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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2102130

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2102130

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2102130
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL BOISSY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 avril 2021, le 22 février 2022 et le 31 mars 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 novembre 2020 par laquelle le maire de la commune de Bourg-sur-Gironde a rejeté sa demande de protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre au maire de Bourg-sur-Gironde de lui accorder la protection fonctionnelle dès notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bourg-sur-Gironde une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le maire n'est pas valablement habilité à représenter la commune en justice dans la présente affaire, dès lors que la délibération du 10 juillet 2020 n'a pas été publiée, qu'elle n'a pas été signée par chacun des conseillers municipaux présents, en méconnaissance de l'article L2121-23 du code général des collectivités territoriales, et que le maire a participé au vote alors qu'il est intéressé ;

- la procédure disciplinaire engagée contre lui a été initiée sur les déclarations d'une personne souhaitant rester anonyme qui s'est révélée être le directeur général des services de la commune de Bourg-sur-Gironde ; or, ces propos étant mensongers, il est fondé à déposer plainte pour dénonciation calomnieuse au sens des dispositions de l'article 226-10 du code pénal, et à obtenir pour cela le bénéfice de la protection fonctionnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 janvier et 22 mars 2022 et le 17 mars 2023, la commune de Bourg-sur-Gironde, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, le requérant se bornant à citer l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 et à énumérer des faits ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- et les observations de Me Dubois, représentant la commune de Bourg-sur-Gironde.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est brigadier-chef principal au sein de la police municipale de Bourg-sur-Gironde. Par décision du 27 juillet 2020, le maire lui a infligé un avertissement, au motif qu'il avait rapporté au directeur général des services avoir divulgué à des élus locaux opposés au maire dans le cadre des élections municipales, la teneur de propos tenus par le maire lors d'un entretien du 25 mai 2020, manquant ainsi à son obligation de discrétion professionnelle. Souhaitant intenter une action pénale contre le directeur général des services pour dénonciation calomnieuse, il a sollicité auprès du maire le bénéfice de la protection fonctionnelle. M. A demande l'annulation de la décision du 30 novembre 2020 par laquelle le maire de la commune de Bourg-sur-Gironde a rejeté sa demande de protection fonctionnelle.

Sur la recevabilité des mémoires en défense :

2. Aux termes de l'article L.2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, () par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () ". Aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable à l'espèce : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. Pour les décisions individuelles, cette transmission intervient dans un délai de quinze jours à compter de leur signature. () Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes. () La publication ou l'affichage des actes mentionnés au premier alinéa sont assurés sous forme papier. La publication peut également être assurée, le même jour, sous forme électronique, dans des conditions, fixées par un décret en Conseil d'Etat, de nature à garantir leur authenticité. Dans ce dernier cas, la formalité d'affichage des actes a lieu, par extraits, à la mairie et un exemplaire sous forme papier des actes est mis à la disposition du public. La version électronique est mise à la disposition du public de manière permanente et gratuite. ".

3. Par délibération du 10 juillet 2020, le conseil municipal a donné délégation au maire aux fins, notamment, " d'intenter au nom de la commune toute action en justice ou défendre la commune dans des actions intentées contre elle, quel que soit le type de juridiction et de niveau lorsque ces actions concernent : () les décisions prises par lui en vertu de ses compétences propres en matière () de gestion du personnel communal () ". Cette délibération a été et est toujours publiée, sous la forme d'un compte-rendu, sur le site internet de la commune de Bourg-sur-Gironde, librement accessible, et la circonstance que cette publication n'aurait débuté qu'en novembre 2020 est sans influence tant sur la légalité de la délibération que sur son caractère opposable à la date de production par la commune de ses écritures en défense. Il n'est pas contesté qu'elle a été transmise au contrôle de légalité, et le maire produit un certificat d'affichage attestant de ce que cette délibération a été affichée à la mairie entre le 21 juillet et le 20 septembre 2020 inclus. Par suite, le moyen tiré du défaut de caractère exécutoire de cette délibération doit être écarté.

4. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 2121-23 du code général des collectivités territoriales, dans leur rédaction applicable à la date de la délibération du 10 juillet 2020, qui prévoient la signature des délibérations par tous les membres présents à la séance, ne sont pas prescrites à peine de nullité des délibérations. De même, le maire ne peut être regardé comme étant intéressé à l'affaire qui est l'objet de ladite délibération au sens de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales.

5. Il résulte de ce qui précède que les mémoires en défense produits par la commune de Bourg-sur-Gironde sont recevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 alors applicable : " I. A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () IV. La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ".

7. Lorsqu'un agent public est mis en cause par un tiers à raison de ses fonctions, il incombe à la collectivité publique dont il dépend de le couvrir des condamnations civiles prononcées contre lui, dans la mesure où une faute personnelle détachable du service ne lui est pas imputable, de lui accorder sa protection dans le cas où il fait l'objet de poursuites pénales, sauf s'il a commis une faute personnelle, et, à moins qu'un motif d'intérêt général ne s'y oppose, de le protéger contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont il est l'objet.

8. Si la protection résultant du principe rappelé au point précédent n'est pas applicable aux différends susceptibles de survenir, dans le cadre du service, entre un agent public et l'un de ses supérieurs hiérarchiques, il en va différemment lorsque les actes du supérieur hiérarchique sont, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

9. M. A soutient que les propos du directeur général des services sont insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, dès lors qu'ils sont mensongers et constitutifs de diffamation calomnieuse. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, dans l'entre-deux-tours des élections municipales, le maire de la commune a rencontré M. A en entretien individuel le 25 mai 2020 dans la matinée, afin notamment de l'informer que des usagers lui avaient rapporté qu'il faisait acte de propagande pour une liste concurrente, portée par deux élus de l'opposition, et lui a rappelé ses obligations de neutralité et discrétion professionnelle. Dans une note du 27 mai 2020, M. C, directeur général des services, a affirmé qu'au cours d'un entretien dans l'après-midi du 25 mai 2020, M. A lui avait affirmé avoir divulgué le contenu de son entretien du matin avec le maire à ces deux élus de l'opposition. Par ailleurs, il ressort des relevés du téléphone professionnel de M. A, concernant la journée du 25 mai 2020 et produits en défense, que ce dernier, immédiatement après son entretien individuel du matin, a contacté ces deux élus, respectivement à 12 h 23 pendant plus de 18 minutes et à 12 h 42 pendant 5 minutes. Si M. A soutient qu'il n'a divulgué, lors de ces conversations téléphoniques, aucune information relative à l'entretien confidentiel qui s'est tenu le matin même, et produit deux attestations rédigées par ces deux élus, il ressort de la chronologie des évènements que M. A s'est longuement entretenu avec eux, par le biais de son téléphone professionnel, et ce immédiatement après que le maire lui a expressément demandé de faire preuve de discrétion. Dès lors, la matérialité des faits reprochés à M. A est établie, et les propos du directeur général des services ne peuvent être regardés comme insusceptibles de se rattacher à l'exercice du pouvoir hiérarchique. Par suite, le maire de Bourg-sur-Gironde a pu, à bon droit, refuser au requérant le bénéfice de la protection fonctionnelle.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. A, au profit de la commune de Bourg-sur-Gironde, la somme de 800 euros au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Bourg-sur-Gironde la somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Bourg-sur-Gironde.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

La présidente-rapporteure,

F. D

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

A. LAHITTE

La greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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