jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2106487 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS |
Vu les procédures suivantes :
I°) Par une requête enregistrée le 3 décembre 2021 sous le n° 2106487, M. C B, représenté par Me Ortigosa-Liaz, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Mérignac l'a placé en disponibilité d'office pour raison de santé du 17 novembre 2020 au 16 mai 2021 et l'arrêté du 4 octobre 2021 ayant le même objet ainsi que la décision du 4 octobre 2021 rejetant son recours gracieux dirigé contre l'arrêté du 4 juin 2021 ;
2°) d'enjoindre à la commune de Mérignac de lui proposer une période de préparation au reclassement, de reconstituer ses droits à pension à compter du 17 novembre 2020 et de reconstituer sa carrière, le tout dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de condamner la commune de Mérignac à lui verser une somme de 15 503,58 euros au titre du préjudice lié à la perte de traitement et de 5 000 euros en réparation du préjudice moral ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Mérignac la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la condamner aux dépens.
Il soutient que :
Sur les conclusions en annulation :
- l'arrêté du 26 avril 2021 et l'arrêté du 4 octobre 2021 ont été signés par une autorité incompétente ;
- aucun des deux arrêtés n'a été précédé de la recherche de possibilités de reclassement, en méconnaissance des textes applicables ;
- en vertu de l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984, la commune de Mérignac aurait dû lui proposer une période de préparation au reclassement dès lors qu'il a été reconnu inapte seulement à l'exercice de ses fonctions mais non de toutes fonctions ;
Sur les conclusions indemnitaires :
- la responsabilité de la commune est engagée du fait de l'absence de proposition de reclassement préalablement à son placement en disponibilité d'office ;
- il a subi un préjudice d'un montant de 15 503,58 euros bruts correspondant à la perte de traitement et un préjudice moral d'un montant de 5 000 euros en raison des inquiétudes ressenties et des pertes de chance de retrouver un emploi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2024, la commune de Mérignac, représentée par son maire en exercice, assistée du cabinet d'avocat HMS Atlantique, conclut :
- au non-lieu à statuer en ce qui concerne les conclusions en annulation dirigées contre l'arrêté du 26 avril 2021 qui a été implicitement mais nécessairement retiré de l'ordonnancement juridique par l'arrêté du 4 octobre 2021 ;
- au rejet du surplus des conclusions de la requête ;
- à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 9 février 2024, la clôture d'instruction a été prononcée avec effet immédiat.
II°) Par une requête enregistrée le 4 mai 2022 sous le n° 2202479, M. C B, représenté par Me Ortigosa-Liaz, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2021 par lequel le maire de la commune de Mérignac a prolongé sa disponibilité d'office pour raisons de santé pour une période de neuf mois à compter du 17 mai 2021 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 6 janvier 2022 contre cet arrêté ;
2°) d'enjoindre à la commune de Mérignac de lui proposer une période de préparation au reclassement, de reconstituer ses droits à pension à compter du 17 novembre 2020 et de reconstituer sa carrière, le tout dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de condamner la commune de Mérignac à lui verser la somme de 23 255,37 euros bruts en réparation du préjudice lié à la perte de traitement et de 5 000 euros au titre du préjudice moral ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Mérignac la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la condamner aux dépens.
Il soutient que :
Sur les conclusions en annulation :
- l'arrêté du 26 octobre 2021 sera annulé en conséquence de l'annulation des arrêtés du 26 avril et du 4 octobre 2021 ;
- il n'a pas été précédé de la recherche de possibilités de reclassement, en méconnaissance des textes applicables ;
- en vertu de l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984, la commune de Mérignac aurait dû lui proposer une période de préparation au reclassement dès lors qu'il a été reconnu inapte seulement à l'exercice de ses fonctions mais non de toutes fonctions ;
Sur les conclusions indemnitaires :
- la responsabilité de la commune est engagée du fait de l'absence de proposition de reclassement préalablement à son placement en disponibilité d'office ;
- il a subi un préjudice d'un montant de 23 255,37 euros bruts correspondant à la perte de traitement et un préjudice moral d'un montant de 5 000 euros en raison des inquiétudes ressenties et des pertes de chance de retrouver un emploi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2024, la commune de Mérignac, représentée par son maire en exercice, assistée du cabinet d'avocat HMS Atlantique, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 22 avril 2024, la clôture d'instruction a été prononcée avec effet immédiat.
III°) Par une requête enregistrée le 25 avril 2023 sous le n° 2302220, M. C B, représenté par Me Ortigosa-Liaz, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2022 par lequel le maire de la commune de Mérignac a renouvelé la disponibilité d'office pour raisons de santé pour la période du 17 février au 30 septembre 2022 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 21 décembre 2022 contre cet arrêté ;
2°) d'enjoindre à la commune de Mérignac de lui proposer une période de préparation au reclassement, de reconstituer ses droits à pension à compter du 17 novembre 2020 et de reconstituer sa carrière, le tout dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de condamner la commune de Mérignac à lui verser la somme de 19 207,21 euros bruts en réparation du préjudice lié à la perte de traitement et de 5 000 euros au titre du préjudice moral ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Mérignac la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la condamner aux dépens.
