Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2106356
mercredi 20 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2106356 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ARPI GLM AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 novembre 2021 et 13 mai 2022, le syndicat mixte des eaux de la Dordogne (SMDE 24), la commune de Eyraud-Crempse-Maurens et la commune de Campsegret, représentés par Me Laforcade, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2021 par lequel le préfet de la Dordogne a autorisé la création du syndicat mixte d'alimentation en eau potable Coteaux Pourpres, issu de la fusion du syndicat mixte d'alimentation en eau potable Dordogne Pourpre et du syndicat mixte d'alimentation en eau potable des Coteaux Sud Bergeracois.
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- l'arrêté attaqué leur fait grief dès lors que le syndicat se voit retirer sans son accord une compétence obligatoire sur une partie de son périmètre en contradiction avec ses statuts ;
- par cette fusion, la communauté d'agglomération Bergeracoise prépare son retrait du syndicat ;
- l'intérêt à agir des communes, membres des syndicats qui ont fusionné, est toujours admis ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure car les membres de la commission départementale de coopération intercommunale chargée de donner un avis sur le projet de fusion n'ont été destinataires que d'un rapport de trois pages très sommaire, qui ne comportait pas le projet de statut et n'ont dès lors pas été suffisamment informés, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 5211-36 du code général des collectivités territoriales ;
- il existe une contradiction entre l'arrêté et les statuts sur la date à partir de laquelle le syndicat est créé ;
- les statuts du futur syndicat prévoient la compétence complète sur l'alimentation en eau sans l'accord des communes membres, qui n'avaient autorisé que la compétence en matière de travaux et d'études ;
- le préfet a d'ailleurs autorisé la protection de la ressource et de ses points de prélèvements, alors que cette dernière compétence fait partie de ses compétences obligatoires, que les syndicats fusionnés lui avaient déjà transférées ;
- le préfet, en fondant son arrêté sur les dispositions de l'article L. 5212-27 du code général des collectivités territoriales, a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'un détournement de procédure, car seules les dispositions de l'article L. 5711-2 du code général des collectivités territoriales s'appliquent aux fusions des syndicats mixtes fermés.
Par des mémoires enregistrés les 27 décembre 2021 et 10 janvier 2022, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le syndicat mixte des eaux de la Dordogne ne justifie pas d'un intérêt à agir et les communes, qui ont seules intérêt à agir, ne présentent pas de moyen qui leur serait propres, aucun des moyens n'étant au demeurant fondé.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Paz, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Laforcade, avocat du syndicat mixte des eaux de la Dordogne et de Mme A, représentant le préfet de la Dordogne.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite du transfert obligatoire de la compétence " eau potable " aux communautés d'agglomération à compter du 1er janvier 2020, en application de l'article 66 de la loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe), la communauté d'agglomération Bergeracoise est devenue membre, par substitution-représentation des communes membres, de plusieurs syndicats mixtes d'eau potable parmi lesquels le syndicat mixte d'alimentation en eau potable Dordogne Pourpre et le syndicat mixte d'alimentation en eau potable des Coteaux Sud Bergeracois, lesquels sont eux-mêmes membres du syndicat mixte des eaux de la Dordogne (SMDE 24). Par une délibération du 21 septembre 2020, la communauté d'agglomération Bergeracoise a décidé d'initier une procédure de fusion du syndicat mixte d'alimentation en eau potable Dordogne Pourpre et du syndicat mixte d'alimentation en eau potable des Coteaux Sud Bergeracois. A l'issue de la procédure, le préfet de la Dordogne a décidé, par un arrêté du 26 octobre 2021, la création, à compter du 1er janvier 2021, d'un syndicat mixte d'alimentation en eau potable Coteaux Pourpres issu de la fusion des deux syndicats précités. Le SMDE 24, la commune de Eyraud-Crempse-Maurens et la commune de Campsegret, qui sont membres du syndicat mixte d'alimentation en eau potable Dordogne Pourpre, demandent l'annulation de l'arrêté préfectoral du 26 octobre 2021.
