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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2104485

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2104485

lundi 24 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2104485
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL BERNADOU AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 août 2021, M. A B, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 juin 2021 par lequel le maire de la commune d'Arès réglemente les conditions de stationnement et d'accueil des caravanes et autocaravanes.

Il soutient que :

- l'arrêté est illégal en cela qu'il n'a pas été affiché sur l'aire dédiée aux autocaravanes ;

- il est excessif au regard de l'objectif de sécurité recherché en interdisant aux autocaravanes tous les accès par la voie publique à la plage et au domaine maritime pour une durée de six mois par an ;

- les panneaux posés en application de cet arrêté sont illégaux dès lors qu'ils interdisent non seulement le stationnement mais également l'arrêt, ce que ne prévoit pas l'arrêté ;

- l'arrêté est discriminatoire à l'égard des utilisateurs d'autocaravanes ;

- il méconnaît le droit à une halte nocturne prévu par les dispositions de la circulaire interministérielle du 19 octobre 2004 et le courrier ministériel du même jour adressé aux préfets, la commune d'Arès n'étant pas équipée d'une aire adaptée et réservée aux autocaravanes pour les haltes de nuit, que celle-ci-est occupée par des gens du voyage et que la halte pour une nuitée n'est pas autorisée au camping municipal.

Par un mémoire enregistré le 18 mai 2022, le maire de la commune d'Arès, représenté par Me Bernadou, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la requête est irrecevable pour tardiveté et qu'en toute hypothèse les moyens de la requête de M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 10 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 1er juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mounic, première conseillère ;

- les conclusions de M. Dufour, rapporteur public ;

- et les observations de Me Franceries, substituant Me Bernadou, représentant la commune d'Arès.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, qui se prévaut de sa qualité de camping-cariste, demande par la présente requête d'annuler l'arrêté du 21 juin 2021 par lequel le maire de la commune d'Arès a réglementé les conditions d'accueil et de stationnement des caravanes et des autocaravanes sur le territoire communal.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend () le soin de réprimer les dépôts, déversements, déjections, projections de toute matière ou objet de nature à nuire, en quelque manière que ce soit, à la sûreté ou à la commodité du passage ou à la propreté des voies susmentionnées () ". Aux termes de l'article L. 2213-2 du même code : " Le maire peut, par arrêté motivé, eu égard aux nécessités de la circulation et de la protection de l'environnement : 1° Interdire à certaines heures l'accès de certaines voies de l'agglomération ou de certaines portions de voie ou réserver cet accès, à certaines heures ou de manière permanente, à diverses catégories d'usagers ou de véhicules ; 2° Réglementer l'arrêt et le stationnement des véhicules ou de certaines catégories d'entre eux, ainsi que la desserte des immeubles riverains () ". Enfin, aux termes de l'article L. 2213-4 de ce même code : " Le maire peut, par arrêté motivé, interdire l'accès de certaines voies ou de certaines portions de voies ou de certains secteurs de la commune aux véhicules dont la circulation sur ces voies ou dans ces secteurs est de nature à compromettre soit la tranquillité publique, soit la qualité de l'air, soit la protection des espèces animales ou végétales, soit la protection des espaces naturels, des paysages ou des sites ou leur mise en valeur à des fins esthétiques, écologiques, agricoles, forestières ou touristiques. Dans ces secteurs, le maire peut, en outre, par arrêté motivé, soumettre à des prescriptions particulières relatives aux conditions d'horaires et d'accès à certains lieux et aux niveaux sonores admissibles les activités s'exerçant sur la voie publique, à l'exception de celles qui relèvent d'une mission de service public () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le maire peut, sur toutes les voies situées en agglomération, réglementer la circulation et le stationnement des véhicules, éventuellement d'une seule catégorie de véhicules, la discrimination pouvant alors être légale, dès lors qu'elle répond à l'objectif général de prise en compte des nécessités de la circulation ou de protection de l'environnement, sans qu'elle puisse avoir un caractère général ou absolu.

