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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2106112

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2106112

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2106112
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP BCJ - BROSSIER- CARRE- JOLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 457214 du 2 novembre 2021, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Bordeaux, en application de l'article R. 312-5 du code de justice administrative, la requête de la SARL A Henri Participations et l'association des propriétaires des Cottes-Mailles et de Varaize.

Par cette requête et des mémoires, enregistrés les 1er mars et 16 août 2020 et 4 novembre 2023, la SARL A Henri Participations et l'association des propriétaires des Cottes-Mailles et de Varaize demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la délibération n° 42 du 20 février 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de La Rochelle a approuvé le projet de convention de transfert de maîtrise d'ouvrage de la communauté d'agglomération de La Rochelle à la ville de La Rochelle pour l'aménagement du marais de Tasdon et autorisé le président à signer cette convention ;

2°) de déclarer nuls tous actes ou travaux entrepris par la commune de La Rochelle concernant l'aménagement du marais de Tasdon et d'ordonner la remise en état du site ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération de La Rochelle une somme de 15 000 euros à verser à chacune d'elles sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la délibération contestée est entachée d'incompétence ; à cet égard, la compétence relative à la maîtrise d'ouvrage sur la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations ne pouvait être transférée de façon rétroactive à la ville de La Rochelle, dès lors qu'est en cause un projet global d'aménagement de la gestion d'un milieu aquatique, au sens de l'article L. 211-7 du code de l'environnement ;

- la limitation de l'enquête publique aux seules communes de La Rochelle et d'Aytré est illégale ; la commune de La Rochelle a également illégalement ignoré l'avis défavorable du commissaire enquêteur ;

- la délibération en litige constitue un détournement de pouvoir ;

- elles n'ont pas été mises en mesure de prendre connaissance du projet de convention de maîtrise d'ouvrage entre la communauté d'agglomération de La Rochelle et la commune de La Rochelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2020, la communauté d'agglomération de La Rochelle, représentée par Me Brossier, avocate, conclut au rejet de la requête, à ce que le tribunal supprime, en application de l'article L. 741-2 du code de justice administrative, les passages injurieux figurant aux pages 3 et 8 de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de chacune des requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que ;

- à titre principal, la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir ; par ailleurs, la société A Henri Participations n'a pas qualité pour représenter l'association des propriétaires des Cottes-Mailles et de Varaize ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique,

- le code général des collectivités territoriales,

- le code de l'urbanisme,

- le code de l'environnement,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Passerieux, rapporteure,

- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 29 novembre 2019, le préfet de la Charente-Maritime a délivré à la commune de La Rochelle une autorisation environnementale concernant l'aménagement et la valorisation du marais de Tasdon et déclaré d'intérêt général les travaux relatifs à cet aménagement. Par un arrêté en date du 29 novembre 2019, le maire de La Rochelle a accordé à la ville de La Rochelle un permis d'aménager en vue de la restauration du marais de Tasdon. Par une délibération en date du 17 février 2020, le conseil municipal de La Rochelle a approuvé, à son point n° 21, le projet de convention de transfert de maîtrise d'ouvrage de la communauté d'agglomération de La Rochelle à la ville de La Rochelle pour l'aménagement du marais de Tasdon et autorisé le maire à signer cette convention. Enfin, par une délibération du 20 février 2020, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de La Rochelle a approuvé, à son point n° 42, le projet de convention de transfert de maîtrise d'ouvrage de la communauté d'agglomération de La Rochelle à la ville de La Rochelle pour l'aménagement du marais de Tasdon et autorisé le président à signer cette convention. Par la présente requête, la SARL A Henri Participations et l'association des propriétaires des Cottes-Mailles et de Varaize demandent au tribunal d'annuler cette délibération du 20 février 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 2411-1 du code de la commande publique, dans sa rédaction applicable : " Les maîtres d'ouvrage sont les responsables principaux de l'ouvrage. Ils ne peuvent déléguer cette fonction d'intérêt général, définie au titre II, sous réserve, d'une part, des dispositions du présent livre relatives au mandat et au transfert de maîtrise d'ouvrage et, d'autre part, des dispositions du livre II relatives aux marchés de partenariat. / Sont maîtres d'ouvrage les acheteurs suivants : / 1° L'Etat et ses établissements publics ; / 2° Les collectivités territoriales, leurs établissements publics, les offices publics de l'habitat mentionnés à l'article L. 411-2 du code de la construction et de l'habitation pour les logements à usage locatif aidés par l'Etat et réalisés par ces organismes et leurs groupements ; / 3° Les organismes privés mentionnés à l'article L. 124-4 du code de la sécurité sociale, ainsi que leurs unions ou fédérations ; / 4° Les organismes privés d'habitations à loyer modéré, mentionnés à l'article L. 411-2 du code de la construction et de l'habitation, ainsi que les sociétés d'économie mixte, pour les logements à usage locatif aidés par l'Etat et réalisés par ces organismes et sociétés. " Aux termes de l'article L. 2421-1 du même code : " Les attributions du maître d'ouvrage qui, pour chaque opération envisagée, s'assure préalablement de sa faisabilité et de son opportunité, sont les suivantes : / 1° La détermination de sa localisation ; / 2° L'élaboration du programme défini à l'article L. 2421-2 ; / 3° La fixation de l'enveloppe financière prévisionnelle ; / 4° Le financement de l'opération ; / 5° Le choix du processus selon lequel l'ouvrage sera réalisé ; / 6° La conclusion des marchés publics ayant pour objet les études et l'exécution des travaux de l'opération. ". Aux termes de l'article L. 2422-12 de ce code : " Lorsque la réalisation ou la réhabilitation d'un ouvrage ou d'un ensemble d'ouvrages relèvent simultanément de la compétence de plusieurs maîtres d'ouvrage mentionnés à l'article L. 2411-1 ou de l'un ou plusieurs de ces maîtres d'ouvrage et de la société SNCF Réseau mentionnée à l'article L. 2111-9 du code des transports ou de sa filiale mentionnée au 5° de cet article, ceux-ci peuvent désigner, par convention, celui d'entre eux qui assurera la maîtrise d'ouvrage de l'opération. Cette convention précise les conditions d'organisation de la maîtrise d'ouvrage exercée et en fixe le terme. () "