Sur les conclusions en annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 5211-45 du code général des collectivités territoriales : " () La commission départementale de la coopération intercommunale est " consultée par le représentant de l'Etat dans le département sur toute demande de retrait en application () de l'article L. 5214-26 () ". Aux termes de l'article R. 5211-35 du même code : " Les dispositions des articles R. 5211-36 à R. 5211-40 s'appliquent à la formation plénière et à la formation restreinte de la commission départementale de la coopération intercommunale ". Aux termes de l'article R. 5211- 36 du même code : " Le préfet convoque la commission départementale de la coopération intercommunale. La convocation est adressée aux membres de la formation concernée par écrit et à domicile cinq jours au moins avant le jour de la réunion, accompagnée de l'ordre du jour et d'un rapport explicatif pour chaque affaire inscrite à l'ordre du jour. En cas d'urgence, ce délai peut être réduit à trois jours ". Aux termes de l'article 3 du règlement intérieur de la commission départementale de la coopération intercommunale de la Dordogne : " () Cette transmission peut être effectuée par envoi dématérialisé à l'adresse de messagerie fournie par chaque membre () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que les convocations des membres de la commission départementale de la coopération intercommunale de la Dordogne leur ont été adressées le 13 septembre 2021, soit cinq jours avant la réunion de la commission fixée le 24 septembre 2021. Cette convocation était accompagnée de l'ordre du jour et d'un rapport explicatif relatif au projet de fusion litigieux. Ce rapport explique de manière suffisamment détaillée le contexte de la demande de fusion, rappelant notamment le transfert obligatoire de la compétence " eau " aux communautés d'agglomération, les motifs de la fusion, tenant à la simplification et à une plus grande proximité de la gouvernance de la compétence en eau potable, à renforcer la solidarité entre milieux urbain et rural, à engager un renouvellement du réseau et à améliorer le rendement. Le rapport exposait également le cadre juridique, en particulier la procédure prévue à l'article L. 5212- 27 du code général des collectivités territoriales et ses différentes étapes. Ainsi, ce rapport permettait aux membres de la commission d'appréhender le contexte, de comprendre les motifs de fait et de droit de la fusion envisagée et d'en mesurer les implications. Par suite, le moyen tiré d'un non-respect des dispositions de l'article R. 5211-36 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 5212-27 du code général des collectivités territoriales : " I. - Des syndicats de communes et des syndicats mixtes peuvent être autorisés à fusionner dans les conditions fixées par le présent article. / Le projet de périmètre du nouveau syndicat envisagé peut être fixé par arrêté du représentant de l'Etat dans le département lorsque les membres font partie du même département, ou par arrêté conjoint des représentants de l'Etat dans les départements concernés () / III. - L'établissement public issu de la fusion constitue de droit soit un syndicat de communes lorsqu'il résulte de la fusion exclusive de syndicats de communes, soit, dans le cas contraire, un syndicat prévu à l'article L. 5711-1 ou, selon sa composition, à l'article L. 5721-1. / Les statuts déterminent parmi les compétences transférées aux syndicats existants celles qui sont exercées par le nouveau syndicat dans son périmètre ; les autres compétences font l'objet d'une restitution aux membres des syndicats. / Lorsque la fusion emporte transferts de compétences des syndicats au nouveau syndicat, ces transferts s'effectuent dans les conditions financières et patrimoniales prévues aux cinquième et sixième alinéas de l'article L. 5211-17. / Le syndicat issu de la fusion est substitué de plein droit, pour l'exercice de ses compétences, dans son périmètre, aux anciens syndicats dans toutes leurs délibérations et tous leurs actes. () ".
5. Il ressort des travaux parlementaires de la loi du 16 décembre 2010 que l'intention du législateur était de faciliter la recomposition des structures intercommunales et de permettre de recourir plus largement, pour les syndicats de communes et les syndicats mixtes, ouverts ou fermés, aux mécanismes de fusion, de dissolution ou de substitution. Le législateur n'a notamment pas entendu exclure les syndicats mixtes fermés de la procédure prévue à l'article L. 5212-27 du CGCT relatif aux fusions. Par suite, alors même que cet article est inséré dans un chapitre relatif aux syndicat de communes et qu'une procédure de fusion spécifique aux syndicats mixtes fermés est prévue à l'article L. 5711-2 du CGCT, lequel renvoie à l'article L. 5211-41-3 du même code, ces procédures de fusion ne sont pas exclusives l'une de l'autre. Par suite, le préfet de la Dordogne a pu légalement mettre en œuvre l'article L. 5212-27 du CGCT et les requérants de sont pas fondés à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit et d'un détournement de procédure.
6. En troisième lieu, la circonstance que les statuts du nouveau syndicat, dénommé SMAEP Coteaux Pourpres, mentionnent par l'effet d'une erreur matérielle une date de création au 1er janvier 2021, est sans incidence sur sa date de création effective, est fixée au 1er janvier 2022 par l'arrêté préfectoral.
7. En quatrième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 5212-27 du code général des collectivités territoriales que, d'une part, un syndicat mixte créé par la fusion de plusieurs syndicats mixtes préexistants ne peut se voir transférer que des compétences exercées par au moins l'un d'entre eux, et, d'autre part, que celui-ci est substitué de plein droit, pour l'exercice de ses compétences, dans son périmètre, aux anciens syndicats dans toutes leurs délibérations et tous leurs actes.
8. Il résulte des statuts du syndicat mixte en alimentation en eau potable Coteaux Pourpres que ce syndicat exerce en lieu et place de ses membres la compétence obligatoire pour l'alimentation en eau potable et pour la protection de la ressource et des points de prélèvement.
9. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que les deux syndicats fusionnés détenaient la compétence pour l'alimentation en eau potable et pour la protection de la ressource et des points de prélèvement. Par suite, le syndicat mixte créé par la fusion de ces deux syndicats mixtes préexistants s'est bien vu transférer des compétences détenues par au moins l'un d'entre eux. Enfin, dans la mesure où, comme l'indique l'arrêté attaqué, le syndicat nouvellement créé est substitué de plein droit aux syndicats fusionnés au sein du SMDE 24 au titre de la compétence en matière de protection de la ressource et des points de prélèvement, cette création est sans conséquence sur la compétence du SMDE 24. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué affecterait la compétence pour l'alimentation en eau potable des communes membres des syndicats fusionnés qui n'avaient choisi de confier au SMDE 24 que la compétence en matière de protection de la ressource, doit être écarté, de même que le moyen tiré de ce que ce nouveau syndicat déposséderait le SMDE 24 de sa compétence en matière de protection de la ressource.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que le SMDE 24 et les communes de Eyraud-Crempse-Maurens et de Campsegret ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Il y a lieu, dès lors, de rejeter leur requête.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme réclamée par le syndicat mixte des Eaux de la Dordogne.
D E C I D E :
Article 1er : la requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié au syndicat mixte des eaux de la Dordogne, à la commune de Eyraud-Crempse-Maurens, à la commune de Campsegret et au préfet de la Dordogne.
Délibéré après l'audience du 18 mai 2022 à laquelle siégeaient :
- M. Pouget, président,
- Mme De Paz, première conseillère,
- Mme Patard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.
La rapporteure,
D. DE PAZ
Le président,
L. POUGET
La greffière,
I. MONTANGON
La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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