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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2103821

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2103821

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2103821
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 juillet et 5 août 2021, 12 juillet et 16 septembre 2022, M. C et Mme B E, représentés par Me Chambord, avocat, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2021 par lequel le maire de Mérignac ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par M. D pour la pose de deux portails et la régularisation de l'élargissement de l'accès, sur un terrain situé 11 chemin du Merle, parcelle cadastrée section DZ n° 227, ensemble la décision du 24 mai 2021 de cette autorité rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Mérignac une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- le dossier de déclaration préalable est incomplet, en méconnaissance du b) de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme et des c) et d) de l'article R. 431-10 du même code dès lors que, d'une part, les plans de masse ne représentent qu'une petite partie du terrain d'assiette, de sorte qu'ils n'ont pas permis au service instructeur d'apprécier utilement l'ampleur et l'objet du projet et, d'autre part, les documents graphiques ne permettent pas d'apprécier l'insertion du projet par rapport à l'environnement dans lequel il se situe ;

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article 1.2 du règlement de la zone UM 38 du plan local d'urbanisme applicable ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 3.2 du règlement de la zone UM 38 du plan local d'urbanisme applicable ;

- il méconnaît les dispositions des articles 1.2 et 1.3 du règlement de la zone Ng du plan local d'urbanisme applicable ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 3.2 du règlement de la zone Ng du plan local d'urbanisme applicable ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 mai et 6 septembre 2022, la commune de Mérignac, représentée par le cabinet Cazcarra et Jeanneau Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à M. A D, qui n'a pas produit de mémoire. Celui-ci a produit, le 2 août 2022, une pièce qui n'a pas été communiquée et, le 9 septembre 2022, une pièce qui a été communiquée.

Par une ordonnance du 6 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 16 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,

- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,

- les observations de Me Chambord, représentant M. et Mme E,

- et les observations de Me Cazcarra, représentant la commune de Mérignac.

Une note en délibéré, enregistrée le 6 novembre 2023, a été produite pour M. et Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 9 mars 2021, le maire de Mérignac ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par M. D pour la pose de deux portails sur un terrain situé 11 chemin du Merle, parcelle cadastrée section DZ n° 227 et la régularisation de l'élargissement de l'accès à ce terrain. Par courrier du 5 mai 2021, M. et Mme E ont formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté, expressément rejeté par une décision du maire de Mérignac en date du 24 mai 2021. Par la présente requête, M. et Mme E demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 mars 2021, ensemble la décision du 24 mai 2021 portant rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ". Aux termes de l'article R. 431-36 du même code, dans sa rédaction applicable : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; / c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; () ".

3. La circonstance que le dossier de déclaration préalable ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité la déclaration préalable qui a été accordée que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. En l'espèce, le dossier joint à la déclaration préalable comporte une notice de présentation du projet, laquelle expose l'objet de ce dernier, à savoir la création, par la mise en place d'un portail coulissant, d'une seconde entrée le long du chemin du Merle, sur une parcelle de 16 239 m² qui possède déjà une entrée le long du chemin du Merle, laquelle doit être régularisée. Le dossier comporte un plan cadastral, un plan de masse de la construction envisagée représentant l'implantation des deux portails en cause, trois photographies de l'état existant, un plan représentant l'accès projeté, notamment la façade de la construction envisagée sur le chemin du Merle, un plan de masse représentant l'état initial et un plan de masse représentant l'état projeté, lesquels sont dimensionnés, ainsi qu'un plan de situation permettant de localiser le terrain d'assiette du projet au sein de la commune. Par suite, M. et Mme E ne sont pas fondés à soutenir que le dossier de déclaration préalable serait incomplet, en méconnaissance des dispositions précitées.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1.2 du règlement de la zone UM 38 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole, relatif aux occupations et utilisations du sol interdites : " De manière générale, les occupations et utilisations du sol présentant des caractéristiques incompatibles avec la vocation de la zone, notamment en termes de voisinage, d'environnement, de paysage sont interdites. / Dans les secteurs soumis à des risques naturels ou technologiques, délimités au plan de zonage ou en annexe du PLU, pour protéger les biens et les personnes contre les risques, les occupations et utilisations du sol peuvent être interdites en application de l'article R.111-2 du Code de l'urbanisme et / ou de la réglementation en vigueur. / Les occupations et utilisations du sol suivantes sont interdites : / - Les constructions destinées à l'artisanat, ou le changement de destination vers cette destination, à l'exception de celles prévues au "1.3. Occupations et utilisations du sol soumises à conditions particulières". () / - Les constructions destinées à l'entrepôt, ou le changement de destination vers cette destination. / () / - Les constructions destinées à l'industrie, ou le changement de destination vers cette destination. / () / - Les affouillements et exhaussements à l'exception de ceux prévues au "1.3. Occupations et utilisations du sol soumises à conditions particulières". / () - Les dépôts de ferrailles, de matériaux de démolition, de déchets, d'anciens véhicules désaffectés sauf s'ils sont directement liés et nécessaires à une destination autorisée dans la zone. () ".

