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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2106110

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2106110

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2106110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP BCJ - BROSSIER- CARRE- JOLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 457217 du 2 novembre 2021, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Bordeaux, en application de l'article R. 312-5 du code de justice administrative, la requête de la SARL A Henri Participations et l'association des propriétaires des Cottes-Mailles et de Varaize.

Par cette requête et des mémoires, enregistrés les 14 janvier, 11, 17 et 19 février, 10 mars et 14 août 2020 et 4 novembre 2023, la SARL A Henri Participations et l'association des propriétaires des Cottes-Mailles et de Varaize demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2019 par lequel le maire de La Rochelle a délivré à la commune un permis d'aménager pour la restauration du marais de Tasdon ainsi que tout acte et travaux en découlant ;

2°) d'enjoindre à la commune de La Rochelle de remettre en état le site tel qu'il existait avant l'adoption de l'arrêté du 29 novembre 2019 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de La Rochelle une somme de 1 000 euros à verser à chacune d'elles sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence dès lors que la communauté d'agglomération de La Rochelle est compétente en matière, d'une part, de gestion des milieux aquatiques et, d'autre part, d'équipements et d'actions qui concernent l'agglomération toute entière, dont relève l'aménagement du marais de Tasdon ;

- elles sont fondées à se prévaloir de l'illégalité de la délibération du 17 février 2020 du conseil municipal de La Rochelle et de la délibération du 20 février 2020 du conseil communautaire de la communauté d'agglomération de La Rochelle ;

- les travaux ont commencé dès le mois de décembre 2019 ; ils doivent être regardés comme étant effectués sans autorisation au sens de l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2020, la commune de La Rochelle, représentée par Me Brossier, avocate, conclut au rejet de la requête, à ce que le tribunal supprime, en application de l'article L. 741-2 du code de justice administrative, les passages injurieux figurant aux pages 5, 11 et 13 du mémoire du 10 mars 2020 des requérantes et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- il appartient au tribunal de constater, en application de l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative, le désistement d'office des requérantes dès lors qu'elles n'ont pas confirmé le maintien de leur requête en annulation après rejet, par ordonnance n° 2000669 du 27 mars 2020 du tribunal administratif de Poitiers, de leur requête en référé-suspension ;

- la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir et méconnaissance des dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- les moyens tirés de ce que les délibérations des 17 et 20 février 2020 du conseil municipal de La Rochelle et de la communauté d'agglomération de La Rochelle constitueraient un détournement de pouvoir et occasionneraient des risques pour la salubrité et la santé publique sont irrecevables dès lors qu'ils se rattachent à une cause juridique distincte de celle développée dans le délai de recours contentieux ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme,

- le code de l'environnement,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,

- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 29 novembre 2019, le préfet de la Charente-Maritime a délivré à la commune de La Rochelle une autorisation environnementale concernant l'aménagement et la valorisation du marais de Tasdon et déclaré d'intérêt général les travaux relatifs à cet aménagement. Par un arrêté en date du 29 novembre 2019, le maire de La Rochelle a accordé à la ville de La Rochelle un permis d'aménager en vue de la restauration du marais de Tasdon. Par la présente requête, la SARL A Henri Participations et l'association des propriétaires des Cottes-Mailles et de Varaize demandent au tribunal d'annuler l'arrêté municipal du 29 novembre 2019.

Sur les conclusions tendant à ce que le tribunal constate le désistement d'office des requérantes :

2. Aux termes de l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative : " En cas de rejet d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 au motif qu'il n'est pas fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision, il appartient au requérant, sauf lorsqu'un pourvoi en cassation est exercé contre l'ordonnance rendue par le juge des référés, de confirmer le maintien de sa requête à fin d'annulation ou de réformation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce rejet. A défaut, le requérant est réputé s'être désisté. / Dans le cas prévu au premier alinéa, la notification de l'ordonnance de rejet mentionne qu'à défaut de confirmation du maintien de sa requête dans le délai d'un mois, le requérant est réputé s'être désisté. ".

3. Par une ordonnance n° 2000669 du 27 mars 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Poitiers a rejeté la requête de la SARL A Henri Participations et l'association des propriétaires des Cottes-Mailles et de Varaize, présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, tendant à la suspension de l'arrêté du 29 novembre 2019 du maire de La Rochelle portant permis d'aménager par la ville de La Rochelle pour la restauration du marais de Tasdon au motif qu'en l'état de l'instruction, aucun moyen invoqué n'était propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Toutefois, le courrier de notification de l'ordonnance n° 2000669 ne mentionne pas l'obligation pour les requérantes de confirmer le maintien de leur requête à fin d'annulation dans un délai d'un mois. Par suite, la commune de La Rochelle n'est pas fondée à demander au tribunal de constater le désistement d'office de la présente requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () / Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir ainsi que les déclarations préalables sur lesquelles il n'a pas été statué à la date du transfert de compétence restent soumises aux règles d'instruction et de compétence applicables à la date de leur dépôt. ". Aux termes de l'article L. 422-3 du même code : " Lorsqu'une commune fait partie d'un établissement public de coopération intercommunale, elle peut, en accord avec cet établissement, lui déléguer la compétence prévue au a de l'article L. 422-1 qui est alors exercée par le président de l'établissement public au nom de l'établissement. / La délégation de compétence doit être confirmée dans les mêmes formes après chaque renouvellement du conseil municipal ou après l'élection d'un nouveau président de l'établissement public. / Le maire adresse au président de l'établissement public son avis sur chaque demande de permis et sur chaque déclaration préalable. "

