jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2103370 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BOISSY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 juillet 2021 et 28 juin 2022, la société Speedy France, représentée par Me Confino, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2021 par lequel le maire de la commune de Libourne a refusé sa demande d'autorisation d'installation de dispositifs supportant des enseignes sur la façade de l'établissement situé 2 avenue du Général de Gaulle à Libourne, ainsi que la décision du 3 mai 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Libourne la somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté du 19 janvier 2021 a retiré l'autorisation tacite qui lui avait été accordée en application des articles R. 581-10 et R. 581-13 du code de l'environnement ; or le retrait d'un acte individuel créateur de droit ne peut intervenir que si l'acte est illégal et seulement après avoir respecté, conformément à l'article L.121-1 du code des relations entre le public et l'administration, une procédure contradictoire, ce dont elle n'a pas bénéficié ; en qualité de pétitionnaire, elle n'a reçu aucune demande d'éléments complémentaires et en tout état de cause, le courriel du 26 novembre 2020 adressé au cabinet ASSCO, maître d'œuvre, ne comporte pas les mentions exigées par l'article R. 581-10 du code de l'environnement ;
- si l'arrêté du 19 janvier 2021 n'est pas considéré comme une décision de retrait d'une autorisation tacite, il est tout de même entaché d'illégalités externe et interne :
* les règles de procédure fixées à l'article R. 581-12 du code de l'environnement ont été méconnues dès lors que le dossier de demande d'autorisation n'a été transmis à l'architecte des bâtiments de France que le 11 décembre 2020 soit plus de huit jours après la réception du dossier, ce qui ne lui a pas permis d'avoir le temps nécessaire à l'examen du projet ;
* il est entaché d'un défaut de motivation en méconnaissance de l'article L. 581-21 du code de l'environnement, dès lors qu'il ne traite pas la demande relative à l'enseigne n°2 ;
* l'article C. 3-12.1 du règlement de l'AVAP ne peut lui être opposé ;
* sa demande respecte l'article C. 3-12.3 dès lors que chacune des trois enseignes doit être implantée " parallèle à la façade " ;
* il est erroné d'indiquer que les proportions des enseignes sont surdimensionnées et viennent altérer et banaliser leur environnement bâti ;
* l'article C. 3-1 ne peut lui être opposé, dès lors qu'il concerne les prescriptions pour l'intégration des bâtiments dans l'espace environnant et ne peut justifier un refus de pose d'enseignes ;
* elle conteste l'avis de l'ABF du 7 janvier 2021, dont le maire s'est approprié les motifs.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 avril 2022, la commune de Libourne, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 200 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la décision contestée n'est pas une décision de retrait d'une autorisation tacite, une demande de pièces complémentaires ayant été adressée le 27 novembre 2020 ;
- aucun des moyens invoqués par la société requérante n'est fondé.
Par ordonnance du 29 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 30 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A ,
- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,
- les observations de Me Gerbaud-Rohfritsch, représentant la société requérante,
- et celles de Me Dubois représentant la commune de Libourne.
Considérant ce qui suit :
1. La société Speedy France a déposé le 6 novembre 2020 une demande d'autorisation préalable pour l'installation de trois enseignes sur un bâtiment situé 2 avenue Charles de Gaulle à Libourne. L'architecte des bâtiments de France a émis un avis défavorable à cette installation le 7 janvier 2021. Par un arrêté du 19 janvier 2021, le maire de la commune de Libourne a rejeté la demande de la société Speedy France. Cette dernière a présenté un recours gracieux signifié le 22 mars 2021 à la commune de Libourne, lequel a été rejeté par courrier du 3 mai 2021. La société Speedy France demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2021 ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 581-3 du code de l'environnement : " Au sens du présent chapitre : () / 2° Constitue une enseigne toute inscription, forme ou image apposée sur un immeuble et relative à une activité qui s'y exerce ; () ". Aux termes de l'avant dernier alinéa de l'article L. 581-18 de ce code : " () Sur les immeubles et dans les lieux mentionnés aux articles L. 581-4 et L. 581-8, ainsi que dans le cadre d'un règlement local de publicité, l'installation d'une enseigne est soumise à autorisation. ". Aux termes de l'article L.581-8 du même code : " I. ' A l'intérieur des agglomérations, la publicité est interdite : () 2° Dans le périmètre des sites patrimoniaux remarquables mentionnés à l'article L. 631-1 du même code [code du patrimoine] ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 631-1 du code du patrimoine : " Sont classés au titre des sites patrimoniaux remarquables les villes, villages ou quartiers dont la conservation, la restauration, la réhabilitation ou la mise en valeur présente, au point de vue historique, architectural, archéologique, artistique ou paysager, un intérêt public. () ".
3. Aux termes de l'article R.581-16 du code de l'environnement : " () II. - L'autorisation d'installer une enseigne prévue à l'avant-dernier alinéa de l'article L. 581-18 est délivrée par l'autorité compétente en matière de police : 1° Après accord de l'architecte des Bâtiments de France lorsque cette installation est envisagée sur un immeuble classé ou inscrit au titre des monuments historiques ou protégé au titre des abords en application de l'article L. 621-30 du code du patrimoine ou situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable classé en application de l'article L. 631-1 du code du patrimoine ; ".
