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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2102427

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2102427

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2102427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL INTERBARREAUX RACINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 17 mai 2021 et 10 novembre 2021, et un mémoire en communication de pièces, enregistré le 31 décembre 2021, Mme G A, représentée par Me de Lagausie, demande au tribunal :

1°) avant-dire droit, de désigner un nouvel expert médical qui devra apprécier si sa pathologie justifie l'octroi d'un congé de longue maladie ;

2°) de surseoir à statuer dans l'attente du rapport d'expertise ;

3°) en tout état de cause, d'annuler l'arrêté du 9 mars 2021 par lequel la commune de Mérignac a refusé de l'admettre au bénéfice d'un congé de longue maladie, lui a attribué un congé maladie ordinaire ainsi qu'une disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de six mois ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Mérignac la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- s'agissant de la demande de désignation d'un expert, elle souffre de plusieurs pathologies qui n'ont pas été prises en compte par les différents experts ; le Dr D n'a pas répondu à la mission dévolue par le comité départemental, et ses conclusions sont contraires à celles du précédent expert, le Dr C, rendues cinq mois auparavant ; le Dr D ne s'est pas prononcé sur les éléments qu'elle lui avait transmis pour compléter son dossier médical ;

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence dès lors que son auteur ne disposait pas d'une délégation de compétence ;

- il a été édicté au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que le comité médical aurait dû solliciter l'avis du comité médical supérieur, en application de l'article 3 de l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie ;

- l'arrêté n'est pas motivé, dès lors qu'il se borne à citer l'avis du comité médical départemental qui n'est lui-même pas motivé ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle a produit des éléments médicaux démontrant qu'elle satisfait aux conditions cumulatives d'octroi du congé de longue maladie ; si les affections dont elle souffre ne figurent pas dans la liste indicative des maladies pouvant ouvrir droit à un congé de longue maladie concernant les fonctionnaires territoriaux de l'arrêté du 30 juillet 1987, l'article 3 de l'arrêté du 14 mars 1986 prévoit qu'un congé de longue maladie peut être attribué pour une maladie qui ne figure pas sur la liste après proposition du comité médical et avis du comité médical supérieur ; elle s'est vue reconnaitre la qualité de travailleur handicapé pour la période du 1er octobre 2020 au 30 septembre 2025.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2021, la commune de Mérignac, représentée par Me Hounieu, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme A à lui verser la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, et notamment son article 57 dans sa rédaction applicable au litige ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime de congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme H,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- les observations de Me Foix, représentant Mme G A,

- et celles de Me Caijeo pour la commune de Mérignac.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est employée de la commune de Mérignac depuis 2016, en qualité de rédactrice principale. A compter du 14 janvier 2019, elle a été placée en activité à temps partiel thérapeutique à 80% puis, le 14 janvier 2020, en congé maladie ordinaire au-delà de six mois en raison d'une fibromyalgie. Elle a alors adressé une demande d'octroi d'un congé de longue maladie au comité médical départemental. Dans sa séance du 7 octobre 2020, ce comité a conclu au rejet de cette demande.

2. Mme A a présenté une nouvelle demande au titre des répercussions psychologiques éprouvées en raison de sa fibromyalgie. A la suite de l'expertise médicale, le comité médical départemental a préconisé, à l'issue de sa séance du 3 mars 2021, un congé de maladie ordinaire ainsi que l'attribution d'une disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de six mois, rétroactivement à compter du 14 janvier 2021. Par un arrêté du 9 mars 2021 notifié le 29 mars 2021, dont Mme A demande l'annulation, le maire de la commune de Mérignac a refusé de l'admettre au bénéfice d'un congé de longue maladie et lui a attribué un congé maladie ordinaire ainsi qu'une disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de six mois.