6. En l'espèce, il est constant que la parcelle cadastrée section DZ n° 227 appartenant à M. D est classée, pour sa partie située le long du chemin du Merle sur laquelle ont vocation à être édifiés les portails en cause, en zone UM 38 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole, laquelle recouvre les tissus urbains en lisières ou isolés en zone naturelles ou agricoles. M. et Mme E font valoir que M. D entrepose et stocke des matériaux de construction usagés ainsi que des déchets issus de chantiers sur sa parcelle, ce qui entraine le passage d'engins lourds et bruyants, activité qui méconnaîtrait celles autorisées en application des dispositions précitées. Toutefois, cette circonstance, à la supposer établie, n'a pas d'incidence sur la légalité de l'arrêté contesté dès lors que l'objet de la déclaration préalable en litige porte sur la pose de deux portails et la régularisation de l'élargissement de l'accès au terrain, lesquels ne sauraient être regardés comme une occupation ou utilisation du sol interdite au sens des dispositions précitées de l'article 1. 2 du règlement de la zone UM 38 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3.2 du règlement de la zone UM 38 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole, relatif à l'accès : " 3.2.1. Définition de l'accès / L'accès correspond soit à la limite donnant directement sur la voie (portail, porte de garage), soit à l'espace tel que le porche ou la portion de terrain (bande d'accès ou servitude de passage) par lequel les véhicules pénètrent sur le terrain d'assiette du projet depuis la voie de desserte. / 3.2.2. Conditions d'accès / Tout accès doit permettre d'assurer la sécurité de ses utilisateurs ainsi que celle des usagers des voies, quel que soit leur mode de déplacement. / Cette sécurité est appréciée compte tenu, notamment, de la position de l'accès, de sa configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. / Le nombre et la localisation des accès devront être déterminés en tenant compte : / - des besoins liés au bon fonctionnement interne de l'opération : nature, taille, foisonnement des activités ; / - des contraintes liées au bon fonctionnement du domaine public limitrophe : sécurité de circulation des véhicules motorisés, accessibilité. () ".

8. En l'espèce, M. et Mme E font valoir que le chemin du Merle n'est pas dimensionné et aménagé pour le passage des véhicules lourds générés par l'activité de M. D, alors qu'il supporte déjà un trafic important, de sorte que l'apposition des portails en cause, qui induit des passages supplémentaires, va accroitre les risques pour la sécurité des usagers du chemin. Toutefois, d'une part, il est constant qu'un ralentisseur a été installé au 11 chemin du Merle, soit le long de la parcelle appartenant à M. D, et il n'est pas contesté que la vitesse de circulation est limitée à 30 km/h à l'entrée du chemin du Merle, lequel est en ligne droite. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que les deux portails litigieux, d'une largeur de 11 et 13 mètres, lesquels seront implantés en retrait du chemin du Merle et dont il n'est pas contesté qu'ils seront respectivement utilisés pour l'entrée et la sortie des véhicules, ne permettraient pas d'assurer la sécurité de leurs utilisateurs ainsi que celle des usagers de la voie. En outre, l'intensité du trafic générée par l'activité de M. D dont se prévalent les requérants n'est pas établie. Enfin, la circonstance qu'un engin conduit par M. D sur le chemin du Merle aurait, le 14 mai 2022, soit postérieurement à l'intervention de l'arrêté contesté, arraché des câbles téléphoniques et internet sur cette voie, n'a pas d'incidence sur la légalité de l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable en litige et, en tout état de cause, n'est pas de nature à établir que l'édification des portails litigieux ne permet pas d'assurer la sécurité des usagers de la voie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3. 2 du règlement de la zone UM 38 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole doit être écarté.