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-7 du code de l'environnement, dans sa rédaction applicable : " () I bis.- Les communes sont compétentes en matière de gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations. Cette compétence comprend les missions définies aux 1°, 2°, 5° et 8° du I. A cet effet, elles peuvent recourir à la procédure prévue au même I. () ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la commune de La Rochelle était, à la date du dépôt du permis d'aménager en litige, dotée d'un plan local d'urbanisme, approuvé le 17 novembre 2011. Il est vrai que, d'une part, les statuts de la communauté d'agglomération de La Rochelle prévoient que sont considérés comme d'intérêt communautaire obligatoirement transférés les équipements et les actions qui, par leur objet, leur importance, leur conséquence ou leur coût, concernent l'agglomération toute entière et, d'autre part, par arrêté du 7 mai 2018, le préfet de la Charente-Maritime a ajouté dans les statuts de la communauté d'agglomération de La Rochelle, au sein des compétences obligatoires, la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations dans les conditions prévues à l'article L. 211-7 du code de l'environnement. Toutefois, ces dispositions ne sauraient valoir transfert de la compétence dévolue au maire, dans les communes dotées d'un plan local d'urbanisme, pour délivrer les autorisations d'occupation du sol sur son territoire, telle que prévue à l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme. En outre, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la commune de La Rochelle aurait, à la date de l'arrêté en litige, délégué à la communauté d'agglomération de La Rochelle dont elle est membre, sa compétence en matière de délivrance des permis d'aménager. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait entaché d'incompétence doit être écarté.

7. En deuxième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte réglementaire, une telle exception peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux contre cet acte. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

8. En l'espèce, les requérantes peuvent être regardées comme entendant se prévaloir de l'illégalité de la délibération du 17 février 2020 par laquelle le conseil municipal de La Rochelle a approuvé le projet de convention de transfert de maîtrise d'ouvrage de la communauté d'agglomération à la ville de La Rochelle pour l'aménagement du marais de Tasdon et autorisé le maire à signer cette convention et de la délibération du 20 février 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de La Rochelle a approuvé le projet de convention de transfert de maîtrise d'ouvrage à la ville de La Rochelle pour l'aménagement du marais de Tasdon et autorisé le président de la communauté d'agglomération à signer cette convention. Toutefois, le permis d'aménager en litige, qui a été délivré le 29 novembre 2019, soit à une date antérieure à l'adoption de ces délibérations, ne saurait être regardé comme ayant été pris pour l'application de ces délibérations, qui n'en constituent pas davantage la base légale. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité, ce moyen ne peut qu'être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé. () ".

10. En l'espèce, si les requérantes soutiennent que les travaux objet du permis d'aménager en litige ont commencé dès le mois de décembre 2019 et doivent être regardés comme ayant été effectués sans autorisation au sens des dispositions précitées de l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme, ce moyen est inopérant, dès lors qu'il se rapporte non à la légalité du permis d'aménager contesté, mais à son exécution. Par suite, il ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les requérantes ne sont pas fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2019. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la suppression des passages injurieux, outrageants ou diffamatoires dans les écritures des requérantes :

12. Aux termes de l'article L. 741-2 du code de justice administrative : " () Ne donneront lieu à aucune action en diffamation, injure ou outrage, ni le compte rendu fidèle fait de bonne foi des débats judiciaires, ni les discours prononcés ou les écrits produits devant les tribunaux. / Pourront néanmoins les juges, saisis de la cause et statuant sur le fond, prononcer la suppression des discours injurieux, outrageants ou diffamatoires, et condamner qui il appartiendra à des dommages-intérêts. () ".

13. Les passages du mémoire des requérantes enregistré le 10 mars 2020, figurant aux pages 5 et 13, dont la suppression est demandée par la commune de La Rochelle, n'excèdent pas le droit à la libre discussion et ne présentent pas un caractère injurieux, outrageant ou diffamatoire au sens des dispositions précitées de l'article L. 741-2 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions tendant à leur suppression doivent être rejetées.

14. En revanche, la phrase commençant par les mots " La ville de La Rochelle " et se terminant par le mot " chronique ", utilisée par les requérantes en page 11 de leur mémoire enregistré le 10 mars 2020, présente un caractère injurieux et diffamatoire. Par suite, il y a lieu d'en prononcer la suppression.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de La Rochelle, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que les requérantes demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des requérantes une somme de 500 euros à verser ensemble à la commune de La Rochelle sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL A Henri Participations et l'association des propriétaires des Cottes-mailles et de Varaize est rejetée.

Article 2 : La SARL A Henri Participations et l'association des propriétaires des Cottes-mailles et de Varaize verseront ensemble la somme de 500 euros à la commune de La Rochelle au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le passage figurant en page 11 du mémoire du 11 mars 2020 de la SARL A Henri Participations et l'association des propriétaires des Cottes-mailles et de Varaize, mentionné au point 14, est supprimé.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL A Henri Participations, à l'association des propriétaires des Cottes-mailles et de Varaize et à la commune de La Rochelle.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président,

Mme Mounic, première conseillère,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

La rapporteure,

C. PASSERIEUX

Le président,

Ph. DELVOLVÉ

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2106110

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