mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2200059 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CABINET REFLEX DROIT PUBLIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 janvier 2022, et par des mémoires enregistrés les 23 janvier et 24 mai 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. B C, représenté par Me Cornille, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de La Teste-de-Buch a délivré un permis de construire à la SAS RIV pour surélever un bâtiment existant et modifier ses façades, sur un terrain situé 21 avenue des Bouvreuils à Pyla-sur-Mer, ensemble la décision par laquelle cette autorité a implicitement rejeté le recours gracieux qu'il a formé contre cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de la commune de La Teste-de-Buch la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable au regard des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ; il justifie avoir notifié à la société pétitionnaire le recours gracieux qu'il a formé contre l'arrêté en litige ;
- il justifie avoir un intérêt à agir ;
- le moyen qu'il tire de la méconnaissance de la règle de hauteur n'est pas un moyen nouveau tardivement soulevé au regard de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme ; ce moyen était contenu dans sa requête ;
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- l'arrêté par lequel le maire de la commune de La Teste-de-Buch a délégué sa signature à l'auteur de l'acte n'est pas visé dans l'arrêté attaqué ;
- l'arrêté méconnaît les articles L. 431-2 et R. 431-7 du code de l'urbanisme ; les clichés fournis dans le dossier de demande ne permettent pas d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement lointain ; le dossier de demande de permis de construire décrit mal l'environnement bâti du projet, plus dense que ce qui en est donné à voir ;
- il méconnaît l'article 10 du règlement de la zone UPB du plan local d'urbanisme (PLU) de La Teste-de-Buch ; après réalisation de la surélévation envisagée, la hauteur du bâtiment excèdera la hauteur maximale autorisée ;
- il a été obtenu par fraude, l'auteur de la demande de permis de construire ayant trompé l'administration sur la hauteur réelle de la construction ;
- il méconnaît l'article 7 du règlement de la zone UPB du PLU de La Teste-de-Buch ; la construction litigieuse ne respecte pas le retrait minimum que prévoit cet article par rapport à la limite séparative latérale du terrain d'assiette ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 11 du règlement de la zone UPB du PLU de La Teste-de-Buch relatives aux couvertures terrasses ; la toiture terrasse dont la réalisation est projetée présente une superficie excessive ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 11 du règlement de la zone UPB du PLU de La Teste-de-Buch relatives aux portails et clôtures ; le projet prévoit le remplacement du portail existant par un portail en acier au lieu d'un portail en bois ;
- il méconnaît l'article 12 du règlement de la zone UPB du PLU de La Teste-de-Buch ; la création d'une surface de plancher supplémentaire implique la création de deux places de stationnement qui sont inexistantes dans le projet ;
- il méconnaît l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme ; le maire de la commune de La Teste-de-Buch aurait dû sursoir à statuer sur la demande car le projet compromet la mise en œuvre des règles de hauteurs contenues dans l'article 10 du règlement de la zone dans le futur PLU, qui prohibent les constructions en R+2 et limitent la hauteur de construction à 7,50 m mesurés, sur le terrains en pente, depuis tous points du terrain naturel, et ce alors même que les auteurs du futur PLU ont entendu apporter une attention particulière au contrôle du gabarit et de la hauteur des bâtiments dans la zone UPB.
Par des mémoires en défense enregistrés les 6 et 27 avril 2022 et le 27 mars 2023, la commune de La Teste-de-Buch, représentée par Me Brand, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête, subsidiairement à ce qu'il soit sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ou, le cas échéant, à ce que ne soit prononcée qu'une annulation partielle de l'acte attaqué et, en tout état de cause, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable par l'effet des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, en l'absence de notification du recours gracieux que M. C a préalablement formé contre le permis de construire attaqué ;
- elle est irrecevable en l'absence de démonstration de l'intérêt à agir du requérant ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par des mémoires enregistrés le 8 février 2022 et le 17 avril 2023, la SAS RIV, représentée par Me Poulain, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête, subsidiairement à ce qu'il soit sursis à statuer pour permettre la régularisation du permis de construire contesté et, en tout état de cause, à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir du requérant ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de la règle de hauteur est un moyen nouveau soulevé tardivement au regard de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme ; il est irrecevable ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par une lettre du 30 mai 2024, le tribunal a informé les parties de ce qu'il était susceptible de surseoir à statuer au titre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, dans l'attente d'une éventuelle mesure de régularisation susceptible de remédier à la méconnaissance des règles de retrait instituées par l'article 7 du règlement du PLU par le bâtiment préexistant et que les travaux de surélévation n'améliorent pas (cf. CE 27 mai 1988 Sekler, req. n° 79530).