4. Il ressort des pièces du dossier, que l'article 7 de l'arrêté attaqué interdit pendant six mois de l'année, du 1er mai au 30 octobre, correspondant aux périodes de fréquentation touristique de la commune, le stationnement des caravanes et des autocaravanes dans dix-huit zones ou rues de la commune précisément énumérées. Il ressort des plans de ville joints par la commune en défense, que l'interdiction de stationnement ne concerne qu'une partie limitée du territoire communal, définie de manière claire, correspondant essentiellement au front de mer et au port ostréicole. Contrairement à ce qu'allègue le requérant, cette interdiction n'a pas pour effet de priver de tout accès à la plage les autocaravanes dans la mesure où d'une part, l'arrêté ne réglemente que le stationnement et non la circulation ou le simple arrêt des autocaravanes et d'autre part, les autocaravanes et véhicules assimilés conservent la possibilité de stationner sur le reste du territoire de la commune dont plusieurs rues mènent directement au front de mer comme la rue de l'Amiral Courbet, la rue des Pécheurs, la rue de la République et l'avenue de la plage. Par ailleurs, Ares est une commune à vocation touristique du bassin d'Arcachon, très fréquentée et confrontée depuis plusieurs années à une densité d'utilisateurs d'autocaravanes séjournant sur le territoire communal et dont le nombre augmente fortement, et connaît ainsi des implantations anarchiques sources de nuisances, ce qui engendre dans certains secteurs de la commune, au regard de leur gabarit, une réelle gêne pour la circulation et un danger pour les usagers notamment dans les lieux dédiés à des activités de commerces et de loisirs. Dans ces circonstances, la limitation ainsi apportée au stationnement des autocaravanes et assimilés, pendant six mois de l'année, ne revêt pas le caractère d'une interdiction d'une généralité excessive au regard des objectifs poursuivis de préservation de la sécurité et de la tranquillité publiques, au sens des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales.

5. Le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.

6. En l'espèce, eu égard d'une part, à l'aménagement intérieur spécifique des autocaravanes et véhicules assimilés, qui permet leur habitabilité et d'autre part, la différence de gabarit entre les autocaravanes et les autres véhicules de catégorie M1, au sens de l'article R. 311-1 du code de la route, les dispositions de l'arrêté en litige, en ce qu'elles visent la protection des intérêts qui viennent d'être rappelés au point 6, peuvent justifier, sans atteinte au principe d'égalité, un traitement différent s'agissant de la possibilité de stationner sur certaines voies ou certains lieux. Dès lors, cette différence de traitement étant en rapport avec l'objet de l'arrêté et n'étant pas disproportionnée au regard des motifs de sécurité la justifiant, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté porte atteinte au principe d'égalité entre les usagers du domaine public routier. Le moyen doit être écarté.

7. Si le requérant soutient que l'arrêté du 21 juin 2021 est entaché d'illégalité dès lors qu'il n'a pas été affiché sur l'aire réservée aux autocaravanes et véhicules assimilés et que les panneaux de signalisation posés en application de cet arrêté sont illégaux dès lors qu'ils interdisent non seulement le stationnement mais également l'arrêt, ce que ne prévoit pas l'arrêté, de telles circonstances, à les supposer établies, sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué dans la mesure où elles concernent les modalités de son entrée en vigueur et de son exécution.

8. Le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la circulaire interministérielle du 19 octobre 2004, qui n'a pas de valeur réglementaire, pour considérer que les autocaravanes auraient droit à une halte-nocturne en quelque endroit de la commune, lequel ne découle au demeurant d'aucun texte législatif ou réglementaire ni d'aucun principe. Ce moyen doit être également écarté comme inopérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2021 par lequel le maire de la commune d'Arès réglemente sur la commune les conditions de stationnement et d'accueil des caravanes et autocaravanes.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme que la commune d'Arès demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Arès au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune d'Arès.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président,

Mme Mounic, première conseillère,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2023.

La rapporteure,

S. MOUNIC Le président,

Ph. DELVOLVÉ

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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