lundi 30 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2106884 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL PIGEANNE ET LAPALUS-DIGNAC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 décembre 2021, Mme B A, représentée par Me Pigeanne, avocat, demande au tribunal :
1°) de reconnaître que le centre hospitalier départemental (CHD) La Candélie a commis une faute en refusant de renouveler son contrat pour un motif discriminatoire lié à son état de grossesse ;
2°) de condamner le CHD La Candélie à lui verser 115 000 euros d'indemnités au titre des préjudices subis ;
3°) de mettre à la charge du CHD La Candélie la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 31 octobre 2017, par laquelle le CHD La Candélie a refusé de renouveler son contrat est illégale et constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'établissement dès lors qu'elle est fondée sur une discrimination à raison de son état de grossesse ;
- elle a subi un préjudice pécuniaire évalué à 100 000 euros ;
- elle a subi un préjudice moral évalué à 15 000 euros.
Le CHD La Candélie n'a pas produit d'observations malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 22 novembre 2022 en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.
Par une ordonnance du 2 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n°91-155 du 6 février 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mounic, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Pigeanne, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a exercé, de manière continue, les fonctions de psychologue contractuelle à compter du 1er septembre 2015 au sein du CHD La Candélie, dans le service d'addictologie. Par courrier en date du 31 octobre 2017, le directeur du CHD La Candélie lui a indiqué que son contrat à durée déterminée, conclu pour la période du 1er juillet 2017 au 31 décembre 2017 ne serait pas renouvelé. Estimant que son contrat n'a pas été renouvelé suite à son état de grossesse, par courrier du 14 décembre 2021, Mme A a présenté une demande indemnitaire préalable auprès du CHD La Candélie. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner le CHD La Candélie à lui verser une somme de 115 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime consécutifs à sa fin de contrat.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute du CHD La Candélie :
2. D'une part, aux termes de l'article 6 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa version applicable au litige : " () Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race () ".
3. Il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
4. D'autre part, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent. Par ailleurs, aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obstacle au non-renouvellement du contrat d'un agent en situation de grossesse dès lors qu'une telle décision n'est pas prise en considération de cet état.
5. Mme A, qui a effectué le 5 octobre 2017 une visite de grossesse à la médecine du travail, laquelle a prescrit un aménagement horaire et un accès véhicule, indique elle-même avoir transmis son attestation de grossesse à la direction des ressources humaines qui en a accusé réception le 18 octobre 2017, comme en atteste le courriel du 20 octobre 2017. Or, il résulte de l'instruction que la décision de non-renouvellement de son contrat a été prise le 31 octobre 2017, alors que son état de grossesse était connu de son administration. Il résulte également de l'instruction que l'évaluation professionnelle en date du 15 mai 2017 est positive et conclut à la possible prolongation de l'agent voire de sa pérennisation dans le service en cas de nomination à titre permanent. De plus, le chef de service addictologie, au sein duquel était affectée la requérante soutient dans un courrier en date du 15 décembre 2016 que Mme A, grâce à sa formation en thérapie familiale " a, depuis son arrivée structuré ce type d'intervention au sein du service qu'il () faut pérenniser ". La requérante produit également une attestation d'une collègue qui soutient qu'elle a été " remplacée " par une contractuelle n'ayant pas de compétence spécifique en thérapie familiale, ce qu'elle déplore et ajoute : " Avant que Mme A n'annonce sa grossesse il n'avait pas été porté à [sa] connaissance que ses compétences étaient remises en question ou la possibilité que son contrat ne soit pas renouvelé ". Enfin, Mme A rapporte le contenu d'un entretien, le 6 novembre 2017, avec son chef de service qui aurait fait état de ce que la direction aurait pris la décision de ne pas renouveler le contrat à raison de sa grossesse et du congé maternité qu'elle ne voulait pas indemniser et qu'il allait devoir chercher un remplaçant. Alors qu'une copie de la présente requête a été communiquée le 3 janvier 2022 au CHD La Candélie, qui a été mis en demeure le 22 novembre 2022 de produire un mémoire en défense, demeurée sans effet, il résulte de l'instruction que les éléments apportés par la requérante, non contestés en défense, sont suffisamment nombreux et circonstanciés pour établir l'existence d'une discrimination en raison de son état de grossesse. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que la décision de non renouvellement de son contrat de travail a reposé sur des éléments liés à une discrimination en raison de son état de grossesse et que le CHD La Candélie a ainsi commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
6. Il résulte ce qui précède que Mme A est fondée à demander la condamnation du CHD La Candélie à l'indemniser des conséquences du non-renouvellement de son contrat de travail.
En ce qui concerne les préjudices :
7. Lorsqu'un agent public sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité de la décision de ne pas renouveler son contrat ou de le modifier substantiellement sans son accord, sans demander l'annulation de cette décision, il appartient au juge de plein contentieux, forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, de lui accorder une indemnité versée pour solde de tout compte et déterminée en tenant compte notamment de la nature et de la gravité de l'illégalité, de l'ancienneté de l'intéressé, de sa rémunération antérieure et des troubles dans les conditions de l'existence.
8. Il résulte de l'instruction que Mme A qui exerçait ses fonctions au CHD La Candélie depuis un peu plus de deux ans et percevait un revenu net mensuel d'environ 1 500 euros, s'est vu refuser, soudainement au regard des assurances qui lui avait été données par son chef de service, le renouvellement de son contrat pour un motif illégal lié à son état de grossesse, ce qui a perturbé sa grossesse et le début de sa maternité et engendré un stress important. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par Mme A en lui allouant la somme de 10 000 euros.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du CH La Candélie une somme de 2 000 euros à verser à Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : Le centre hospitalier départemental La Candélie est condamné à verser à Mme A la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis.
Article 2 : Le centre hospitalier départemental La Candélie versera à Mme A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur du centre hospitalier du centre hospitalier départemental La Candélie.
Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Delvolvé, président,
- Mme Mounic, première conseillère,
- Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2023.
La rapporteure,
S. MOUNICLe président,
Ph. DELVOLVÉ
Le greffier,
A. PONTACQ
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026