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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2102060

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2102060

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2102060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL BERNADOU AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 avril 2021, 1er et 18 février, 25 mars, 6 avril et 30 mai 2022, non communiqué pour ce dernier, M. B A, représenté par Me Aljoubahi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Ribérac lui a infligé une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours, ainsi que la décision du 15 mars suivant rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Ribérac de procéder à la reconstitution de sa carrière ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Ribérac la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé dès lors qu'il n'est pas précisé quel travail il a refusé d'exécuter et dans quelles circonstances ; son attitude qualifiée " d'insolente " n'est pas précisée ; concernant l'usage de matériel spécifique, une formation est nécessaire et la commune ne justifie pas qu'il ait bénéficié d'une telle formation, ni davantage qu'elle ait mis à sa disposition des vêtements de protection, dès lors qu'il s'agissait d'utiliser du gaz et du bruleur ; il s'est senti injustement harcelé alors qu'il était au WC ;

- le droit de la défense a été méconnu ; la commune de Ribérac l'a, par un courrier du 2 février 2021, informé de l'engagement d'une procédure disciplinaire et invité à consulter son dossier, à présenter des observations et à se faire assister d'un conseil ; alors qu'il a informé la commune de son placement en arrêt maladie et de sa volonté de bénéficier de l'ensemble de ses droits, la commune de Ribérac lui a notifié l'arrêté portant sanction, sans qu'il ne puisse bénéficier des garanties précitées ; son placement en arrêt maladie n'est pas de nature à le priver de son droit d'obtenir la communication de son dossier et de présenter des observations ; si la tenue d'un entretien préalable à la sanction n'est pas obligatoire, la communication des pièces du dossier l'est ; il n'a pu en prendre connaissance avant la prise de décision et ne peut donc que supposer ce qu'on lui reproche ; de plus, le maire de la commune lui a refusé l'accès à son dossier en raison de la situation épidémique et des conditions sanitaires en vigueur ;

- les faits qui lui sont reprochés, quant à son insolence à l'égard de ses supérieurs hiérarchiques, ne sont pas établis ;

- s'agissant du refus d'exécuter les missions confiées, l'arrêté est entaché d'une erreur dans la qualification juridique des faits ; il lui a été demandé, le 1er février 2021, d'effectuer le désherbage des herbes à l'aide d'un bruleur thermique, alors que cette tâche est incompatible avec sa situation médicale ; le désherbeur thermique pèse plus de 20 kilos et doit être déchargé du véhicule puis tiré tout au long du traitement et son utilisation requiert d'être deux pour des raisons de sécurité ; il produit diverses attestations faisant état de son sérieux dans l'exercice de ses fonctions ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne justifie pas le prononcé d'une sanction et que sa situation médicale lui impose de ne pas effectuer certaines tâches ; c'est un agent modèle qui n'a jamais fait l'objet de sanction ;

- la sanction est disproportionnée pour les mêmes motifs.

Par des mémoires en défense enregistrés les 9 novembre 2021, 23 février et 20 mai 2022, non communiqué pour ce dernier, la commune de Ribérac, représentée par Me Bernadou, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Par une ordonnance du 29 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu au 30 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahitte, rapporteure,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- les observations de Me Aljoubahi, représentant M. A,