3. En premier lieu, par arrêté du 8 juillet 2020, le maire de Mérignac a donné délégation à M. B E, adjoint au maire chargé des ressources humaines et de l'administration générale, à l'effet de signer " tous documents relevant de ces secteurs ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du décret du 30 juillet 1987 : " Le comité médical est chargé de donner à l'autorité compétente, dans les conditions fixées par le présent décret, un avis sur les questions médicale soulevées par l'admission des candidats aux emplois publics, l'octroi et le renouvellement des congés de maladie et de la réintégration à l'issue de ces congés, lorsqu'il y a contestation. / Ils est consulté obligatoirement pour : / b) ) L'octroi et le renouvellement des congés de longue maladie ou de longue durée ; () ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie, rendu applicable aux fonctionnaires territoriaux par l'article 1er de l'arrêté du 30 juillet 1987 relatif à la liste indicative des maladies pouvant ouvrir droit à un congé de longue maladie : " Un congé de longue maladie peut être attribué, à titre exceptionnel, pour une maladie non énumérée aux article 1er et 2 du présent arrêté, après proposition du Comité médical compétent à l'égard de l'agent et avis du Comité médical supérieur. Dans ce cas, il doit être constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. ".

5. Il résulte de ces dispositions que la proposition d'attribuer un congé de longue maladie sur le fondement de l'article 3 de l'arrêté du 14 mars 1986 est une faculté ouverte au comité médical départemental. Pour accorder un congé de longue maladie sur le fondement de ces dispositions, l'autorité administrative doit donc être saisie d'une proposition en ce sens du comité médical départemental puis demander l'avis du comité médical supérieur. En l'espèce, dans son avis du 7 octobre 2020, le comité médical départemental a estimé que l'état de santé de l'intéressée ne justifiait pas l'attribution d'un congé de longue maladie. Dès lors, la commune de Mérignac n'était pas tenue de saisir le comité médical supérieur pour avis, et le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () ; 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / (). ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

7. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté du 9 mars 2021 querellé qu'après avoir visé les textes qui en constituent le fondement, la commune de Mérignac a indiqué que le comité médical départemental avait émis un avis défavorable à l'attribution d'un congé de longue maladie à Mme A et préconisait l'octroi d'un congé de maladie ordinaire de plus de six mois ainsi qu'une disponibilité d'office pour raison médicale. Ces éléments permettaient à Mme A de connaitre les raisons pour lesquelles sa demande n'était pas satisfaite et de les contester utilement. Par suite, l'arrêté de la commune de Mérignac du 9 mars 2021 comporte avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté.

8. En quatrième lieu, Mme A soutient qu'il existe des contradictions entre les rapports des docteurs C et D. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme A a déposé une première demande de congé longue maladie le 20 avril 2020, en expliquant que la fibromyalgie dont elle est atteinte ne lui permettait pas de travailler. C'est dans le cadre de la procédure relative à cette première demande qu'est intervenu le Dr C, spécialisé en rhumatologie et maladies vasculaires, qui a estimé qu'un congé de longue maladie était justifié du 14 janvier 2020 au 13 janvier 2021. Toutefois, à la suite de l'avis défavorable du comité médical départemental, le maire de Mérignac a rejeté cette demande, et ce refus n'a pas été contesté devant le juge administratif. Le 16 octobre 2020, Mme A a déposé une nouvelle demande, fondée cette fois sur des problèmes d'ordre psychologique. Dans son certificat du 30 janvier 2021, le Dr D, psychiatre, conclut qu'" Elle reste temporairement inapte à l'emploi et devrait se voir attribuer une disponibilité pour raisons de santé à compter du 14 janvier 2021 ". Ainsi, les deux médecins agréés ne se sont pas prononcés sur les mêmes affections, et Mme A n'est pas fondée à soutenir que les deux expertises seraient entachées de contradictions.

9. En cinquième lieu, l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 dispose, dans sa version applicable au présent litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée (). ". Aux termes de l'article 72 de cette loi : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration ou service d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. () La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57. () ".

10. Si le Dr D, dans son rapport du 30 janvier 2021, constate que Mme A est dans l'incapacité d'exercer ses fonctions, en revanche, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment du rapport du 1er décembre 2021 du Dr F, psychiatre, que l'affection dont souffre la requérante présenterait un caractère invalidant et de gravité confirmé au sens des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984. Par suite, en refusant à Mme A un congé de longue maladie, le maire de Mérignac n'a pas méconnu les dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise et de sursoir à statuer dans l'attente du rapport d'expertise, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du maire de Mérignac du 9 mars 2021. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter ses conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que, dans les circonstances de l'espèce, celles présentées sur le même fondement par la commune de Mérignac.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme G A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Mérignac tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G A et à la commune de Mérignac.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

M. Josserand, conseiller,

Mme Lahitte, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La présidente-rapporteure

F. H

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau

L. Josserand

La greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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