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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2105973

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2105973

mercredi 17 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2105973
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 novembre 2021, et par un mémoire enregistré le 20 septembre 2022, non communiqué, la SNC des Sables, représentée par Me Izambard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de La Teste de Buch a refusé de lui délivrer un permis de construire pour édifier un bâtiment à usage d'habitation et une piscine sur un terrain situé 10-12 avenus des Sables, au Pyla-sur-Mer, ensemble la décision implicite portant rejet de son recours gracieux exercé le 26 septembre 2021;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de La Teste de Buch de lui délivrer l'autorisation d'urbanisme demandée en définissant les prescriptions nécessaires ;

3°) de mettre à la charge de la commune de La Teste de Buch la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, le délai d'instruction de la demande ayant été prolongé de manière illégale, en dehors des cas définis par l'article R. 423-24 du code de l'urbanisme ;

- il n'est pas suffisamment motivé en fait ;

- l'atteinte à l'intérêt des lieux environnants n'est pas caractérisée ; l'architecte des Bâtiments de France a donné un avis favorable à sa demande de permis de construire ; de simples prescriptions auraient permis de tenir compte des observations de l'architecte des Bâtiments de France et d'imposer une réduction de la hauteur de la clôture. .

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, la commune de La Teste de Buch, représentée par le cabinet Cazcarra et Jeanneau, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SNC des Sables la somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SNC des Sables ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pinturault,

- les conclusions de M. Josserand, rapporteur public,

- et les observations de Me Izembard, représentant la SNC des Sables, et de Me Cazcarra, représentant la commune de La Teste de Buch.

Considérant ce qui suit :

1. La SNC des Sables a déposé à la mairie de La Teste de Buch une demande de permis de construire pour édifier, sur deux parcelles cadastrées section CD n° 196 et 356, situées 10-12 avenue des Sables au Pyla-sur-Mer, en lieu et place de la villa actuelle construite sur la parcelle n° 356, une villa avec piscine. Par un arrêté du 5 juillet 2021, le maire de la commune de La Teste de Buch a refusé de délivrer le permis de construire demandé. La SNC des Sables demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu et d'une part, aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes () ". Selon l'article R. 423-24 de ce code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : () c) Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques () ". Selon l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : () b) Permis de construire () ou permis de démolir tacite () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 621-30 du code de l'urbanisme : " I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords () II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. Ce périmètre peut être commun à plusieurs monuments historiques. / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci () ". Selon l'article L. 621-32 de ce code : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. / Lorsqu'elle porte sur des travaux soumis à formalité au titre du code de l'urbanisme ou au titre du code de l'environnement, l'autorisation prévue au présent article est délivrée dans les conditions et selon les modalités de recours prévues aux articles L. 632-2 et L. 632-2-1. "

4. Enfin, aux termes de l'article R. 424-3 du code de l'urbanisme : " () le défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction vaut décision implicite de rejet lorsque la décision est soumise à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France et que celui-ci a notifié, dans les délais mentionnés aux articles R. * 423-59 et R. * 423-67, un avis défavorable ou un avis favorable assorti de prescriptions () ". Aux termes de l'article R. 424-4 du code de l'urbanisme : " Dans les cas prévus à l'article précédent, l'architecte des Bâtiments de France ou le préfet de région adresse copie de son avis ou de sa décision au demandeur et lui fait savoir qu'en conséquence il ne pourra pas se prévaloir d'un permis tacite. "

5. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'une demande d'autorisation d'urbanisme est soumise à l'avis conforme de l'architecte des bâtiments de France (ABF), et lorsque cette autorité fait connaître au pétitionnaire, avant l'expiration du délai d'un mois après sa saisine, qu'elle émet sur le projet un avis défavorable, ou un avis favorable assorti de prescriptions, aucune autorisation d'urbanisme tacite ne peut plus naître du silence gardé sur la demande par l'autorité chargée de l'instruire.

6. Il est constant que le terrain d'assiette du projet se trouve dans le périmètre défini pour la protection des abords de la villa Geneste, bâtiment inscrit depuis le 18 février 2011 à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, figurant comme tel dans le tableau des servitudes d'utilité publique annexé au plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de La Teste de Buch, située sur la parcelle immédiatement voisine au terrain d'assiette, et sur laquelle le projet crée des vues immédiates depuis sa façade ouest. Il s'ensuit que, conformément aux dispositions rappelées ci-dessus aux points 2, d'une part, le délai d'instruction de la demande était majoré de la durée prescrite au c) de l'article R. 424-24 du code de l'urbanisme et que, d'autre part, le maire de la commune de La Teste de Buch ne pouvait se prononcer dans un sens favorable sur la demande de permis de construire déposée par la société requérante, sans avoir préalablement sollicité l'avis conforme de l'ABF.