- et celles de Me Franceries, représentant la commune de Ribérac.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, adjoint technique territorial, a été recruté au sein de la commune de Ribérac le 1er septembre 2007 en qualité d'agent polyvalent du pôle bâtiment et est affecté, depuis le 17 septembre 2018, au service " espaces verts " en tant que jardinier chargé de l'entretien et de la création des espaces verts et naturels de la ville. Par courrier du 2 février 2021, le maire de la commune de Ribérac a informé M. A de l'ouverture d'une procédure disciplinaire à son encontre pour des faits qui se seraient déroulés la veille. Par un arrêté du 2 mars 2021, dont il demande l'annulation, le maire de la commune de Ribérac l'a exclu de ses fonctions à compter du 3 mars 2021 pour une durée de trois jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté vise la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, ainsi que le décret du 18 septembre 1989, relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux. Par ailleurs, il précise les faits qui sont reprochés à M. A, à savoir, qu'il a " refusé d'exécuter un travail demandé par son supérieur hiérarchique le 1er février 2021 et a été insolent envers ses supérieurs hiérarchiques ", et mentionne qu'il a été informé de ses droits le 3 février 2021. Par suite, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. () Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté ". Et aux termes de l'article 4 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux : " L'autorité investie du pouvoir disciplinaire informe par écrit l'intéressé de la procédure disciplinaire engagée contre lui, lui précise les faits qui lui sont reprochés et lui indique qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel au siège de l'autorité territoriale et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix. /L'intéressé doit disposer d'un délai suffisant pour prendre connaissance de ce dossier et organiser sa défense. Les pièces du dossier et les documents annexés doivent être numérotés. /A sa demande, une copie de tout ou partie de son dossier est communiqué à l'agent dans les conditions prévues par l'article 14 du décret n° 2011-675 du 15 juin 2011 relatif au dossier individuel des agents publics et à sa gestion sur support électronique ".

4. Par un courrier du 2 février 2021, le maire de la commune de Ribérac a informé M. A de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre, aux motifs suivants : " refus d'exécution d'un travail demandé par votre supérieur hiérarchique le 1er février 2021 et insolence envers vos supérieurs hiérarchiques ". Ce même courrier l'informe qu'une sanction d'exclusion temporaire des fonctions de trois jours est envisagée et qu'il a droit " à la communication de [son] dossier ; - à la présentation de [ses] observations ; - et à l'assistance d'un ou plusieurs conseils de [son] choix ", et l'invite à se présenter à la mairie le mercredi 10 février 2020 à 8 heures. Par un courrier du 5 février 2021, M. A a informé le maire de la commune qu'il souhaitait " un entretien personnel " et de son impossibilité de se rendre à la mairie le 10 février 2021, étant en arrêt de travail jusqu'à ce même jour inclus.

5. La procédure disciplinaire et la procédure de mise en congé de maladie étant des procédures distinctes et indépendantes, le maire de la commune a pu légalement exercer l'action disciplinaire contre M. A alors même que celui-ci se trouvait en congé de maladie. Par ailleurs, si l'intéressé soutient qu'il ne pouvait se déplacer le 10 février 2021 à la mairie de Ribérac, en raison de son congé maladie, il ressort des pièces du dossier que ses arrêts de travail, courant sur la période du 9 au 26 février 2021 inclus, lui autorisaient les sorties " sans restriction d'horaire ". Par la seule production, le 6 avril 2022, d'une attestation de son médecin traitant daté du 15 mars 2022, soit plus de deux années après les faits, certifiant que son " état de santé psychologique et physique ne lui permettait pas de se rendre à la mairie pour consulter son dossier ", M. A n'établit pas que son état de santé rendait tout déplacement impossible avant que la décision contestée ne soit prise le 2 mars 2021, et alors qu'il n'était, au demeurant, placé en arrêt maladie que jusqu'au 26 février 2021, et que son arrêt suivant n'a débuté que le 3 mars 2021, soit postérieurement à l'édiction de l'arrêté. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait sollicité la communication de son entier dossier, comme l'y invitait pourtant à le faire le courrier précité du 2 février 2021 et s'il soutient que le maire lui aurait refusé l'accès à son dossier en raison de la situation épidémique et des conditions sanitaires en vigueur, il ne l'établit pas. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 28, alors applicable, de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Tout fonctionnaire, quel que soit son rang dans la hiérarchie, est responsable de l'exécution des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. () ". Aux termes de l'article 29 de la même loi : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Et aux termes de l'article 89, alors applicable, de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : Premier groupe : -l'avertissement ; -le blâme ; - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; ".