Il soutient que :
Sur les conclusions en annulation :
- l'arrêté du 26 octobre 2021 sera annulé en conséquence de l'annulation des arrêtés du 26 avril et du 4 octobre 2021 ;
- il n'a pas été précédé de la recherche de possibilités de reclassement, en méconnaissance des textes applicables ;
- en vertu de l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984, la commune de Mérignac aurait dû lui proposer une période de préparation au reclassement dès lors qu'il a été reconnu inapte seulement à l'exercice de ses fonctions mais non de toutes fonctions ;
Sur les conclusions indemnitaires :
- la responsabilité de la commune est engagée du fait de l'absence de proposition de reclassement préalablement à son placement en disponibilité d'office ;
- il a subi un préjudice d'un montant de 19 207,21 euros bruts correspondant à la perte de traitement et un préjudice moral d'un montant de 5 000 euros en raison des inquiétudes ressenties et des pertes de chance de retrouver un emploi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2024, la commune de Mérignac, représentée par son maire en exercice, assistée du cabinet d'avocat HMS Atlantique, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 13 mai 2024, la clôture d'instruction a été prononcée avec effet immédiat.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourdarie,
- les conclusions de M. Bongrain, rapporteur public,
- et les observations de Me Safar, représentant la commune de Mérignac.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, titulaire du grade d'attaché principal, était directeur des sports de la commune de Mérignac (Gironde) depuis 2016. Il a été placé en congé de longue maladie à compter du 17 novembre 2017. Le 9 juin 2020, l'imputabilité au service de la maladie professionnelle constatée le 26 décembre 2017 a été rejetée. Par un arrêté du 26 avril 2021, le maire de la commune de Mérignac l'a placé en disponibilité d'office pour raisons de santé pour une période de six mois. A la suite d'un recours gracieux formé le 4 août 2021, valant également demande préalable indemnitaire, le maire de la commune de Mérignac a pris un nouvel arrêté en date du 4 octobre 2021 ayant le même objet. Par sa requête n° 2106487, M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés et la condamnation de la commune de Mérignac à lui verser la somme de 15 503,58 euros au titre du préjudice lié à la perte de traitement et de 5 000 euros en réparation du préjudice moral.
2. Par un arrêté du 26 octobre 2021, le maire de la commune de Mérignac a prolongé de six mois la disponibilité d'office pour raisons de santé de M. B. Ce dernier a formé un recours gracieux contre cet arrêté le 6 janvier 2022, valant également demande préalable indemnitaire. Par la requête n° 2202479, il demande l'annulation de l'arrêté du 26 octobre 2021 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux ainsi que la condamnation de la commune de Mérignac à lui verser la somme de 23 255,37 euros bruts en réparation du préjudice lié à la perte de traitement et 5 000 euros au titre du préjudice moral.
3. Le maire de la commune de Mérignac a enfin renouvelé le placement en disponibilité d'office du requérant par un arrêté du 30 septembre 2022 au titre de la période du 17 février au 30 septembre 2022 que M. B a contesté par un recours gracieux du 21 décembre 2022 assorti d'une demande préalable indemnitaire. Par la requête n° 2302220, il demande l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2022 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux ainsi que la condamnation de la commune de Mérignac à lui verser la somme de 19 207,21 euros bruts correspondant à la perte de traitement et la somme de 5 000 euros au titre du préjudice moral.
4. Les trois requêtes concernent un même fonctionnaire. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les arrêtés du 26 avril et 4 octobre 2021 plaçant M. B en disponibilité d'office pour raisons de santé :
5. En premier lieu, si la commune de Mérignac soutient qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 26 avril 2021 plaçant M. B dans la position statutaire de disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 17 novembre 2020 pour une période de six mois, dès lors que cet arrêté a été retiré par l'arrêté du 4 octobre 2021, lequel a un objet identique, ce dernier arrêté, objet de la présente requête, n'est pas devenu définitif.