7. Il ressort des pièces du dossier que l'ABF a été saisi par le maire de la commune de La Teste de Buch, le 26 mars 2021, d'une demande d'avis sur le projet présenté par la SNC des Sables et que, le 30 mars suivant, l'ABF a rendu un avis favorable, assorti de prescriptions. Il est constant que cet avis, intervenu avant l'expiration du délai d'un mois dont disposait l'ABF pour se prononcer, et même avant l'expiration du délai de trois mois imparti aux services instructeurs de la mairie pour examiner la demande de permis de construire, a été notifié à la société pétitionnaire avant l'expiration de chacun de ces deux délais. Il suit de là que, quand bien même la commune de La Teste de Buch s'est trompée en faisant savoir à la SNC des Sables, par un courrier du 25 mars 2021, que le délai d'instruction de sa demande était prorogé de deux mois pour consultation de l'ABF, alors que, pour l'application de l'article R. 424-24 du code de l'urbanisme, ce délai n'a été prorogé que d'un mois, cette même société ne pouvait plus, avant même l'expiration du délai de droit commun, se prévaloir de ce délai pour revendiquer le bénéfice d'un permis de construire tacite. Par suite, l'erreur commise par la commune de La Teste-de-Buch, dans son courrier du 25 mars 2021, sur la durée de la prorogation du délai d'instruction, n'a pu avoir d'incidence sur la légalité de la décision contestée, de sorte que la société pétitionnaire ne peut utilement s'en prévaloir.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6 () ". Aux termes de l'article A. 424-4 de ce code : " () l'arrêté précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision () ".

9. L'arrêté contesté a été pris sur le fondement des dispositions de l'article 11-3 du règlement de la zone UPA du plan local d'urbanisme (PLU), qui interdisent les portails plus hauts que les clôtures, et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, relatives à l'insertion du projet dans son environnement. Il expose que, dans le projet en litige, le portail sur rue est plus haut que la clôture et que le projet porte atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants. L'arrêté contesté comporte ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait qui le fondent, de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

10. En dernier lieu, le terrain d'assiette du projet contesté se trouve en zone UPA du PLU de la commune de La Teste de Buch. Cette zone, aux termes de l'exposé qui est fait de son caractère dans ce même règlement, est une zone urbaine résidentielle du Pyla, protégée par son contenu patrimonial et paysager. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. "

11. Le projet consiste à édifier une maison d'habitation composée en trois volumes juxtaposés : un premier volume, visible depuis la rue côté est, construit en rez-de-chaussée, et deux autres édifiés en rez-de-jardin côté ouest, l'un construit en partie sous le rez-de-chaussée et l'autre édifié au-dessus du garage aménagé en sous-sol et constitué d'un studio associé à une piscine, l'ensemble étant recouvert d'un revêtement blanc écru et traité en angles droits avec des toits plats aménagés en terrasses végétalisées. Si le projet est situé sur un terrain voisin de la villa Geneste, construite dans les années 1960 dans un style alors résolument moderniste inspiré du Bahaus et classée à ce titre à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, tous les autres éléments bâtis environnants sont constitués de villas édifiées, pour un grand nombre, dans la première moitié du XXème siècle, et toutes dans des styles traditionnels parmi lesquels domine le style de la maison basque, caractéristique de l'habitat résidentiel et balnéaire du sud de la côte atlantique au début du XXème siècle. La circonstance que la villa Geneste, voisine du projet, est elle-même édifiée dans un style moderniste qui tranche avec ce style traditionnel environnant n'est pas, en soi, de nature à justifier, pour le projet en litige, la rupture évidente qu'il présente avec les autres éléments bâtis du secteur, lesquels participent à la fois de l'intérêt environnemental et paysager des lieux et leur confèrent leur caractère propre. En outre, même si la composition du bâtiment projeté, en rez-de-chaussée sur sa façade ouest et en rez-de-jardin sur sa façade est, a été conçue pour épouser la déclivité naturelle du terrain d'assiette, et même si le projet s'inspire manifestement de l'architecture de la villa Geneste, notamment par sa configuration anguleuse et l'installation d'auvents en porte-à-faux au-dessus du toit-terrasse de rez-de-jardin et de la piscine, cette conception ne suffit pas à compenser la rupture excessive que crée le projet dans la continuité des autres bâtiments édifiés sur les parcelles situées le long de la même voie et sur les autres terrains avoisinants. Dans ces conditions, il ressort des pièces du dossier que, au regard à la fois de ses formes et de ses volumes, de sa conception générale et des partis-pris architecturaux retenus par la société pétitionnaire, le projet ne peut être regardé comme satisfaisant aux règles générales d'insertion prévues à l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. Même l'édiction de prescriptions complémentaires n'aurait pas permis de satisfaire au respect de ces dispositions. Par suite, et nonobstant l'avis favorable sous réserve de l'architecte des bâtiments de France, l'autorité administrative n'a pas fait d'application inexacte de ce texte en refusant de faire droit à la demande de permis de construire. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SNC des Sables ne peut qu'être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de La Teste-de-Buch, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande la SNC des Sables au titre des frais non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SNC des Sables une somme de 1000 euros à verser à la commune de La Teste-de-Buch sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SNC des Sables est rejetée.

Article 2 : La SNC des Sables versera à la commune de La Teste-de-Buch une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SNC des Sables et à la commune de La Teste de Buch.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente

M. Pinturault, premier conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2024.

Le rapporteur,

M. PINTURAULT

La présidente,

C. CABANNE La greffière,

M.-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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