7. Il incombe à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

8. Pour prononcer à son encontre une sanction d'exclusion temporaire des fonctions de trois jours, le maire de la commune de Ribérac s'est fondé sur les circonstances que M. A a " refusé d'exécuter un travail demandé par son supérieur hiérarchique le 1er février 2021 et a été insolent envers ses supérieurs hiérarchiques ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le directeur des services techniques a adressé au maire de la commune de Ribérac, le 1er février 2021, un rapport d'incident relatif " aux problèmes rencontrés avec Monsieur B A ce matin même ". Selon ce rapport, le supérieur de M. A lui a demandé, à deux reprises, de désherber plusieurs rues de la commune à l'aide d'un désherbeur thermique. Ce dernier a refusé de s'exécuter au motif que " ses restrictions médicales ne le lui permettaient pas et qu'il ne voulait pas travailler seul ", et qu'en conséquence, aucune faute ne peut être caractérisée à ce titre. Il ressort en effet des pièces du dossier, et notamment d'un courrier du 17 septembre 2018 du maire de Ribérac, que compte tenu de ses " difficultés thérapeutiques " M. A a été placé, à compter du 17 septembre 2018 au sein du service des espaces verts. Le service de médecine professionnelle a émis, le 14 février 2019, un avis favorable avec restrictions à l'exercice de ses fonctions, à savoir : " temporairement dans le cadre de son activité de jardinier organiser son travail en privilégiant les travaux sans flexion forcée et torsion du rachis lombaire et en position accroupie ou à genou prolongée. Pas de travaux avec débroussailleuse, pas de travaux sur épareuse. Organiser le port et la manutention de charges de plus de 25kg ". Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'au regard de ses restrictions, M. A ne pouvait utiliser un désherbeur thermique, lequel était monté sur roulette et pesait moins de 20 kg. En outre, le requérant soutient, en se fondant sur la fiche technique " Utilisation d'un désherbeur thermique à gaz ", que cette mission aurait dû être réalisée en binôme. Si le travail en binôme permet de " limiter la pénibilité du poste " et d'attirer l'attention de l'utilisateur sur les éventuels dangers, il ne s'agit que de préconisations et il ressort également de la note d'incident précitée, que les autres agents se trouvaient à 50 mètres et que, sollicités à deux reprises, ces derniers " ne souhaitaient pas travailler avec lui " dès lors qu'il " profitait du travail en équipe pour ne pas travailler ". Enfin, s'il soutient désormais qu'il n'avait pas eu de formation ni de matériel de protection, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait refusé d'exécuter la tâche confiée pour ces motifs.

10. Par ailleurs, il ressort, en toute hypothèse, du rapport d'incident précité, qu'alerté du refus de M. A d'exécuter ses missions, le directeur des services techniques s'est rendu sur place pour rencontrer le requérant et constater le travail effectué depuis sa prise de poste du matin. M. A a alors tenu, à plusieurs reprises, des propos inadaptés, et s'est montré insolent à l'égard de son supérieur, en dépit de la demande du directeur des services techniques de " respecter son supérieur hiérarchique ". S'il soutient également avoir été harcelé, il ne l'établit pas.

11. Enfin, si M. A soutient qu'il est un " agent modèle " et produit, pour en attester plusieurs témoignages, ces éléments ne remettent toutefois pas en cause la matérialité des faits reprochés. Au surplus, il ressort des pièces du dossier qu'à de nombreuses reprises depuis janvier 2009, la commune de Ribérac a rencontré des difficultés avec M. A, lequel, notamment, s'est montré agressif avec des collègues, a contesté l'organisation du travail, n'a pas effectué les tâches demandées mais en a exécuté d'autres sans qu'on le lui demande, ce qui ressort d'ailleurs clairement du compte-rendu de son entretien d'évaluation pour l'année 2020.

12. Dans ces conditions, les faits qui sont reprochés à M. A et qui fondent la sanction contestée, sont établis, présentent un caractère fautif et justifient le prononcé d'une sanction disciplinaire. Par suite, le moyen tiré de ce que la matérialité de certains faits n'est pas établie, ainsi que le moyen tiré de l'erreur dans la qualification juridique des faits, ne peuvent qu'être écartés.

13. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été énoncé aux points 9 à 12, la sanction d'exclusion des fonctions pour une durée de trois jours, sanction du premier groupe, n'est pas disproportionnée. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 2 mars 2021 et du rejet de son recours gracieux, doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par la commune de Ribérac au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Ribérac présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Ribérac.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

La rapporteure

A. LAHITTE

La présidente

F. MUNOZ-PAUZIÈS

La greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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