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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2200094

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2200094

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2200094
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBERARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 et 18 octobre 2022, Mme A B, représentée par Me Laplagne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2020 par lequel le maire de la commune de Bordeaux a délivré un permis de construire à Mme D C pour réaliser l'extension d'un immeuble et démolir une annexe sur un terrain situé 13 rue Garat, ensemble la décision du 19 novembre 2021 par laquelle cette autorité a rejeté le recours gracieux qu'elle a formé contre cet arrêté ;

2°) de mettre solidairement à la charge de la commune de Bordeaux et de Mme C la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions du c) de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ; le dossier de demande de permis de construire ne comporte pas de document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes ;

- il a été pris en méconnaissance du d) de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme en l'absence d'élément permettant, dans le dossier de demande, de connaître la manière dont seront traités les murs mitoyens ;

- il est entaché d'une fraude commise par la pétitionnaire, qui a occulté les informations exigées dans le dossier de demande ;

- il méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ; la création d'une extension qui rendra aveugle son propre fonds, en contradiction avec l'autorisation d'urbanisme qui lui avait été délivrée pour équiper ses fenêtres de menuiseries nouvelles, et obscurcira la vue d'un autre immeuble voisin, d'une part, la création d'une terrasse depuis laquelle sa fenêtre sera accessible, d'autre part, l'aménagement d'un local poubelle en mitoyenneté et la densification urbaine qui résulte du projet, qui implique de créer trois nouveaux appartements, enfin, compromettent la sécurité et la salubrité publiques ;

- il méconnaît l'article 2.4.1.1.3. du règlement de la zone UP1 du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Bordeaux métropole ; l'extension envisagée ne s'insère pas dans la continuité du linéaire des façades avoisinantes.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2022, la commune de Bordeaux, représentée par Me Berard, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2022, Mme D C, représentée par Me Caillol, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pinturault,

- les conclusions de M. Josserand, rapporteur public,

- les observations de Me Margerin, représentant Mme B et de Me Caillol, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 29 juillet 2020, le maire de la commune de Bordeaux a délivré à Mme D C un permis de construire pour réaliser l'extension d'un immeuble et démolir une annexe sur un terrain situé 13 rue Garat. Par une lettre recommandée du 19 octobre 2021, délivré en mairie le 21 octobre suivant, Mme A B a demandé au maire de la commune de Bordeaux de retirer cet arrêté. Par une décision du 19 novembre 2021, le maire de la commune de Bordeaux a rejeté le recours gracieux ainsi formé contre l'arrêté du 29 juillet 2020. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté ainsi que la décision par laquelle le maire de la commune de Bordeaux a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : () d) La nature des travaux () ". Selon l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain () ".

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. D'une part, dans la rubrique " 6.2 " du formulaire de demande, la pétitionnaire indique, conformément aux dispositions du d) de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme, que le projet consiste à réaliser des travaux sur une construction existante. Dans cette même rubrique, la pétitionnaire précise qu'il s'agit de rénover un immeuble, d'agrandir des logements existants en créant une extension sur cour, le logement situé en rez-de-chaussée étant destiné à devenir un logement social, et à démolir une annexe située en fond de parcelle. Le dossier de demande de permis de construire contient par ailleurs plusieurs plans de masse sur lesquels est clairement représentée l'annexe située en fond de parcelle qu'il s'agit de démolir, l'extension qu'il est proposé de construire sur le bâtiment principal côté cour, ainsi que des plans de coupes, de niveaux et de façades qui donnent à voir l'agencement de l'extension envisagée. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la demande de permis de construire ne préciserait pas suffisamment la nature des travaux, dont l'objet est suffisamment décrit par les pièces du dossier qui l'accompagne.

5. D'autre part, le dossier de demande de permis de construire comporte un document graphique qui décrit l'insertion du projet par rapport aux immeubles qui le circonscrivent, côté cour. Ce document d'insertion permet d'apprécier suffisamment la manière dont l'ensemble s'intègre dans les volumes des constructions voisines. La circonstance que ce document ne figure pas les fenêtres sur cour de l'immeuble voisin, qui appartient à la requérante et dont celle-ci prétend qu'elles seront occultées par le projet, est sans incidence sur l'appréciation de la complétude du dossier en ce qui concerne l'insertion du projet, qui n'a pas pour objet de contrôler le respect du droit des tiers, sous réserve duquel l'autorisation d'urbanisme est toujours délivrée, et dont le contrôle ne relève pas des attributions de l'autorité administrative en charge de l'urbanisme et qui ressortit, en cas de litige, à la compétence de l'autorité judiciaire.

6. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de l'incomplétude du dossier au regard des dispositions réglementaires citées plus haut, doit être écarté.

7. En deuxième lieu, dès lors que le dossier de demande comporte des informations et des éléments suffisants pour apprécier la nature des travaux envisagés et leur insertion dans l'environnement bâti, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la pétitionnaire aurait délibérément dissimulé des éléments sur ces points au service instructeur ou que le dossier de demande aurait été présenté en fraude de ses propres droits. Le moyen sera écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 2.4.1.1.3. du règlement de la zone UP1 du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Bordeaux métropole : " Façades / Le dessin, les proportions, les dimensions, les matériaux et les baies des façades doivent s'adapter à l'architecture de la construction, au caractère des lieux et au paysage des façades environnantes () ".

9. La requérante soutient que le projet ne serait pas conforme aux dispositions réglementaires précitées en tant que la façade de l'extension ne serait pas proportionnée et implantée en continuité et en conformité avec les façades environnantes. Toutefois, elle n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier et, en particulier, des plans de façade et du document d'insertion joint au dossier de demande que la façade de l'extension envisagée, surmontée d'une terrasse au niveau R+2, respecte l'alignement des ouvertures de la façade existante, dont elle ne modifiera pas les proportions et les rapports de distances entre les ouvertures préexistantes. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions réglementaires précitées doit donc être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet, en ce qui concerne l'implantation de la terrasse, l'obscurcissement ou l'occultation des ouvertures existantes sur le fonds voisin, le niveau de densification urbaine qu'il suppose et la création d'un local poubelles, serait de nature à compromettre la salubrité ou la sécurité publique, indépendamment des nuisances de voisinage qui ne ressortissent pas en tout état de cause du champ de contrôle de l'autorité d'urbanisme. Le moyen sera, par suite, écarté.

12. Il ressort de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à chacune des parties la charge des frais qu'elle a exposés. Par suite, les demandes que forment les parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative seront rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Bordeaux et par Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Mme D C et à la commune de Bordeaux.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. Pinturault, premier conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

Le rapporteur,

M. PINTURAULT

La présidente,

C. CABANNE La greffière,

M.-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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