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 581-10 du code de l'environnement : " Le dossier qui accompagne la demande d'autorisation est composé des informations et pièces énumérées par l'article R. 581-7 ainsi que, pour certains dispositifs particuliers, des documents prévus par les articles R. 581-14 à R. 581-21. /Dans le mois suivant la réception d'une demande d'autorisation, il est adressé au pétitionnaire :/ 1° Lorsque la demande est complète, par voie postale ou électronique, un récépissé qui indique la date à laquelle, en l'absence de décision expresse, une autorisation tacite sera acquise en application de l'article R. 581-13 ;/ 2° Lorsque la demande est incomplète, un courrier notifié par envoi recommandé avec demande d'avis de réception postal ou un courrier électronique avec demande d'accusé de réception, qui indique : /a) De façon exhaustive, les informations, pièces et documents manquants à produire en trois exemplaires, dans un délai de deux mois suivant la réception de ce courrier ; /b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des informations, pièces et documents manquants dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet. /Lorsque le dossier est complété dans le délai imparti au pétitionnaire, l'autorité compétente lui adresse le récépissé prévu au 1°, la date à laquelle une autorisation tacite étant acquise étant décomptée à partir de la réception des informations, pièces et documents complémentaires ". Aux termes de l'article R. 581-13 du même code : " La décision est notifiée au demandeur par envoi recommandé avec demande d'avis de réception postale au plus tard deux mois après la réception d'une demande complète, ou des informations, pièces et documents qui complètent le dossier, par l'autorité compétente pour instruire l'autorisation. / A défaut de notification dans ce délai, l'autorisation est réputée accordée dans les termes où elle a été demandée ".
5. La société Speedy soutient qu'elle est titulaire d'une autorisation tacite d'installation de dispositifs supportant des enseignes dès lors qu'aucune demande de pièces complémentaires ne lui a été adressée et qu'aucune décision ne lui a été notifiée, dans le délai de deux mois après la réception de sa demande complète, conformément à l'article R. 581-13 du code de l'environnement.
6. Il est constant que la société Speedy a adressé au maire de la commune de Libourne, le 6 novembre 2020, une demande d'autorisation pour l'installation de trois enseignes. La commune de Libourne soutient que son dossier était, à cette date, incomplet et qu'elle lui a adressé une demande de pièce complémentaire par un courriel du 26 novembre 2020, ce qui a interrompu le délai de deux mois. Il ressort toutefois des pièces du dossier que cette demande a été adressé au cabinet ASSCO maitre d'œuvre du projet d'aménagement d'un garage automobile et non pas à la société Speedy, seule pétitionnaire, en méconnaissance de l'article R. 581-10 du code de l'environnement. Au surplus, cette demande de complément d'information, dont la commune ne démontre au demeurant pas qu'elle concernait une information manquante exigée par les textes pour rendre le dossier complet, ne comportait pas les mentions exigées par l'article R. 581-10 du code précité. Dans ces conditions, la demande de complément d'information adressée au cabinet ASSCO, au demeurant incomplète, n'a pas eu pour effet d'interrompre le délai de deux mois à l'expiration duquel une décision tacite d'autorisation nait en application de l'article R. 581-13 précité du code de l'environnement. Par suite, la société Speedy, qui a déposé sa demande d'autorisation le 6 novembre 2020, était, à la date d'édiction de l'arrêté contesté du 19 janvier 2021, titulaire d'une autorisation tacite d'installation de dispositifs supportant des enseignes. L'arrêté du 19 janvier 2021 contesté doit alors être regardé comme retirant l'autorisation tacite accordée à la société Speedy France.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Et aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".
8. Si le maire de la commune de Libourne, eu égard à l'avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France, se trouvait en situation de compétence liée pour refuser l'autorisation sollicitée par la société Speedy France, en revanche, en l'absence de toute demande en ce sens, il n'était pas en situation de compétence liée pour retirer, de sa propre initiative, l'autorisation tacite accordée, dont la société Speedy France était devenue titulaire. En l'espèce, la décision accordant tacitement une autorisation pour l'installation de trois enseignes ayant créé des droits au profit de la société Speedy France, son retrait est au nombre des décisions devant être motivées et précédées d'une procédure contradictoire, en application des dispositions citées précédemment. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire est opérant.
9. Un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. Si le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration constitue une garantie pour le titulaire de l'autorisation d'installation des enseignes qu'elle envisage de retirer, la décision de retrait prise par le maire n'est illégale que s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le titulaire de l'autorisation a été effectivement privé de cette garantie.
10. Or, en l'espèce, il est constant que l'arrêté du 19 janvier 2021, retirant l'autorisation tacite pour l'installation de trois enseignes, créatrice de droit, n'a été précédé d'aucune procédure contradictoire, en méconnaissance des dispositions précédemment citées, et alors que le respect de cette procédure constitue pour la société Speedy France, une garantie, dont elle a été privée.
11. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 19 janvier 2021, ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux, doivent être annulées.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Speedy France qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Libourne demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Libourne la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Speedy et non compris dans les dépens. En revanche, les conclusions de la société requérante tendant à la condamnation de la commune de Libourne au paiement des dépens ne peuvent qu'être rejetées dès lors que la présente instance n'a donné lieu à aucun dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 19 janvier 2021 du maire de la commune de Libourne ainsi que la décision de rejet du recours gracieux, sont annulées.
Article 2 : La commune de Libourne versera une somme de 1 500 euros à la société Speedy au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Libourne au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Speedy France et à la commune de Libourne.
Délibéré après l'audience du 13 avril 2023 , à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauziès, présidente,
Mme Lahitte, conseillère,
M. Bongrain, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.
La rapporteure,
A. A
La présidente,
F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,
C. SCHIANO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026