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () / Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir ainsi que les déclarations préalables sur lesquelles il n'a pas été statué à la date du transfert de compétence restent soumises aux règles d'instruction et de compétence applicables à la date de leur dépôt. ". Aux termes de l'article L. 211-7 du code de l'environnement, dans sa rédaction applicable : " () I bis.- Les communes sont compétentes en matière de gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations. Cette compétence comprend les missions définies aux 1°, 2°, 5° et 8° du I. A cet effet, elles peuvent recourir à la procédure prévue au même I. () ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. () ". Aux termes de l'article L. 2121-29 du même code, lequel est inclus au chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie du code : " Les () communautés d'agglomération () sont administrées par un organe délibérant composé de représentants des communes membres désignés dans les conditions prévues au titre V du livre Ier du code électoral. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 5211-5 de ce code : " () III. - Le transfert des compétences entraîne de plein droit l'application à l'ensemble des biens, équipements et services publics nécessaires à leur exercice, ainsi qu'à l'ensemble des droits et obligations qui leur sont attachés à la date du transfert, des dispositions des trois premiers alinéas de l'article L. 1321-1, des deux premiers alinéas de l'article L. 1321-2 et des articles L. 1321-3, L. 1321-4 et L. 1321-5. / Toutefois, lorsque l'établissement public de coopération intercommunale est compétent en matière de zones d'activité économique, les biens immeubles des communes membres peuvent lui être transférés en pleine propriété, dans la mesure où ils sont nécessaires à l'exercice de cette compétence. Les conditions financières et patrimoniales du transfert des biens immobiliers sont décidées par délibérations concordantes de l'organe délibérant et des conseils municipaux des communes membres se prononçant dans les conditions de majorité qualifiée requise pour la création de l'établissement, au plus tard un an après le transfert de compétences. Dans les cas où l'exercice de la compétence est subordonné à la définition de l'intérêt communautaire, ce délai court à compter de sa définition. Il en va de même lorsque l'établissement public est compétent en matière de zones d'aménagement concerté. / L'établissement public de coopération intercommunale est substitué de plein droit, à la date du transfert des compétences, aux communes qui le créent dans toutes leurs délibérations et tous leurs actes. () ".