9. En quatrième lieu, si les requérants soutiennent que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles 1.2 et 1.3 du règlement de la zone Ng du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole, relatif aux occupations et utilisations du sol interdites et celles soumises à conditions particulières, ainsi que les dispositions de l'article 3.2 du règlement de la zone Ng du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole, relatif à l'accès, ainsi qu'il a été dit au point 6, il est constant que la parcelle cadastrée section DZ n° 227 appartenant à M. D est classée, pour sa partie située le long du chemin du Merle sur laquelle ont vocation à être édifiés les portails faisant l'objet de la déclaration préalable en litige, en zone UM 38 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole. Dès lors, si le reste de la parcelle en cause appartenant à M. D est classé en zone Ng du plan local d'urbanisme, cette circonstance n'a pas d'incidence sur la légalité de l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable en litige dès lors que les dispositions du règlement de la zone UM 38 du plan local d'urbanisme sont seules applicables en l'espèce. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "

11. En vertu de cet article, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, l'autorité administrative ne peut s'opposer à la déclaration préalable que si elle estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande, de ne pas s'opposer à la déclaration en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

12. En l'espèce, M. et Mme E font valoir que l'activité exercée par M. D sur sa parcelle est à l'origine de nuisances environnementales liées à l'enfouissement de gravats et de déchets conduisant à une pollution des sols, une surélévation du terrain, des bruits constants de véhicules ainsi qu'une détérioration de la voirie. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision de non-opposition à déclaration préalable en litige porte sur la pose de deux portails et la régularisation de l'élargissement de l'accès au terrain, et non sur l'activité exercée sur cette parcelle. En tout état de cause, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir d'un premier procès-verbal de constat établi le 31 décembre 2012, soit plus de huit ans avant la décision contestée, ainsi que d'un deuxième procès-verbal de constat, établi le 29 janvier 2022, soit plus de dix mois après la date de la décision contestée, faisant état de la présence de bennes et containers métalliques et divers gravats sur la parcelle en cause, alors au demeurant qu'il ressort d'un procès-verbal du 6 septembre 2022 produit par le pétitionnaire, que seuls du bois coupé entreposé, quelques monticules de terre et remblais ainsi qu'un engin professionnel stationné sont recensés sur la parcelle en cause. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier que les deux portails litigieux ne permettraient pas d'assurer la sécurité de leurs utilisateurs ainsi que celle des usagers de la voie. En outre, il ressort des pièces du dossier que le service développement local du pôle territorial ouest de Bordeaux Métropole a délivré un avis favorable au projet litigieux. Au surplus, il ressort d'un courrier en date du 21 novembre 2017 produit par les requérants que le Procureur de la République a classé sans suite la procédure relative aux activités d'entreposage et d'enfouissement de gravats engagée à l'encontre de M. D en qualité de propriétaire de la parcelle située 11 chemin du Merle. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme E ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 9 mars 2021, ensemble la décision du 24 mai 2021.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Mérignac, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y pas lieu de mettre à la charge des requérants une somme sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Mérignac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et Mme B E, M. A D et la commune de Mérignac.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président,

Mme Mounic, première conseillère,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

La rapporteure,

C. PASSERIEUX

Le président,

Ph. DELVOLVÉ

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2103821

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