La SAS RIV a répondu à cette lettre par des observations enregistrées le 3 juin 2024. Elle soutient que le projet en litige porte sur des travaux qui sont étrangers aux règles de retrait et que la maison sur laquelle il porte étant construite depuis plus de dix ans, le projet doit bénéficier de la prescription administrative décennale instituée à l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pinturault,
- les conclusions de M. Josserand, rapporteur public,
- les observations de Me Cornille, représentant M. C, de Me Brand, représentant la commune de La Teste-de-Buch, et de Me Leconte, représentant la SAS RIV.
Une note en délibéré pour la SAS RIV a été enregistrée le 6 juin 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 6 juillet 2021, le maire de la commune de La Teste-de-Buch a délivré un permis de construire à la SAS RIV pour surélever un bâtiment existant, sur un terrain situé 21 avenue des Bouvreuils à Pyla-sur-Mer, et pour modifier les façades de ce bâtiment. Par une lettre recommandée du 3 septembre 2021, délivrée à la mairie de La Teste-de-Buch le 6 septembre suivant, M. C a formé un recours gracieux contre cet arrêté. Du silence gardé par cette autorité, est née une décision implicite de rejet de ce recours. M. C demande l'annulation de l'arrêté du 6 juillet 2021 et de la décision par laquelle le maire de la commune de La Teste-de-Buch a implicitement rejeté son recours gracieux.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. () ".
3. En l'espèce, M. C a formé un recours gracieux contre l'arrêté attaqué par une lettre recommandée du 3 septembre 2021, délivrée en mairie le 6 septembre suivant. Par une lettre recommandée du même jour, délivrée à sa destinataire le 8 septembre suivant, il a notifié ce recours gracieux à la SAS RIV, contrairement à ce qui est soutenu. Par suite, le requérant justifie avoir accompli les formalités prescrites par les dispositions précitées et la fin de non-recevoir que la commune de La Teste-de-Buch tire, dans son mémoire enregistré le 6 avril 2022, de la méconnaissance de ces dispositions, doit être écartée.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire. " Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
5. M. C est propriétaire d'une parcelle située sur la commune de La Teste-de-Buch, cadastrée section BV n° 113. Cette parcelle jouxte immédiatement à l'est la parcelle cadastrée section BV n° 113, qui est le terrain d'assiette du projet en litige. M. C est ainsi le voisin immédiat de ce terrain. Il ressort des pièces du dossier que la maison existante sur le terrain d'assiette est située en contre-bas de sa parcelle et que l'élévation projetée ne le privera certes pas de sa vue sur le bassin, mais affectera la vue dégagée dont il dispose actuellement, depuis son fonds, qui se termine en terrasse surélevée, et que l'ouverture de deux lucarnes dans la partie supérieure de l'élévation envisagée et dans la direction de son fonds, créera une vue sur celui-ci et, plus spécialement, sur sa terrasse avec piscine, même si cette vue restera légèrement en contre-bas par rapport au niveau du sol où se situe cette terrasse. Dans ces conditions, M. C, qui n'a pas à démontrer le caractère certain de l'atteinte alléguée, justifie que, au regard de sa hauteur et de sa localisation, le projet en litige est de nature à affecter les conditions dans lesquelles il jouit de son fonds. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir, doit, elle aussi, être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
6. En premier lieu, aux termes de l'article 7 du règlement de la zone UPB du PLU de La Teste-de-Buch : " () Implantation de constructions par rapport aux limites séparatives / () A construction doit être implantée à une distance supérieure ou égale à la moitié de la hauteur de la construction (distance = H/2) des limites séparatives, sans que cette distance ne puisse être inférieure à 4 m. / A construction située sur une parcelle de largeur inférieure ou égale à 15 mètres pourra être implantée à une distance minimale de 2 mètres des limites séparatives () ".
7. La circonstance qu'une construction existante n'est pas conforme à une ou plusieurs dispositions d'un plan d'occupation des sols régulièrement approuvé ne s'oppose pas, en l'absence de dispositions de ce plan spécialement applicables à la modification des immeubles existants, à la délivrance ultérieure d'un permis de construire s'il s'agit de travaux qui, ou bien doivent rendre l'immeuble plus conforme aux dispositions réglementaires méconnues, ou bien sont étrangers à ces dispositions.
8. D'abord, contrairement à ce qui est soutenu, en l'absence de dispositions spécialement applicables aux modifications des constructions existantes, la règle de prospect ci-dessus exposée s'applique au projet en litige.
9. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que les façades nord et sud de la maison, dans son état préexistant, sont implantées à moins de 4 mètres des limites séparatives latérales du terrain d'assiette, c'est-à-dire à une distance entre 3,61 et 3,84 m au nord et entre 3,89 et 3,97 m au sud. L'implantation du bâtiment préexistant n'est donc pas conforme aux dispositions réglementaires précitées. Les travaux envisagés qui consistent à surélever une partie du bâtiment qui est actuellement construite en rez-de-chaussée, en y ajoutant un niveau, ne sont pas étrangers à la règle de retrait par rapport aux limites séparatives et n'ont pas pour effet de rendre le bâtiment plus conforme à celles-ci. Ces travaux ont même pour effet d'aggraver la méconnaissance de la règle de retrait, puisque la façade de la surélévation qu'il s'agit de créer prendrait elle-même directement appui sur la façade sud du rez-de-chaussée de la maison, qui est mal implantée, et en augmenterait la hauteur.
10. Enfin, aux termes de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'une construction est achevée depuis plus de dix ans, le refus de permis de construire ou la décision d'opposition à déclaration préalable ne peut être fondé sur l'irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l'urbanisme. " Si ces dispositions font obstacle à ce que le caractère irrégulier d'une construction dans l'état où elle se trouve à la date de son achèvement, soit opposé à la réalisation de nouveaux travaux quand cette construction est achevée depuis plus de plus de dix ans, elles n'ont pas pour effet de rendre inopposables à un projet de travaux sur construction existante les règles d'urbanisme applicables à de tels travaux, ce d'autant moins lorsque, comme en l'espèce, les travaux envisagés ont pour effet d'aggraver la non-conformité du bâtiment à ces règles. Il suit de là que la SAS RIV ne peut utilement se prévaloir de la prescription administrative décennale instituée par l'article précité.
11. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à soutenir que le permis de construire en litige a été délivré en méconnaissance des dispositions réglementaires citées au point 6.
12. En second lieu aux termes de l'article 11 du règlement de la zone UPB du plan local d'urbanisme de la commune de La Teste-de-Buch : " () Aspect extérieur des construction () 3-Clôtures / Les clôtures en façade sur voie sont de deux types : / La clôture maçonnée basse enduite et peinte ou chaulée en blanc, / La clôture constituée de faisceaux de bois verticaux, parallèles et non jointifs () Les portails de clôture sont en bois peint, de même hauteur que la clôture ou de hauteur inférieure. / L'usage de matériaux d'aspect extérieur autre que l'aspect maçonnerie enduite et peinte en blanc, ou que l'aspect bois peint, ou le cas échéant l'acier peint est interdit, notamment les portails, lisses, clôtures en P.V.C. ou en aspect aluminium naturel () ". Il résulte de ces dispositions que l'emploi d'autres matériaux que le bois est interdit pour la réalisation des clôtures, y compris les portails qui y sont aménagés.
13. Il résulte des pièces du dossier que le portail dont la création est prévue dans le dossier de demande de permis de construire est non pas en bois, mais en acier teinte gris foncé. Le fait, dont se prévaut la société pétitionnaire, que, après réalisation des travaux, la clôture est dotée d'un portail en bois, est sans incidence sur l'appréciation de la légalité du permis de construire délivré. Il suit de là que le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté litigieux a été pris en méconnaissance des dispositions précitées.
Sur les conséquences des illégalités :
14. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".
15. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires ayant conduit à l'adoption de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation, sauf à ce qu'il fasse le choix de recourir à l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, si les conditions posées par cet article sont réunies, ou que le bénéficiaire de l'autorisation lui ait indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
16. Le vice dont est entaché de permis de construire en litige, qui résulte de la méconnaissance des dispositions de l'article 7 du règlement de la zone UPB du PLU relatives au retrait par rapport aux limites séparatives, n'est pas régularisable, dès lors que la réparation de ce vice impliquerait soit de démolir une partie des façades du bâtiment initial sur lesquelles le projet d'élévation prend appui, soit de substituer à l'élévation envisagée une extension de la maison, c'est-à-dire en tout cas d'apporter au projet initial un bouleversement tel que sa nature en serait changée.
17. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté attaqué doit être annulé, ainsi que la décision par laquelle le maire de la commune de La Teste-de-Buch a implicitement rejeté le recours formé contre cet arrêté. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les frais exposés par la commune de La Teste-de-Buch et la SAS RIV et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de La Teste-de-Buch une somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de La Teste-de-Buch du 6 juillet 2021 et la décision par laquelle cette autorité a implicitement rejeté le recours gracieux formé contre cet arrêté sont annulés.
Article 2 : La commune de La Teste-de-Buch versera à M. C une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la commune de La Teste-de-Buch et à la SAS RIV.
Copie du jugement sera adressée pour information au Procureur de la République.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. Pinturault, premier conseiller,
M. Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.
Le rapporteur,
M. PINTURAULT
La présidente,
C. CABANNE La greffière,
M.-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026