile pour l'installation d'antennes sur un pylône de 30 mètres de haut, un coffret technique et une clôture grillagée et la création d'un busage, sur la parcelle cadastrée section F n° 738 située au lieudit " Bourdillot " sur le territoire de cette commune. Par la présente requête, M. et Mme I, M. et Mme D et M. et Mme C demandent d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

3. D'autre part, selon les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes du Mézinais applicables aux zones naturelles, cette dernière correspond à la zone " à protéger en raison de la qualité des sites, des milieux naturels, des paysages () ". Aux termes de l'article N2 de ce règlement, relatif aux occupations et utilisations du sol soumises à conditions en zone N : " () Les constructions et installations nécessaires aux services publics et équipements collectifs sont autorisées à condition qu'elles soient compatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière et qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages. () ". Aux termes de l'article N 11 de ce règlement, relatif à l'aspect extérieur des constructions et aménagements de leurs abords en zone N : " () Les constructions susceptibles d'être autorisées devront s'intégrer harmonieusement dans le paysage naturel. Les matériaux bruts doivent être recouverts d'un parement (peinture, enduit, bardage, vêture) à moins que le matériau et sa mise en œuvre soient de qualité suffisante pour rester apparents (béton architectonique, pierre et moellons naturels). L'emploi de matériaux locaux tels que le bois sera favorisé () ". Ces dispositions ont le même objet que celles, également invoquées par les requérants, de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.

4. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage de nature à fonder un refus d'autorisation ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de cette autorisation, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel l'installation est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette installation, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

5. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment des plans et des photographies produits, que le terrain d'assiette du projet, classé en zone N du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, est localisé au sein d'un vaste espace naturel et agricole, composé de champs, taillis et bosquets, qui ne présente pas un caractère ou un intérêt particulier. La seule présence au sein du centre-bourg de la commune de Mézin de l'église de Saint-Jean-Baptiste, classée au titre de la législation sur les monuments historiques, située à plus d'1,7 km du terrain d'assiette du projet, ne peut, à elle seule, suffire à caractériser la qualité du site. Il en va de même de la circonstance que la restauration de la maison d'habitation appartenant aux époux I soit envisagée avec l'accompagnement de la Fondation du Patrimoine. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le projet, d'une emprise au sol inférieure à 15 m², est situé à proximité d'une route, au bord de laquelle sont déjà présents des pylônes électriques de hauteur importante. Enfin, il ressort également des pièces du dossier que le pylône est de type treillis métallique et permet de limiter l'impact visuel du projet dans son environnement. Dans ces conditions, malgré la hauteur de la construction, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées des articles N2 et N11 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par les défendeurs, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 18 novembre 2020.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants les sommes que réclament la commune de Mézin et la SAS Free Mobile sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme I, M. et Mme D et M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Mézin et la SAS Free Mobile en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H et Mme F I, M. A et Mme G D, M. B et Mme E C, la société par actions simplifiées Free Mobile et la commune de Mézin.

Délibéré après l'audience du 20 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président,

Mme Mounic, première conseillère,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2023.

La rapporteure,

C. PASSERIEUX

Le président,

Ph. DELVOLVÉ

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2101584

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