6. En second lieu, aux termes de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emploi, emploi ou corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ". En vertu de l'article 4 du décret du 30 juillet 1987 () portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux () et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, le comité médical est consulté obligatoirement pour " la mise en disponibilité d'office pour raison de santé et son renouvellement () ". L'article 17 du même décret dispose que : " () Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical. En cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret du 30 septembre 1985 susvisé, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme () ". L'article 1er du décret du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions prévoit que : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial ne lui permet plus d'exercer normalement ses fonctions et que les nécessités du service ne permettent pas d'aménager ses conditions de travail, le fonctionnaire peut être affecté dans un autre emploi de son grade après avis de la commission administrative paritaire. / L'autorité territoriale procède à cette affectation après avis du service de médecine professionnelle et de prévention, dans l'hypothèse où l'état de ce fonctionnaire n'a pas rendu nécessaire l'octroi d'un congé de maladie, ou du comité médical si un tel congé a été accordé. () ". Aux termes de l'article 2 du même décret, dans sa rédaction résultant du décret du 5 mars 2019 instituant une période de préparation au reclassement au profit des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions : " Lorsque l'état physique d'un fonctionnaire territorial, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas d'exercer des fonctions correspondant aux emplois de son grade, l'autorité territoriale (), après avis du comité médical, propose à l'intéressé une période de préparation au reclassement en application de l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. L'agent est informé de son droit à une période de préparation au reclassement dès la réception de l'avis du comité médical, par l'autorité territoriale dont il relève. / La période de préparation au reclassement débute à compter de la réception de l'avis du comité médical si l'agent est en fonction ou à compter de sa reprise de fonction si l'agent est en congé de maladie lors de la réception de l'avis du comité médical. / La période de préparation au reclassement prend fin à la date de reclassement de l'agent et au plus tard un an après la date à laquelle elle a débuté. Toutefois, l'agent qui a présenté une demande de reclassement peut être maintenu en position d'activité jusqu'à la date à laquelle celui-ci prend effet, dans la limite de la durée maximum de trois mois mentionnée à l'article 3 ". Aux termes de l'article 4 de ce décret : " La situation du fonctionnaire détaché dans un autre corps ou cadre d'emplois en raison d'une inaptitude temporaire à l'exercice des fonctions de son corps ou cadre d'emplois d'origine est réexaminée à l'issue de chaque période de détachement par le comité médical qui se prononce sur l'aptitude de l'intéressé à reprendre ses fonctions initiales ".
7. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles 57, 72 et 81 de la loi du 26 janvier 1984, de l'article 37 du décret du 30 juillet 1987 et de l'article 2 du décret du 30 septembre 1985, que lorsqu'un fonctionnaire a été, à l'expiration de ses droits statutaires à congé de maladie, reconnu inapte à la reprise des fonctions qu'il occupait antérieurement et alors que le comité médical ne s'est pas prononcé sur sa capacité à occuper, par voie de réaffectation, de détachement ou de reclassement, un autre emploi, éventuellement dans un autre corps ou un autre grade, l'autorité hiérarchique ne peut placer cet agent en disponibilité d'office sans l'avoir préalablement invité à présenter, s'il le souhaite, une demande de reclassement. La mise en disponibilité d'office peut ensuite être prononcée, soit en l'absence d'une telle demande, soit si cette dernière ne peut être immédiatement satisfaite.
8. M. B a été placé en congé de longue maladie du 17 novembre 2017 au 16 novembre 2020. Le comité médical départemental, dans son avis du 7 octobre 2020, l'a déclaré apte à reprendre ses fonctions sur un poste aménagé à finaliser avec le médecin de prévention. Le 23 novembre 2020, le médecin de prévention a émis un avis défavorable à une reprise sur le poste précédemment occupé de directeur des sports mais un avis favorable à travailler sur un poste équivalent dans un autre contexte () à évaluer en fonction des postes de reclassement proposés par l'employeur ". Le 21 avril 2021, le comité médical départemental a déclaré M. B inapte totalement et définitivement à ses fonctions de directeur des sports et a émis un avis favorable à l'attribution d'une disponibilité d'office pour raisons de santé pour une durée de six mois à compter du 17 novembre 2020 en précisant, à titre d'observation, qu'un changement d'affectation ou un reclassement professionnel devaient être étudiés par l'autorité territoriale.
9. M. B, qui a épuisé ses droits statutaires à congé de maladie, a été reconnu inapte à la reprise des fonctions qu'il occupait antérieurement sans que le comité médical ne se prononce sur sa capacité à occuper, par voie de réaffectation, de détachement ou de reclassement, un autre emploi. Ainsi, la commune de Mérignac était tenue d'inviter M. B à présenter une demande de reclassement. Les échanges en vue de le reclasser intervenus après les deux arrêtés du 26 avril et du 4 octobre 2021 sont sans incidence sur le respect de cette obligation qui incombait à l'employeur avant de placer l'intéressé en disponibilité d'office. Il s'ensuit que, faute d'avoir invité M. B à présenter une demande de reclassement, l'autorité territoriale a entaché ses deux arrêtés d'illégalité.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête n° 2106487, que les arrêtés du 26 avril et du 4 octobre 2021 doivent être annulés ainsi que, par voie de conséquence, la décision du 4 octobre 2021 rejetant le recours gracieux du 4 août précédent.
