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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2103384

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2103384

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2103384
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL BIAIS ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Sous le n°2103384, par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 juillet et 8 novembre 2021, M. C E, représenté par Me Marie-Christine Baltazar, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Coimères a implicitement refusé de faire droit à sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle réceptionnée le 26 mars 2021 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Coimères de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Coimères une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige n'est pas motivée ;

- le maire a entaché sa décision d'erreur d'appréciation dès lors qu'il souffre d'un syndrome anxio-dépressif en lien avec l'exercice de ses fonctions ; cette souffrance morale trouve son origine dans les accusations infondées de vol dont il fait l'objet.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2021, la commune de Coimères, représentée par Me Frédéric Biais, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

II. Sous le n°2202480, par une requête et un mémoire (non communiqué pour ce-dernier) enregistrés les 4 mai et 5 décembre 2022, M. C E, représenté par Me Marie-Christine Balthazar demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°4_2022_014 du 15 mars 2022 par lequel le maire de la commune l'a admis à la retraite pour invalidité non imputable au service ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Coimères de l'admettre à la retraite pour invalidité imputable au service ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Coimères une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige n'est pas motivée ;

- le maire a entaché sa décision d'erreur d'appréciation dès lors qu'il souffre d'un syndrome anxio-dépressif en lien avec l'exercice de ses fonctions ; cette souffrance morale trouve son origine dans les accusations infondées de vol dont il fait l'objet.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2022, la commune de Coimères, représentée par Me Christophe Biais, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- et les observations de Me Lagarde, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E, adjoint technique de 2ème classe, a été recruté par la commune de Coimères (Gironde) en qualité d'agent des services techniques. L'intéressé a été placé en congé de longue-maladie à compter du 5 mars 2015, puis en disponibilité d'office pour raison de santé à partir du 5 mars 2020. M. E a sollicité le 24 mars 2021 la reconnaissance de son syndrome anxio-dépressif comme maladie professionnelle. Par une première requête enregistrée sous le n°2103384, il demande au tribunal d'annuler le refus implicite opposé à sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle. Par une seconde requête n°2202480, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Coimères l'a placé à la retraite pour invalidité non imputable au service.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2103384 et 2202480 concernent la situation d'un même agent public. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de reconnaissance de maladie professionnelle :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation ". Aux termes de l'article L. 231-4 de même code : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () 5° Dans les relations entre l'administration et ses agents ". Aux termes de l'article L. 211-2 : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ". Selon les dispositions de l'article L. 211-5 : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration pendant plus de deux mois sur la demande de reconnaissance de maladie professionnelle présentée par M. E et réceptionnée le 26 mars 2021. Toutefois, M. E n'allègue ni ne justifie avoir sollicité la communication des motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident () ".

6. Une maladie contractée par un fonctionnaire en lien direct avec l'exercice de ses fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de cette maladie doit être regardée comme imputable au service, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

7. Il ressort des pièces du dossier et notamment du compte-rendu de consultation du Dr A, psychiatre, que M. E souffre d'un état anxio-dépressif d'intensité moyenne associé à des douleurs au genou. Le requérant attribue ce syndrome anxio-dépressif aux accusations infondées de vol et à la situation de harcèlement moral dont il aurait été victime. Toutefois, par un arrêt n°17BX03914 du 18 novembre 2019, devenu définitif, la cour administrative d'appel de Bordeaux a estimé que l'intéressé ne pouvait être regardé comme victime de harcèlement moral. Le rapport du Dr B, psychiatre, du 18 janvier 2018 relate que M. E aurait entamé différentes démarches pénales à raisons des fausses accusations dont il aurait été victime qui n'ont pas abouti. Par un courrier adressé au maire le 3 juillet 2021, M. E persiste à se plaindre du harcèlement et des accusations dont il aurait été victime le 19 octobre 2012. Compte-tenu de ces éléments, l'environnement professionnel de M. E ne peut être regardé comme de nature à susciter le développement de la pathologie dont il est affecté. Dans ces conditions, en refusant de reconnaître l'imputabilité au service du syndrome anxio-dépressif de M. E, le maire de la commune de Coimères n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant de reconnaître la maladie professionnelle de M. E doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'admission à la retraite pour invalidité :

9. En premier lieu, si l'arrêté en litige indique que M. E est admis à la retraite pour invalidité à compter du 4 mars 2021 et radié des cadres à cette même date, il ressort des pièces du dossier que la décision constitue une mise à la retraite d'office, l'intéressé n'ayant pas présenté de demande de mise à la retraite pour invalidité. Ainsi, une telle décision, qui met fin avant son terme normal à la carrière d'un agent public, doit être motivée.

10. Il ressort des termes de l'arrêté en litige, qui vise notamment les lois des 13 juillet 1983 et 26 janvier 1984 ainsi que le décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, que l'intéressé a épuisé ses droits à congé maladie et qu'il est reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions. Ce faisant, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

11. En second lieu, il résulte de ce qui a été énoncé au point 7 que le syndrome anxio-dépressif dont souffre M. E ne peut être regardé comme une maladie professionnelle en l'absence de conditions de travail de nature à favoriser le développement de cette pathologie. Par suite, le maire de la commune de Coimères n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en estimant que l'invalidité affectant M. E n'était pas imputable au service.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 mars 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction:

13. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

15. Les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. E soit mise à la charge la commune de Coimères, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de M. E une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Coimères et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°2103384 et 2202480 sont rejetées.

Article 2 : M. E versera la somme de 1 000 (mille) euros à la commune de Coimères sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et à la commune de Coimères.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

Le rapporteur,

A. D

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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