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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2200005

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2200005

vendredi 19 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2200005
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantGENTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 2 janvier, 20 et 29 avril 2022, la société civile immobilière (SCI) de Clairac, représentée par Me Genty, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Clairac (47) lui a opposé un refus de certificat d'urbanisme pré-opérationnel pour la vente d'un ancien bâtiment à usage commercial pour un usage commercial, ensemble la décision explicite portant rejet de son recours gracieux du 2 novembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Clairac de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune, la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors que l'avis de la communauté d'agglomération Val-de-Garonne n'a pas été sollicité alors que les compétences en matière d'urbanisme et de gestion du risque inondation ont été transférées ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que les dispositions de l'article 1 de la zone A du PLU ne sont applicables qu'aux nouvelles constructions, la possibilité d'exploiter le local commercial a perduré malgré le changement de zonage et le classement en zone agricole ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que la destination commerciale du bâtiment est incontestable, que la destination indiquée dans le cadastre n'a qu'une simple valeur fiscale et n'emporte pas fixation de la destination au sens du droit de l'urbanisme et que la destination commerciale n'a jamais été modifiée ;

- le moyen tiré de l'insuffisance de la défense contre l'incendie n'est pas fondé, dès lors que les préconisations du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) ne sont pas visées dans l'arrêté et que le projet n'a emporté que des avis favorables des personnes publiques associées ; en tout état de cause, il ressort de la motivation de la décision de rejet du recours gracieux que la commune reconnait qu'il existe en réalité un système de défense contre l'incendie à proximité et que cette question ne doit être analysée qu'au stade de l'autorisation d'urbanisme ; l'arrêté est insuffisamment motivé ni fondé sur ce point ;

- le classement des parcelles litigieuses en zone A est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la zone ne révèle aucun potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles, qu'il s'agit d'une zone semi-urbaine composée de parcelles bâties, de terrains nus disposant d'un fort potentiel à bâtir et de hangars industriels ou commerciaux, les parcelles litigieuses étant entourées de parcelles classées en zone UB et UP et situées à moins de 300 m du bourg et des commodités ; les parcelles en litige sont desservies par les réseaux et voiries, et n'ont jamais été exploitées ; la circonstance que les parcelles sont situées en zone rouge du plan de prévention des risques d'inondation (PPRI) est sans incidence sur le classement des parcelles, contrairement à ce que soutient la commune ; l'arrêté est dès lors entaché d'illégalité.

Par des mémoires en défense enregistrés les 24 mars et 22 avril 2022, le maire de la commune de Clairac, représenté par Me Tandonnet, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 25 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 3 mai 2022.

Par un courrier du 22 mars 2024, les parties ont été informées qu'un moyen était susceptible d'être soulevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, dès lors que la demande de certificat d'urbanisme n'entre pas dans le cadre des dispositions de l'article L. 410-1-B du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mounic, rapporteure,

- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tandonnet, représentant la commune de Clairac.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI de Clairac est propriétaire d'un ensemble immobilier sis lieu-dit Lusclade, parcelles cadastrées AD n°203 et 202 à Clairac (47) et comprenant un local commercial sur un terrain de 6 043m². Le 14 mai 2021 la SCI de Clairac a déposé une demande de certificat d'urbanisme opérationnel en vue de la vente de ce bâtiment commercial pour un usage commercial. Par un arrêté en date du 13 juillet 2021, le maire de la commune de Clairac (47) a délivré un certificat d'urbanisme négatif considérant l'opération non-réalisable, lequel a fait l'objet d'un recours gracieux notifié le 13 septembre 2021. Par la présente requête, la SCI de Clairac demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2021, ensemble la décision du 2 novembre 2021 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. / Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique () ".

3. En l'espèce, il ressort du dossier de demande de certificat que la SCI de Clairac a présenté sa demande sur le fondement du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme précité, sollicitant ainsi un certificat opérationnel et précisé que l'opération consistait en la " vente d'un ancien bâtiment commercial pour un usage commercial. ". Or, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le projet, qui consiste en une opération de vente immobilière et commerciale, porte sur une construction ou un aménagement caractérisant une opération d'urbanisme. Il ne ressort pas davantage de ces mêmes pièces, que la société requérante aurait demandé un changement de destination de ce bien, cherchant uniquement à se voir confirmer la destination commerciale de ce dernier situé en zone agricole du PLU, pour en faciliter la vente. Toutefois, une telle demande ne saurait entrer dans le champ de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme. Aussi, en délivrant à la SCI de Clairac, un certificat d'urbanisme opérationnel négatif, qui ne peut être regardé comme préparant une opération d'urbanisme, le maire de la commune de Clairac, a méconnu le champ d'application de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme. Par suite, l'arrêté du 13 juillet 2021 et la décision du 2 novembre 2021 portant rejet du recours gracieux doivent être annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre à la commune de Clairac de réexaminer la demande de la SCI de Clairac dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCI de Clairac, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par la commune de Clairac, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Clairac la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 13 juillet 2021, ensemble la décision de rejet du recours gracieux du 2 novembre 2021 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Clairac de procéder au réexamen de la demande de certificat d'urbanisme de la SCI de Clairac dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière de Clairac et au maire de la commune de Clairac.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2024 à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président,

Mme Mounic, première conseillère,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 avril 2024

La rapporteure,

S. MOUNIC

Le président,

Ph. DELVOLVÉ

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2200005

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