5. En l'espèce, d'une part, s'il est vrai que par arrêté du 7 mai 2018, le préfet de la Charente-Maritime a ajouté dans les statuts de la communauté d'agglomération de La Rochelle, au sein des compétences obligatoires, la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations dans les conditions prévues à l'article L. 211-7 du code de l'environnement, ces dispositions ne sauraient valoir transfert de la compétence dévolue au maire, dans les communes dotées d'un plan local d'urbanisme, pour délivrer les autorisations d'occupation du sol sur son territoire, telle que prévue à l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, le maire de La Rochelle était compétent pour accorder à la ville de La Rochelle un permis d'aménager en vue de la restauration du marais de Tasdon. D'autre part, il n'est pas contesté que certains ouvrages situés dans le périmètre des travaux de réaménagement du marais de Tasdon relèvent de la compétence de la communauté d'agglomération de La Rochelle, dont les statuts lui attribuent des compétences supplémentaires en matière d'eaux pluviales primaires, s'agissant notamment de la réalisation et la gestion d'ouvrages d'amenée, de stockage, de régulation et de traitement des eaux avant rejet dans le milieu naturel. Dès lors, pour la réalisation conjointe de ces travaux, la commune de La Rochelle et la communauté d'agglomération de La Rochelle pouvaient légalement, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 2422-12 du code de la commande publique, adopter un projet de convention de transfert de maîtrise d'ouvrage de la communauté d'agglomération au profit de la Ville de La Rochelle. Par ailleurs, en vertu des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de La Rochelle était compétent pour adopter la délibération en litige, laquelle n'a pas un caractère rétroactif et porte approbation du projet de convention de transfert de maîtrise d'ouvrage.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'enquête publique qui s'est déroulée en mairies de La Rochelle et d'Aytré du 5 août au 4 septembre 2019 a été réalisée préalablement à l'intervention de l'arrêté du préfet de la Charente-Maritime n°19EB1590 du 29 novembre 2019 portant déclaration d'intérêt général et autorisation environnementale concernant l'aménagement et la valorisation du marais de Tasdon sur les communes de La Rochelle et Aytré, et de l'arrêté du 29 novembre 2019 par lequel le maire de La Rochelle a accordé à la ville de La Rochelle un permis d'aménager en vue de la restauration du marais de Tasdon, lesquels ne sont pas contestés dans la présente instance. Par suite, les requérantes ne peuvent utilement invoquer, à l'appui de leurs conclusions dirigées contre la délibération en litige, les irrégularités dont serait entachée cette enquête publique.

7. En troisième lieu, la circonstance que les requérantes n'auraient pas été mises en mesure de prendre connaissance du projet de convention de maîtrise d'ouvrage entre la communauté d'agglomération de La Rochelle et la commune de La Rochelle, à la supposer établie, n'a pas d'incidence sur la légalité de la délibération en litige. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que le conseil communautaire de La Rochelle, en adoptant la délibération contestée, aurait poursuivi un objectif étranger aux buts poursuivis par les dispositions citées au point 2. Par suite, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les requérantes ne sont pas fondées à demander l'annulation de la délibération du 20 février 2020. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la suppression des passages injurieux, outrageants ou diffamatoires dans les écritures des requérantes :

10. Aux termes de l'article L. 741-2 du code de justice administrative : " () Ne donneront lieu à aucune action en diffamation, injure ou outrage, ni le compte rendu fidèle fait de bonne foi des débats judiciaires, ni les discours prononcés ou les écrits produits devant les tribunaux. / Pourront néanmoins les juges, saisis de la cause et statuant sur le fond, prononcer la suppression des discours injurieux, outrageants ou diffamatoires, et condamner qui il appartiendra à des dommages-intérêts. () ".

11. Les passages de la requête, figurant en page 3, dont la suppression est demandée par la communauté d'agglomération de La Rochelle, n'excèdent pas le droit à la libre discussion et ne présentent pas un caractère injurieux, outrageant ou diffamatoire au sens des dispositions précitées de l'article L. 741-2 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions tendant à leur suppression doivent être rejetées.

12. En revanche, la phrase commençant par les mots " La ville de La Rochelle " et se terminant par le mot " chronique ", utilisée par les requérantes en page 8 de leur requête, présente un caractère injurieux et diffamatoire. Par suite, il y a lieu d'en prononcer la suppression.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d'agglomération de La Rochelle, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que les requérantes demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des requérantes une somme de 500 euros à verser ensemble à la communauté d'agglomération de La Rochelle sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL A Henri Participations et l'association des propriétaires des Cottes-mailles et de Varaize est rejetée.

Article 2 : La SARL A Henri Participations et l'association des propriétaires des Cottes-mailles et de Varaize verseront ensemble la somme de 500 euros à la communauté d'agglomération de La Rochelle au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le passage figurant en page 8 de la requête de la SARL A Henri Participations et l'association des propriétaires des Cottes-mailles et de Varaize, mentionné au point 12, est supprimé.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL A Henri Participations, à l'association des propriétaires des Cottes-mailles et de Varaize, à la communauté d'agglomération de La Rochelle et à la commune de La Rochelle.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président,

Mme Mounic, première conseillère,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

La rapporteure,

C. PASSERIEUX

Le président,

Ph. DELVOLVÉ

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°210611

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