Sur l'arrêté du 26 octobre 2021 prolongeant la disponibilité d'office pour une période de neuf mois à compter du 17 mai 2021 et l'arrêté du 30 septembre 2022 renouvelant la disponibilité d'office pour la période du 17 février au 30 septembre 2022 :
11. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale.
12. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi de conclusions recevables dirigées contre de telles décisions consécutives, de prononcer leur annulation par voie de conséquence, le cas échéant en relevant d'office un tel moyen qui découle de l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache à l'annulation du premier acte.
13. Les arrêtés du 26 octobre 2021 et 30 septembre 2022, qui prolongent la période de placement en disponibilité d'office pour raisons de santé de M. B, n'auraient pu légalement être pris en l'absence des arrêtés des 26 avril et 4 octobre 2021 portant placement initial en disponibilité d'office pour raisons de santé. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes n° 2202479 et n° 2302220, compte tenu de l'annulation de ces deux arrêtés, ainsi qu'il a été dit au point 8, il y a lieu d'annuler, par voie de conséquence, les arrêtés du 26 octobre 2021 et du 30 septembre 2022.
Sur les conclusions en injonction sous astreinte :
14. Aux termes de l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, modifiée par la loi du 13 juillet 1987 : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. / La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office () ".
15. Si le motif d'annulation des arrêtés des 26 avril et 4 octobre 2021 implique que l'autorité territoriale invite M. B à présenter une demande de reclassement, une telle demande est dépourvue d'effet pratique compte tenu de la position de détachement pour trois ans depuis le 1er octobre 2022 dans laquelle se trouve M. B auprès du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires.
16. En revanche, compte tenu des effets des arrêtés illégaux des 26 avril, 4 octobre, 26 octobre 2021 et 30 septembre 2022 sur la situation administrative du requérant, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Mérignac de reconstituer ses droits à l'avancement et à la retraite dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
17. Il n'y a pas lieu, en l'état, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions indemnitaires :
18. En premier lieu, les illégalités entachant les arrêtés des 26 avril et 4 octobre 2021, 26 octobre 2021 et 30 septembre 2022 constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de la commune de Mérignac. Si la commune de Mérignac fait valoir le comportement peu coopératif de M. B, il résulte de l'instruction que ce comportement, à le supposer établi, n'exonérait pas la commune de son obligation de l'inviter à demander un reclassement. Dès lors, aucune faute de la victime ne peut être retenue.
19. En deuxième lieu, M. B a bénéficié des indemnités journalières en lieu et place de son traitement en raison de son placement en disponibilité d'office. Toutefois, ayant été déclaré inapte à l'exercice des fonctions de directeur des sports, M. B ne peut fonder ses prétentions indemnitaires liées à la perte de traitement sur celui afférent à sa dernière affectation. En l'absence d'invitation à présenter une demande de reclassement, il a été privé d'une chance d'être reclassé sur un emploi correspondant à son grade. Il y a lieu de fixer à 50 % la perte de chance de l'intéressé d'être reclassé dans un emploi correspondant à son grade.
20. Compte tenu d'un traitement brut de 4 205 euros avant placement en disponibilité d'office, incluant un traitement indiciaire de 3 233 euros, et d'un traitement mensuel brut de 1 622 euros au cours de la disponibilité d'office, il sera fait une exacte appréciation du préjudice lié à la perte de traitement en le fixant à 1 611 euros par mois dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait nécessairement été reclassé sur un emploi de directeur. Pour la période de disponibilité d'office pour raisons de santé du 17 novembre 2020 au 30 septembre 2022, soit 22 mois et 13 jours, il y a lieu d'allouer à M. B, compte tenu du pourcentage de perte de chance retenu, une somme de 18 070 euros.
21. En troisième lieu, le préjudice moral subi par M. B du fait du placement fautif en disponibilité d'office pour raisons de santé sera indemnisé par le versement d'une somme de 1 000 euros.
22. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la commune de Mérignac à verser une somme globale de 19 070 euros.
Sur les frais des instances :
23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Mérignac une somme globale de 3 000 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ses conclusions tendant à la condamnation de la commune de Mérignac aux dépens, ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés des 26 avril, 4 octobre, 26 octobre 2021 et du 30 septembre 2022 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Mérignac de reconstituer les droits à avancement et à pension de M. B pour la période de sa mise en disponibilité d'office pour raisons de santé dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Mérignac est condamnée à verser à M. B une somme globale de 19 070 euros en réparation des préjudices subis.
Article 4 : La commune de Mérignac versera une somme de 3 000 euros à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Les surplus des conclusions des requêtes sont rejetés.
Article 6 : Les conclusions présentées par la commune de Mérignac sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Mérignac.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauziès, présidente,
M. Bilate, premier conseiller,
M. Bourdarie, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
Le rapporteur,
H. BOURDARIE
La présidente,
F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
2, 2202479, 2302220
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026